Chirac, le combat d'une vie
6 mai 2002
Actualités internationales
Paris — Jacques Chirac, qui a été réélu hier pour cinq ans président de la République française, a remporté «le combat de toute [sa] vie» en triomphant de son ennemi personnel, le dirigeant d'extrême droite Jean-Marie Le Pen, enrichissant ainsi un destin politique hors normes.
M. Chirac, 69 ans, qui a obtenu selon les instituts de sondage 82,50 % des voix au second tour du scrutin, contre 17,50 % pour M. Le Pen, était devenu le rempart de la République et de la démocratie devant une extrême droite parvenue pour la première fois en finale d'une présidentielle dans l'histoire de la Ve République fondée en 1958.
«Ce combat est le combat de toute ma vie. C'est un combat moral», avait-t-il déclaré au soir du premier tour, le 21 avril, après l'annonce de la qualification de M. Le Pen, son ennemi personnel depuis de très nombreuses années.
Intransigeant sur la défense des droits de l'Homme et d'une conception humaniste de la politique, il a pris soin de ne jamais citer le nom de M. Le Pen dans ses déclarations publiques. Il a aussi refusé de participer au traditionnel face-à-face télévisé d'entre deux tours, estimant qu'il n'y avait «pas de débat possible» «face à l'intolérance et à la haine».
Fort de son succès et au seuil d'un deuxième mandat, M. Chirac se trouve désormais face à un destin politique hors normes. Il apparaissait pourtant en position de relative faiblesse, il a quelques semaines encore, face au grand battu de cette élection, le premier ministre socialiste Lionel Jospin.
Cible d'attaques virulentes de ses adversaires et d'une grande partie de la presse, l'accusant de corruption lorsqu'il était maire de Paris, jusqu'en 1995, fragilisé par cinq ans d'une âpre cohabitation avec un gouvernement de gauche et affaibli par les divisions de son camp, ce lutteur instinctif, grand admirateur des sumos japonais, s'était lancé avec gravité et des accents gaulliens dans la bataille du second tour.
Ce combat aura été le plus paradoxal d'une carrière politique riche en rebondissements. Cent fois, les observateurs ont annoncé sa fin. Cent fois, ce fut une résurrection.
Ainsi, en 1995, nul n'aurait parié sur sa victoire contre le premier ministre conservateur Édouard Balladur. Deux ans plus tard, sa décision de dissoudre l'Assemblée nationale devait lui être fatale mais, défait, il se replie dans son palais présidentiel pour reprendre les rênes d'une droite à reconstruire.
Il y a deux semaines, enfin, avec 19,88 % des voix, il distance M. Jospin qui avait axé sa campagne contre sa personne, qualifiant imprudemment le chef de l'État de «vieilli et usé».
Ironie de la politique, ceux qui brocardaient un Chirac «inconstant», un président «caméléon», voire un «quasi-délinquant», furent contraints d'appeler à voter pour lui le 5 mai.
Se battant «pour l'essentiel, la démocratie, la tolérance, la République», il est apparu, selon l'un de ses proches, «en accord avec lui-même» n'ayant jamais varié dans sa condamnation du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie.
Chaleureux, généreux et sincère, toujours attentif aux autres, selon ses partisans, M. Chirac est une personnalité beaucoup complexe qu'il n'y paraît, se livrant avec délice au rituel politique des bains de foule et des poignées de mains, mais sans jamais se livrer vraiment et gardant secrètes les blessures de sa vie.
Né le 29 novembre 1932 à Paris, cet homme élancé et souriant, qui a longtemps laissé croire qu'il n'aimait que les films d'action et la musique militaire, est un fin connaisseur des cultures asiatiques, passionné des peuples premiers et avocat du dialogue des cultures.
Jeune homme en rupture avec son milieu bourgeois, il embarque dans les années 50 sur un cargo pour les États-Unis où il est plongeur dans un restaurant. Étudiant, il signe l'Appel de Stockholm lancé par les communistes contre la bombe atomique.
Mais, c'est en politique, où il a fait ses premiers pas sous le parrainage de Georges Pompidou, que sa vitalité s'épanouira. Doyen depuis plusieurs années des Conseils européens, il a été ministre sans interruption de 1967 à 1974, deux fois premier ministre (du président de droite Valéry Giscard d'Estaing, de 1974 à 1976, et du président socialiste François Mitterrand, de 1986 à 88), fondateur du parti gaulliste Rassemblement pour la République, député de la Corrèze, trois fois maire de Paris et trois fois candidat, avant la victoire, à la présidentielle.
Il est le seul à avoir expérimenté la cohabitation comme premier ministre, puis comme chef de l'État.
Dans tous ses combats, Jacques Chirac, qui a deux filles — dont la cadette, Claude, a piloté sa campagne —, a eu à ses côtés une alliée précieuse, son épouse Bernadette.
M. Chirac, 69 ans, qui a obtenu selon les instituts de sondage 82,50 % des voix au second tour du scrutin, contre 17,50 % pour M. Le Pen, était devenu le rempart de la République et de la démocratie devant une extrême droite parvenue pour la première fois en finale d'une présidentielle dans l'histoire de la Ve République fondée en 1958.
«Ce combat est le combat de toute ma vie. C'est un combat moral», avait-t-il déclaré au soir du premier tour, le 21 avril, après l'annonce de la qualification de M. Le Pen, son ennemi personnel depuis de très nombreuses années.
Intransigeant sur la défense des droits de l'Homme et d'une conception humaniste de la politique, il a pris soin de ne jamais citer le nom de M. Le Pen dans ses déclarations publiques. Il a aussi refusé de participer au traditionnel face-à-face télévisé d'entre deux tours, estimant qu'il n'y avait «pas de débat possible» «face à l'intolérance et à la haine».
Fort de son succès et au seuil d'un deuxième mandat, M. Chirac se trouve désormais face à un destin politique hors normes. Il apparaissait pourtant en position de relative faiblesse, il a quelques semaines encore, face au grand battu de cette élection, le premier ministre socialiste Lionel Jospin.
Cible d'attaques virulentes de ses adversaires et d'une grande partie de la presse, l'accusant de corruption lorsqu'il était maire de Paris, jusqu'en 1995, fragilisé par cinq ans d'une âpre cohabitation avec un gouvernement de gauche et affaibli par les divisions de son camp, ce lutteur instinctif, grand admirateur des sumos japonais, s'était lancé avec gravité et des accents gaulliens dans la bataille du second tour.
Ce combat aura été le plus paradoxal d'une carrière politique riche en rebondissements. Cent fois, les observateurs ont annoncé sa fin. Cent fois, ce fut une résurrection.
Ainsi, en 1995, nul n'aurait parié sur sa victoire contre le premier ministre conservateur Édouard Balladur. Deux ans plus tard, sa décision de dissoudre l'Assemblée nationale devait lui être fatale mais, défait, il se replie dans son palais présidentiel pour reprendre les rênes d'une droite à reconstruire.
Il y a deux semaines, enfin, avec 19,88 % des voix, il distance M. Jospin qui avait axé sa campagne contre sa personne, qualifiant imprudemment le chef de l'État de «vieilli et usé».
Ironie de la politique, ceux qui brocardaient un Chirac «inconstant», un président «caméléon», voire un «quasi-délinquant», furent contraints d'appeler à voter pour lui le 5 mai.
Se battant «pour l'essentiel, la démocratie, la tolérance, la République», il est apparu, selon l'un de ses proches, «en accord avec lui-même» n'ayant jamais varié dans sa condamnation du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie.
Chaleureux, généreux et sincère, toujours attentif aux autres, selon ses partisans, M. Chirac est une personnalité beaucoup complexe qu'il n'y paraît, se livrant avec délice au rituel politique des bains de foule et des poignées de mains, mais sans jamais se livrer vraiment et gardant secrètes les blessures de sa vie.
Né le 29 novembre 1932 à Paris, cet homme élancé et souriant, qui a longtemps laissé croire qu'il n'aimait que les films d'action et la musique militaire, est un fin connaisseur des cultures asiatiques, passionné des peuples premiers et avocat du dialogue des cultures.
Jeune homme en rupture avec son milieu bourgeois, il embarque dans les années 50 sur un cargo pour les États-Unis où il est plongeur dans un restaurant. Étudiant, il signe l'Appel de Stockholm lancé par les communistes contre la bombe atomique.
Mais, c'est en politique, où il a fait ses premiers pas sous le parrainage de Georges Pompidou, que sa vitalité s'épanouira. Doyen depuis plusieurs années des Conseils européens, il a été ministre sans interruption de 1967 à 1974, deux fois premier ministre (du président de droite Valéry Giscard d'Estaing, de 1974 à 1976, et du président socialiste François Mitterrand, de 1986 à 88), fondateur du parti gaulliste Rassemblement pour la République, député de la Corrèze, trois fois maire de Paris et trois fois candidat, avant la victoire, à la présidentielle.
Il est le seul à avoir expérimenté la cohabitation comme premier ministre, puis comme chef de l'État.
Dans tous ses combats, Jacques Chirac, qui a deux filles — dont la cadette, Claude, a piloté sa campagne —, a eu à ses côtés une alliée précieuse, son épouse Bernadette.
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