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Birmanie - L'aide arrive au compte-gouttes

Les États-Unis et l'ONU pressent Rangoon de faciliter l'arrivée de l'aide étrangère

Un Birman se reposait hier avant de se rendre dans son village avec du riz.
Photo : Agence Reuters
Un Birman se reposait hier avant de se rendre dans son village avec du riz.
Rangoon — Pendant que Washington et l'ONU pressaient la junte birmane d'agir vite dix jours après le cyclone Nargis, le premier avion militaire américain chargé d'aide humanitaire s'est posé hier en Birmanie, dans ce pays fermé par les généraux au pouvoir, où les secours arrivent toujours au compte-gouttes.

Un C-130 transportant près de 13 tonnes de couvertures, d'eau potable et de moustiquaires a atterri à Rangoon, ont annoncé des responsables humanitaires américains, qui espèrent que cet appareil sera le premier d'une longue série de missions de ce type. Venu accueillir la cargaison à l'aéroport de l'ancienne capitale birmane, un haut responsable du régime militaire, l'amiral Soe Thein, a promis d'acheminer l'aide humanitaire le plus vite possible dans les zones les plus sinistrées, a rapporté un diplomate de l'ambassade américaine.

De retour à Bangkok après avoir participé à ce vol, la directrice de l'Agence américaine pour le développement international, Henrietta Fore, a déclaré qu'elle avait reçu l'autorisation des autorités birmanes pour l'atterrissage de deux nouveaux avions, aujourd'hui.

Le président américain George W. Bush a pour sa part déclaré que «le monde devrait être en colère et devrait condamner» la junte militaire au pouvoir en Birmanie pour sa réaction au cyclone meurtrier qui a dévasté le pays. «Soit ils sont isolés, soit ils sont endurcis», a dit Bush à propos des dirigeants birmans lors d'une interview à la radio CBS.

À bord de l'Hercule se trouvait également le chef des forces militaires américaines du Pacifique, l'amiral Timothy Keating, dont la visite à Rangoon aura pour objectif de convaincre ses homologues birmans de desserrer l'étau sur les livraisons d'aide humanitaire.

«Notre action est restreinte uniquement par la permission des autorités birmanes», a indiqué l'amiral, qui a précisé qu'un pont aérien efficace permettrait de livrer jusqu'à 90 tonnes d'aide humanitaire par jour. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a estimé hier que ses équipes n'étaient pas en mesure de livrer toute l'aide nécessaire aux populations sinistrées.

«Nous pensons que nous devrions fournir 375 tonnes de nourriture par jour dans les zones sinistrées», a indiqué un porte-parole du PAM. «Si nous n'agissons pas maintenant et rapidement, davantage de vies seront perdues», a ajouté Catherine Bragg, directrice adjointe du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU.

Pour l'instant, une cinquantaine d'humanitaires étrangers travaillant pour des agences des Nations unies et des ONG attendent toujours l'autorisation d'entrer en Birmanie, ont précisé des responsables onusiens à Bangkok. «En fait, très peu de visas ont été accordés», a déploré Mme Bragg.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exprimé «sa préoccupation et son immense frustration» devant cette lenteur «inacceptable». «Si davantage d'aide n'entre pas dans le pays très rapidement, nous risquons de faire face à des épidémies de maladies infectieuses qui pourraient surpasser la crise actuelle. J'appelle en conséquence le gouvernement de la Birmanie à donner la priorité à la vie de ses compatriotes», a déclaré le chef de l'ONU.

Le rythme d'arrivée des secours étrangers s'est légèrement accéléré depuis dimanche, mais reste bien en deçà des besoins gigantesques de survivants désespérés, qui ont faim et soif.

Le bilan des autorités birmanes s'établissait hier à 31 938 morts et 29 770 disparus. Des diplomates parlent de plus de 100 000 tués et l'ONU a maintes fois averti que le bilan s'alourdirait si l'on ne portait pas secours immédiatement aux quelque deux millions de sinistrés.

La junte militaire, obsédée par la défense de sa souveraineté, accepte des aides mais reste extrêmement réticente à ce que les secours soient dirigés par des étrangers. Ainsi, le ministre de la Planification nationale et du Développement économique, Soe Tha, a remercié l'ONU et tous les pays pour leurs dons, mais a réaffirmé que les Birmans garderaient la main sur l'acheminement de l'aide. «La distribution des secours peut être gérée par des organisations locales», a-t-il insisté.
 
 
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