Un pays se construit accolé à la Méditerranée
Une occasion est donnée «de célébrer le retour du peuple juif au sein du concert des nations»
Ils sont 7,2 millions à vivre dans un territoire à peine plus vaste que celui des îles Fidji. Le 8 mai 1948, les Nations unies établissaient en effet un nouveau pays dans une terre en partage qui était jusque-là la Palestine: Israël allait naître des cendres d'une Europe dévastée, inscrit dans le paysage moyen-oriental. Et 60 ans plus tard, l'hébreu est parlé là avec force, entendu entre des accents arabes et autres idiomes, surtout européens.
Israël est au point de rencontre de l'Orient et de l'Occident, et Jérusalem est une ville sainte que juifs, chrétiens et musulmans ont reçue en héritage. Cette terre, aussi loin que remonte la mémoire, a toujours été un lieu de passage, depuis que Babylone fut Babylone et avant même que les Égyptiens construisent leurs premières pyramides. Contrée de nomades, sa côte avec la Méditerranée en fit la porte d'embarquement de multiples voyages et un lieu de transit pour des richesses venant du Sud ou de l'Asie. Cette terre a vécu sous plus d'une domination, le dernier mandat étant britannique, après un règne turc. Combien de croisades et autres guerres «saintes» ont ainsi dévasté la région.
En 2008, qui reviendrait en ce pays, qui arriverait à Tel-Aviv, dans cette «ville blanche», le plus grand ensemble urbain de style international au monde, érigé au cours des années 1920 et 1930, même là constaterait que le paysage est devenu autre. Si Jérusalem en ce pays est toujours Jérusalem, quoique la ville ne cesse de s'étendre, Tel-Aviv est devenu une métropole à l'occidentale. C'est une ville dite «branchée» qui ne craint pas de laisser construire en hauteur des tours, dont deux de 40 étages que le designer Philippe Starck a conçues. Et la ville ne se refuse aucun excès urbain, que la proximité du Liban et du Hezbollah pourrait ailleurs interdire.
Paroles
Israël est un lieu où les mouvements d'opposition s'affichent. Ainsi, au temps de son vingtième anniversaire, si la jeunesse occidentale faisait l'éloge de ses kibboutz, ces modèles de vie collective, Les Temps modernes d'un Jean-Paul Sartre prenaient la défense des idéologies dites palestiniennes. Et à l'intérieur de ses frontières, les échos parviennent des discussions qui opposent droite et gauche, intellectuels et éléments conservateurs de la première vague migratoire.
Et cela serait un état normal, comme le dit Etgar Keret, un des écrivains israéliens les plus en vue, aussi colauréat à Cannes d'une Caméra d'or, celle de l'année dernière: «Mes parents disaient souvent qu'Israël avait peut-être plusieurs problèmes, mais qu'au moins, c'était nos problèmes et que personne ne pouvait nous empêcher de les dénoncer.»
Mais ce pays juif, terre retrouvée après une longue diaspora, souffre toujours de ne pas être reconnu par ses voisins, la mésentente portant sur les alliances diverses, sur la colonisation même du territoire, comme le déplacement de populations, et sur l'occupation des sols et l'utilisation des ressources.
Car le pays est ingrat. Aussi, d'une économie à l'origine agraire, il a fallu diversifier, et l'aventure économique d'Israël trouve description dans une évolution où les activités traditionnelles ont été remplacées au profit d'une industrie soutenue par le haut savoir, qui fait que ce monde est aujourd'hui «high tech», avec 160 sociétés israéliennes présentement cotées au Nasdaq à New York.
Et dans le secteur culturel, profitant des legs et dons de nombreux mécènes, les villes du pays ont vu musées et autres institutions culturelles recevoir des oeuvres qui feraient l'envie de plus d'une métropole. En danse, en musique, en littérature, en cinéma, ce pays est aussi en représentation dans toutes les capitales occidentales.
Avenir
Mais 60 ans plus tard, pour garantir sa survie, Israël doit encore rechercher des appuis. Le Québec lui accorde le sien. Il y a bien sûr des ententes qui lient ces deux régions, mais il a aussi été voté à la veille du 60e anniversaire une motion unanime de l'Assemblée nationale: «Les 60 ans d'Israël sont l'occasion de célébrer le retour du peuple juif au sein du concert des nations, les nombreuses réalisations culturelles, économiques et scientifiques d'une société libre, démocratique et épanouie ainsi que les relations privilégiées entretenues par les gouvernements québécois et israélien.»
Et cette motion se poursuit en intervenant dans une crise qui perdure: «Par la même occasion, il convient de réaffirmer le soutien indéfectible des Québécoises et des Québécois aux efforts de paix du gouvernement d'Israël et de l'Autorité palestinienne ainsi qu'à la création future d'un État palestinien démocratique en paix avec son voisin israélien.»
Convenir que la paix vaut mieux qu'un état de guerre, là-dessus tous s'entendent, sauf ceux à qui, comme partout ailleurs, la guerre profite. Pour reprendre les propos d'un Keret qui espère une paix des «fatigués», «car les braves sont toujours prêts à se battre», Israël a un futur encore imprévisible: «Je crois que personne ne peut vivre en Israël et y élever ses enfants s'il ne croit pas que la paix peut être possible. Le problème, ce n'est pas la haine, c'est la peur et la douleur que les deux peuples se sont infligées mutuellement. Tant qu'on n'arrivera pas à transformer ça en quelque chose de positif, la paix ne sera pas possible. Mais personne n'aime vivre comme ça. Personne ne veut que ses enfants aillent se battre et se fassent tuer en revenant de l'école.»
Pour Israël, rien n'a jamais été simple. Et pourtant, ce pays perdure sur un territoire où règne une contestation, souvent armée, de tout ce qui a une connotation occidentale. Mais pour qui y est venu, lui, elle, mère ou père, d'Europe, d'Afrique, voire des Amériques, ce pays est le leur, le seul où ils et elles pourront vivre. Un pays, c'est aussi ceux qui l'habitent.
Israël est au point de rencontre de l'Orient et de l'Occident, et Jérusalem est une ville sainte que juifs, chrétiens et musulmans ont reçue en héritage. Cette terre, aussi loin que remonte la mémoire, a toujours été un lieu de passage, depuis que Babylone fut Babylone et avant même que les Égyptiens construisent leurs premières pyramides. Contrée de nomades, sa côte avec la Méditerranée en fit la porte d'embarquement de multiples voyages et un lieu de transit pour des richesses venant du Sud ou de l'Asie. Cette terre a vécu sous plus d'une domination, le dernier mandat étant britannique, après un règne turc. Combien de croisades et autres guerres «saintes» ont ainsi dévasté la région.
En 2008, qui reviendrait en ce pays, qui arriverait à Tel-Aviv, dans cette «ville blanche», le plus grand ensemble urbain de style international au monde, érigé au cours des années 1920 et 1930, même là constaterait que le paysage est devenu autre. Si Jérusalem en ce pays est toujours Jérusalem, quoique la ville ne cesse de s'étendre, Tel-Aviv est devenu une métropole à l'occidentale. C'est une ville dite «branchée» qui ne craint pas de laisser construire en hauteur des tours, dont deux de 40 étages que le designer Philippe Starck a conçues. Et la ville ne se refuse aucun excès urbain, que la proximité du Liban et du Hezbollah pourrait ailleurs interdire.
Paroles
Israël est un lieu où les mouvements d'opposition s'affichent. Ainsi, au temps de son vingtième anniversaire, si la jeunesse occidentale faisait l'éloge de ses kibboutz, ces modèles de vie collective, Les Temps modernes d'un Jean-Paul Sartre prenaient la défense des idéologies dites palestiniennes. Et à l'intérieur de ses frontières, les échos parviennent des discussions qui opposent droite et gauche, intellectuels et éléments conservateurs de la première vague migratoire.
Et cela serait un état normal, comme le dit Etgar Keret, un des écrivains israéliens les plus en vue, aussi colauréat à Cannes d'une Caméra d'or, celle de l'année dernière: «Mes parents disaient souvent qu'Israël avait peut-être plusieurs problèmes, mais qu'au moins, c'était nos problèmes et que personne ne pouvait nous empêcher de les dénoncer.»
Mais ce pays juif, terre retrouvée après une longue diaspora, souffre toujours de ne pas être reconnu par ses voisins, la mésentente portant sur les alliances diverses, sur la colonisation même du territoire, comme le déplacement de populations, et sur l'occupation des sols et l'utilisation des ressources.
Car le pays est ingrat. Aussi, d'une économie à l'origine agraire, il a fallu diversifier, et l'aventure économique d'Israël trouve description dans une évolution où les activités traditionnelles ont été remplacées au profit d'une industrie soutenue par le haut savoir, qui fait que ce monde est aujourd'hui «high tech», avec 160 sociétés israéliennes présentement cotées au Nasdaq à New York.
Et dans le secteur culturel, profitant des legs et dons de nombreux mécènes, les villes du pays ont vu musées et autres institutions culturelles recevoir des oeuvres qui feraient l'envie de plus d'une métropole. En danse, en musique, en littérature, en cinéma, ce pays est aussi en représentation dans toutes les capitales occidentales.
Avenir
Mais 60 ans plus tard, pour garantir sa survie, Israël doit encore rechercher des appuis. Le Québec lui accorde le sien. Il y a bien sûr des ententes qui lient ces deux régions, mais il a aussi été voté à la veille du 60e anniversaire une motion unanime de l'Assemblée nationale: «Les 60 ans d'Israël sont l'occasion de célébrer le retour du peuple juif au sein du concert des nations, les nombreuses réalisations culturelles, économiques et scientifiques d'une société libre, démocratique et épanouie ainsi que les relations privilégiées entretenues par les gouvernements québécois et israélien.»
Et cette motion se poursuit en intervenant dans une crise qui perdure: «Par la même occasion, il convient de réaffirmer le soutien indéfectible des Québécoises et des Québécois aux efforts de paix du gouvernement d'Israël et de l'Autorité palestinienne ainsi qu'à la création future d'un État palestinien démocratique en paix avec son voisin israélien.»
Convenir que la paix vaut mieux qu'un état de guerre, là-dessus tous s'entendent, sauf ceux à qui, comme partout ailleurs, la guerre profite. Pour reprendre les propos d'un Keret qui espère une paix des «fatigués», «car les braves sont toujours prêts à se battre», Israël a un futur encore imprévisible: «Je crois que personne ne peut vivre en Israël et y élever ses enfants s'il ne croit pas que la paix peut être possible. Le problème, ce n'est pas la haine, c'est la peur et la douleur que les deux peuples se sont infligées mutuellement. Tant qu'on n'arrivera pas à transformer ça en quelque chose de positif, la paix ne sera pas possible. Mais personne n'aime vivre comme ça. Personne ne veut que ses enfants aillent se battre et se fassent tuer en revenant de l'école.»
Pour Israël, rien n'a jamais été simple. Et pourtant, ce pays perdure sur un territoire où règne une contestation, souvent armée, de tout ce qui a une connotation occidentale. Mais pour qui y est venu, lui, elle, mère ou père, d'Europe, d'Afrique, voire des Amériques, ce pays est le leur, le seul où ils et elles pourront vivre. Un pays, c'est aussi ceux qui l'habitent.
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