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Malgré la pression, la Birmanie s'ouvre difficilement à l'aide

Des survivants attendaient de l’aide hier à Kyaiklat.
Photo : Agence Reuters
Des survivants attendaient de l’aide hier à Kyaiklat.
La communauté internationale se démenait hier pour que le régime militaire au pouvoir en Birmanie la laisse porter secours aux victimes du cyclone Nargis, les États-Unis allant même jusqu'à envisager des largages aériens faute d'obtenir l'accès au pays.

En termes diplomatiques, l'ONU a clairement paru s'alarmer que le gouvernement birman emploie dans les circonstances actuelles une partie de son énergie à organiser un référendum sur un projet de Constitution demain.

Washington, qui avait annoncé avoir reçu le feu vert de la junte birmane pour dépêcher un avion transportant de l'aide, a fait savoir que l'appareil ne partait plus. «Je ne sais pas s'il y a eu une annulation ou un problème de communication», a déclaré l'ambassadeur des États-Unis à Bangkok, Eric John.

«Nous sommes engagés dans des négociations avec le gouvernement birman, comme le sont de nombreux gouvernements et de nombreuses organisations d'aide», a déclaré un porte-parole de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe.

«Si on nous donne la permission d'entrer dans le pays, on le fera. Si on ne nous autorise qu'à larguer de la nourriture, on est prêts à le faire», a déclaré Ky Luu, directeur du Bureau de l'assistance internationale en cas de désastres naturels (Dart), une division de l'USAid, l'agence américaine d'aide internationale. Il a laissé entendre que Washington pourrait éventuellement se passer de l'accord de la junte birmane pour ces largages.

Le PAM

Un premier avion de l'ONU, un appareil du Programme alimentaire mondial (PAM), a atterri hier à Rangoon, la plus grande ville du pays. Selon les organisations humanitaires, l'aide arrive doucement de la Thaïlande, de la Chine, de l'Inde. La Grèce a déclaré avoir reçu le feu vert pour l'envoi d'un avion de l'armée de l'air. Mais tout arrive encore en quantité insuffisante et trop lentement pour répondre aux besoins d'une population qui manque de tout.

Selon les spécialistes de l'humanitaire, ce sont des centaines d'avions d'aide dont le pays a besoin. L'ONU a demandé de pouvoir envoyer une centaine d'experts, notamment du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF).

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exhorté la junte birmane à se focaliser sur l'aide aux victimes du cyclone plutôt que sur le référendum constitutionnel prévu demain et il essaie de discuter avec le chef de la junte, Than Shwe, selon le service de presse de l'ONU.

La junte au pouvoir en Birmanie, l'un des pays les plus fermés de la planète, avait averti les humanitaires en début de semaine: ils devraient négocier avec elle.

Hier soir, la télévision officielle birmane recensait 17 morts de plus, faisant désormais état de 22 997 morts et de 42 119 disparus. Ces chiffres sont loin des estimations fournies, notamment, par un diplomate américain qui craint plus de 100 000 morts.

Un responsable local birman, Tin Win, a lui-même estimé que 80 000 personnes auraient été tuées rien qu'à Labutta et dans les villages voisins, une zone sinistrée du delta de l'Irrawaddy, dans le sud-ouest du pays.

Agir rapidement

Face à cette situation catastrophique, la communauté internationale multiplie les appels à l'ouverture de la Birmanie.

«J'espère que nous allons avoir une ouverture avant qu'il ne soit trop tard», a dit Surin Pitsuwan, secrétaire général de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN), dont fait partie la Birmanie.

«Nous espérons que la Birmanie coopérera avec la communauté internationale, aura des consultations avec elle et qu'elle surmontera la catastrophe rapidement», a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

La Commission européenne pourrait débloquer «jusqu'à 30 millions d'euros d'aide et au-delà», a déclaré le commissaire européen Louis Michel.

Sur place, les témoins continuaient de décrire des scènes de désolation. À Labutta, des orphelins, des veuves, des parents et des bonzes affligés attendaient assis par terre dans des abris temporaires.
 
 
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