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Vers une nouvelle guerre civile

Le Hezbollah s'empare de Beyrouth-Ouest; le gouvernement crie au coup d'État

Les militants du Hezbollah ont célébré dans les rues désertées de Beyrouth.
Photo : Agence France-Presse
Les militants du Hezbollah ont célébré dans les rues désertées de Beyrouth.
Beyrouth — Dans une violente démonstration de force du Hezbollah, les militants chiites ont pris le contrôle hier des quartiers de Beyrouth-Ouest, ranimant le spectre de la guerre civile. Telle était la tension que le gouvernement libanais a dénoncé une tentative de «putsch armé».

Trois jours d'affrontements entre chiites du Hezbollah et partisans sunnites du gouvernement ont fait une quinzaine de morts. Alors que la tension demeurait forte dans le pays, les heurts ont connu un répit en soirée. La route de l'aéroport international, bloquée depuis mercredi par l'opposition, était toujours inaccessible. Tous les vols ont été annulés. Des centaines de personnes, parmi lesquelles des ressortissants étrangers, se pressaient à deux postes-frontières avec la Syrie pour sortir du pays.

Un allié du Hezbollah a fait savoir que le groupe entendait se retirer, au moins partiellement, des zones occupées dans la nuit et la matinée d'hier. N'empêche qu'avec ces affrontements qui ont réveillé une nouvelle fois le spectre de la guerre civile au Liban, le Parti de Dieu semble vouloir prendre l'ascendant après plusieurs mois de crise politique libanaise et de bras de fer avec le gouvernement de Fouad Siniora.

Les responsables sunnite Saad Hariri, chef de la majorité parlementaire antisyrienne, et druze Walid Joumblatt, autre pilier de la majorité, étant assiégés dans leurs résidences dans l'ouest de Beyrouth, des responsables gouvernementaux ont tenu une réunion d'urgence dans une localité de la montagne au coeur du pays chrétien au nord-est de Beyrouth, selon la chaîne chrétienne progouvernementale LBC TV.

Après la réunion, ils ont appelé dans un communiqué l'armée à reprendre le contrôle des rues et exhorté les pays arabes et la communauté internationale à faire pression sur les pays qui soutiennent le Hezbollah, soit l'Iran et la Syrie. L'armée libanaise s'est largement tenue à l'écart des affrontements. Plus tard dans la journée, des soldats libanais ont pris position dans certains quartiers sunnites abandonnés par les groupes progouvernementaux.

«Coup d'État»

«Ce sanglant coup d'État vise à faire revenir la Syrie au Liban et à placer l'Iran sur la Méditerranée», dénonce le communiqué lu par le responsable chrétien Samir Geagea. «La violence ne nous terrorisera pas mais augmentera notre détermination», souligne le texte, qui argue que la prise de contrôle du Hezbollah viole la Constitution du pays du Cèdre.

La majorité a accusé le Hezbollah d'avoir retourné contre les Libanais des armes destinées à lutter contre Israël. «Le Hezbollah a dit que ses armes étaient pour la résistance, mais il a clairement montré que c'était pour mener un coup d'État», a déclaré l'ancien président libanais Amine Gemayel à une chaîne locale depuis Paris. Le Hezbollah est la seule formation libanaise à ne pas avoir désarmé après la fin de la guerre civile (1975-90).

Le premier ministre Fouad Siniora a dû se retrancher avec plusieurs de ses ministres dans son bureau du centre de la capitale libanaise sous la protection renforcée de l'armée et de la police.

Le Hezbollah a manifesté sa puissance avec des actions d'éclat hier matin, ses hommes et ceux de son allié du Amal prenant le contrôle de la chaîne Future TV de Saad Hariri. La chaîne a cessé d'émettre dans la matinée sur ordre du Hezbollah. Les bureaux du quotidien appartenant à M. Hariri, qui se trouvent dans la banlieue proche de la capitale, ont été incendiés et une roquette est tombée sur la grille de sa résidence dans le quartier de Koreitem. Ensuite, des hommes sont allés tirer des balles sur la statue représentant son père, l'ex-premier ministre Rafic Hariri, assassiné dans un attentat sanglant en 2005. La statue avait été installée en février.

Les militants du Hezbollah ont célébré dans les rues désertées de Beyrouth. Une centaine d'entre eux, en tenue de camouflage et portant des fusils d'assaut, ont descendu notamment la rue Hamra, artère chic commerçante normalement animée dans un quartier à majorité sunnite de la capitale.

Le Liban s'enfonce dans une grave crise politique depuis la fin de 2006, l'opposition fidèle à Damas et la majorité antisyrienne n'arrivant pas à s'entendre sur un partage du pouvoir. La crise s'est aggravée depuis le départ en novembre dernier du président prosyrien Émile Lahoud, qui n'a pas été remplacé depuis, faute d'accord entre les protagonistes. La majorité accuse la Syrie et l'Iran de bloquer une solution par l'entremise de leurs alliés, tandis que l'opposition reproche à la coalition au pouvoir d'être inféodée à Washington.

Le conflit s'est enflammé cette semaine avec la décision du gouvernement de Fouad Siniora de déclarer illégal le réseau de télécommunication militaire du Hezbollah, jugeant qu'il menaçait la sécurité de l'État. Mercredi, les violences ont éclaté quand une grève sur des revendications sociales a été transformée par le Hezbollah en mouvement de désobéissance civile et se sont intensifiées le lendemain après un discours du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a qualifié de «déclaration de guerre» l'initiative gouvernementale à son encontre.

«Nous ne menons pas un coup d'État», a déclaré hier, sous le sceau de l'anonymat, un responsable de l'opposition. «Tout cela est lié aux décisions du gouvernement» d'enquêter sur le réseau de communications du Hezbollah et de limoger le chef de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth, présenté comme un proche du mouvement chiite.

Une affaire intérieure?

Le président syrien Bachar al-Assad a jugé la crise comme «une affaire intérieure libanaise» tandis que l'Arabie saoudite et l'Égypte, alliées du gouvernement libanais, ont demandé une réunion arabe ministérielle d'urgence qui pourrait se tenir dès cette fin de semaine. L'Iran a imputé les violences à des «ingérence aventuristes» des États-Unis et d'Israël.

La Maison-Blanche s'est dite «très inquiète» des agissements du Hezbollah et a exhorté l'Iran et la Syrie à cesser de soutenir l'organisation radicale chiite et d'essayer de «déstabiliser» le pays. Washington et l'Union européenne ont assuré Siniora de leur «plein soutien».

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a dénoncé un «coup de force» du Hezbollah à Beyrouth-Ouest, ajoutant qu'une opération d'évacuation des ressortissants français au Liban était en préparation «au cas où». «Le retour au calme observé cet après-midi est positif mais ne résout rien. On ne peut parler de retour à la normale.»

De son côté, le président israélien Shimon Peres a accusé le Hezbollah de conduire le Liban «au bord de la guerre civile». Et d'ajouter: «Cela n'a rien à voir avec Israël. C'est une fracture interne. C'est une tragédie pour eux. C'est une tragédie pour nous tous.» Il y a deux ans, Israël a livré une guerre au Hezbollah à la suite de la capture de deux soldats israéliens.
 
 
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