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Les secours arrivent au compte-gouttes - Nargis pourrait avoir fait 100 000 morts en Birmanie

La junte birmane tarde à accorder les visas nécessaires au secours des sinistrés.
Photo : Agence Reuters
La junte birmane tarde à accorder les visas nécessaires au secours des sinistrés.
Le cyclone Nargis pourrait avoir fait plus de 100 000 morts dans le delta de l'Irrawaddy, en Birmanie, a déclaré hier la chargée d'affaires américaine dans ce pays. L'ONU a pour sa part exhorté la junte militaire à laisser entrer sans plus tarder les secours internationaux.

Le chiffre de 100 000 n'est pas un bilan confirmé, a souligné Shari Villarosa, selon qui il s'appuie sur des estimations fournies par une ONG internationale. Selon elle, les récentes évaluations de la junte militaire birmane situent le nombre de morts à 70 000, essentiellement dans la région du delta.

«La situation, dans le delta, semble de plus en plus horrible», estime Villarosa, ajoutant: «Le risque est très grand de voir des épidémies se déclarer.» Elle a également affirmé que «95 % des bâtiments ont disparu» dans cette région, citant une source gouvernementale birmane.

Pour John Holmes, chef des opérations humanitaires de l'ONU, le nombre de personnes tuées au Myanmar par le cyclone pourrait augmenter de manière «considérable», au-delà de l'estimation fournie par la junte militaire au pouvoir.

Selon Villarosa, les États-Unis s'efforcent d'entrer en contact avec des ministres et autres hauts responsables birmans et espèrent faire comprendre que le pays a besoin d'une opération humanitaire internationale massive. Toutefois, dit-elle, «il s'agit d'un régime particulièrement paranoïaque».

La junte au pouvoir en Birmanie, un des pays les plus fermés au monde, a accepté le principe d'une aide internationale, mais les étrangers doivent négocier avec les autorités pour pouvoir entrer.

Les secours

L'aide internationale ne parvenait hier qu'au compte-gouttes aux millions de Birmans privés de nourriture, d'eau et d'abri. Dans un communiqué, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé les généraux au pouvoir à ouvrir immédiatement les portes du pays aux secours d'urgence.

Jusqu'à présent, la Birmanie a rejeté les demandes des Américains et d'autres pays d'autoriser l'entrée d'équipes venant évaluer la situation et l'acheminement d'une aide. Les autorités américaines ont eu des contacts non seulement avec des pays voisins ou proches de la Birmanie comme l'Indonésie, la Thaïlande et la Malaisie mais aussi avec la Chine, l'Inde et le Japon pour qu'ils usent de leur influence auprès du régime birman.

John Holmes estime que le volume d'aide disponible pour la Birmanie est pour l'heure insuffisant, mais il ne doute pas que les pays du monde entier sont prêts à se montrer très généreux. Quatre coopérants humanitaires asiatiques de l'ONU qui n'ont pas besoin de visa pour aller en Birmanie viennent de partir pour ce pays mais, selon Holmes, d'autres humanitaires des Nations unies sont toujours, eux, en attente de visas.

Des vivres largués

Une aide fournie par la Thaïlande, la Chine, l'Indonésie et l'Inde a commencé à arriver hier. Des hélicoptères de l'armée birmane ont largué des vivres et de l'eau aux victimes de Nargis dans le delta de l'Irrawaddy, où des villages entiers ont été emportés et où un million de personnes sont privées d'abri.

«Nous estimons qu'un million de personnes et plus ont besoin d'un abri et d'une aide de survie», a déclaré Richard Horsey, porte-parole à Bangkok du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA). «De larges bandes de terre de la région inférieure du delta de l'Irrawaddy sont entièrement sous les eaux. Nous parlons de 5000 kilomètres carrés.»

Le refus de la junte birmane d'accepter l'envoi d'équipes humanitaires étrangères est une «catastrophe dans la catastrophe», a estimé à Paris le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ajoutant que la France pourrait déclencher une opération d'aide «dans la demi-heure» grâce à la présence de moyens navals au large du delta de l'Irrawaddy.

Mais la proposition française invoquant la clause de «responsabilité de protection» et visant à contourner le refus de la junte birmane de recevoir des équipes humanitaires étrangères après le passage du cyclone Nargis a été repoussée par le Conseil de sécurité, a-t-il indiqué.
 
 
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