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Washington et Londres continuent de masser des troupes aux portes de l'Irak - Une intervention paraît inévitable, estiment plusieurs experts

Soldats britanniques en manoeuvres sur une base militaire.
Photo : Agence Reuters
Soldats britanniques en manoeuvres sur une base militaire.
Londres — Au vu du déploiement en cours, beaucoup d'experts voient mal aujourd'hui comment les États-Unis et la Grande-Bretagne pourraient renoncer à lancer une intervention militaire contre l'Irak.

Officiellement, Washington et Londres soulignent que cette mobilisation massive permet de faire pression sur Bagdad afin de le contraindre à désarmer, mais le compte à rebours semble pour beaucoup déjà enclenché, malgré les obstacles diplomatiques que s'efforcent de dresser la France, l'Allemagne ou la Chine.

En estimant lundi que rien ne justifiait aujourd'hui une initiative militaire, le chef de la diplomatie française Dominique de Villepin a clairement affiché la position de la France, partagée par Berlin et Pékin. Paris souhaite accorder plus de temps aux inspecteurs des Nations unies, comme ces derniers le souhaitent.

Mais ces réticences pourraient avoir un effet boomerang. Washington ne chercherait même plus à obtenir une deuxième résolution du Conseil de sécurité avant d'attaquer l'Irak.

Pour Moustafa Alani, chercheur irakien dans un institut britannique, l'ampleur des préparatifs militaires actuels — les États-Unis devraient disposer d'une force de

120 000 à 150 000 hommes dans la région du Golfe d'ici la mi-février — dépasse en effet largement le statut de joker d'un jeu diplomatique.

Un tel déploiement est complexe et coûteux en matière d'argent et d'arrangements avec les États concernés par le stationnement des troupes américaines. «On ne fait pas tout ceci à moins d'avoir pris la décision d'entrer en guerre», affirme M. Alani.

Le président américain George Bush et le premier ministre britannique Tony Blair doivent se rencontrer le 31 janvier à Washington, quatre jours après la remise attendue d'un rapport des inspecteurs sur leur mission en Irak.

Peu d'observateurs osent avancer que les deux dirigeants ont pris une décision définitive. «On ne peut être sûr de rien, mais je pense que les Américains et les Britanniques se sont fixé une sorte de date butoir d'ici laquelle ils doivent absolument être prêts à entrer en guerre», note Gerd Nonneman, expert du Proche-Orient à l'université de Lancaster.

«Ce n'est pas la même chose que prendre la décision d'entrer en guerre, mais je suis certain qu'ils pensent qu'une guerre est plus probable que l'inverse.»

La mort ou l'exil?

Face aux États-Unis, la position de l'Union européenne sur l'Irak n'est pas une mais multiple. Londres soutient Washington pendant que l'Allemagne s'oppose à toute action militaire, même avec l'appui du Conseil de sécurité.

Entre les deux, la France exige la coopération active de l'Irak mais n'a vu jusqu'ici aucune preuve de violation patente par Bagdad de ses obligations en matière de désarmement.

Au Conseil de sécurité, certains diplomates jugent que la Grande-Bretagne pourrait bien se montrer plus favorable que l'Allemagne, qui présidera en février — après la France en janvier — l'instance dirigeante de l'ONU, au vote d'une deuxième résolution, car Berlin préférerait éviter d'avoir à voter contre un texte autorisant le recours à la force.

Mais «si les Britanniques et les Américains ne sont pas certains de l'adoption d'une résolution, ils ne prendront pas ce risque», poursuit Moustafa Alani.

Washington et Londres pourraient se contenter de monter un dossier déclarant Bagdad en «violation patente» de la résolution 1441 du 8 novembre, qui a donné à

l'Irak une «dernière chance» de désarmer sous peine de «graves conséquences». «Ils estiment que le risque de s'en sortir sans une deuxième résolution est gérable, déclare M. Alani. Si l'action militaire est rapide et couronnée de succès, ils ne considèrent pas l'opinion publique comme un problème majeur.»

Pour certains opposants au gouvernement de Saddam Hussein, la seule issue non militaire à cette crise est le départ en exil du président irakien. «S'il doit choisir entre la mort et l'exil, il se pourrait qu'il réfléchisse, mais il attendra d'abord le début de l'offensive militaire», estime Hamid Bayati, porte-parole du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak, une formation de l'opposition chiite irakienne.
 
 
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