Crise alimentaire: «le problème numéro un»
Les Nations unies au complet se constituent en «cellule de crise»
Photo : Agence France-Presse
Des femmes font la queue pour recevoir du riz dans un centre d’aide alimentaire d’Islamabad, au Pakistan. La crise alimentaire a pris une telle ampleur que l’ONU a annoncé hier la création d’une cellule de crise mobilisant toutes ses ressources
Convaincus que la crise alimentaire mondiale risque d'infliger à l'ONU de graves revers en matière de lutte contre la faim, de maintien de la paix et de développement, le secrétaire général de l'organisation, Ban Ki-moon, et les dirigeants de 27 agences et fonds des Nations unies tentent d'ébaucher un plan d'action global. Au lendemain d'une réunion à huis clos tenue lundi à Berne, Ban Ki-moon a ainsi annoncé la création d'une cellule de crise destinée à répondre au défi alimentaire.
«Nous considérons que la hausse dramatique des prix alimentaires dans le monde entier est devenue un défi sans précédent, de proportions mondiales, qui représente une crise pour les plus vulnérables, y compris les citadins pauvres», a déclaré l'ONU hier, par voie de communiqué. «C'est actuellement le problème numéro un», a ajouté le directeur de la communication de M. Ki-moon, Michael Meyer, qui redoute que la crise «éclipse le Darfour et le changement climatique» et «amplifie» les difficultés déjà éprouvées par l'ONU pour combattre l'extrême pauvreté ou remettre sur pied des sociétés détruites. «Nous devons mettre au diapason tous les gouvernements, toutes les agences internationales, les entreprises privées et les fondations», a ajouté le fonctionnaire onusien.
Ban Ki-moon, qui dirigera la cellule de crise, a donc exhorté la communauté internationale à débloquer rapidement des sommes d'argent afin d'apporter un soutien aux fonds d'urgence du Programme alimentaire mondial (PAM), où il manque aujourd'hui 755 millions de dollars, selon ses responsables. «Sans le financement de ces fonds d'urgence, nous risquons encore le spectre d'une famine, d'une malnutrition et d'émeutes à une échelle mondiale et dans des proportions sans précédent», a-t-il prévenu. Selon la FAO, 37 pays sont déjà confrontés à une urgence alimentaire qui a déclenché des «émeutes de la faim».
Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, qui assistait à la réunion, a par ailleurs soutenu que «les prochaines semaines sont critiques. Pour deux milliards de personnes, les prix alimentaires élevés sont maintenant une question de combat quotidien, de sacrifice et même de survie». Il a ajouté que 475 millions de dollars avaient déjà été promis au PAM mais que davantage de fonds étaient nécessaires. «Le monde a les moyens», a-t-il lancé, et «je pense que nous avons» capté «l'attention de la communauté mondiale». M. Zoellick a d'ailleurs rappelé que 100 millions de personnes avaient été poussées vers la pauvreté ces deux dernières années. «Ce n'est pas une catastrophe naturelle», a-t-il souligné.
Le secrétaire général des Nations unies a ainsi exprimé l'espoir que les dirigeants de la communauté internationale participent en juin à une réunion à Rome pour trouver des moyens de soulager la crise alimentaire, soulignant qu'ils étaient précédemment restés sourds aux avertissements lancés par la FAO et d'autres organismes. «Cette fois, les Nations unies dans leur ensemble mènent maintenant cette campagne pour traiter cette question», a-t-il affirmé.
Crise et exportations
La hausse des prix du blé, du riz et d'autres produits agricoles a accru ces derniers mois la pression sur les responsables du PAM, l'agence des Nations unies censée nourrir près de 73 millions de personnes dans le monde cette année. À cet égard, la directrice du PAM, Josette Sheeran, a déclaré hier lors d'une conférence de presse qu'en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires, son programme ne pouvait fournir aujourd'hui que 60 % de l'aide apportée l'année dernière.
Parallèlement, M. Zoellick a invité les pays producteurs à ne pas interdire les exportations de nourriture, qui aggravent selon lui la hausse des prix des aliments. «Nous exhortons les pays à ne pas recourir à des interdictions d'exporter. Ces contrôles encouragent la constitution de stocks, entraînent les prix à la hausse et nuisent aux gens les plus pauvres dans le monde entier, qui peinent à se nourrir», a-t-il déclaré, ajoutant que son point de vue était partagé par le secrétaire général de l'ONU. Pour faire face à la pénurie alimentaire et à la flambée des prix des denrées, l'Argentine, le Brésil, le Vietnam, la Cambodge, l'Indonésie, le Kazakhstan, l'Inde, l'Égypte, la Russie et la Chine ont imposé récemment des limitations à l'exportation de certains produits.
L'urgence consiste aussi à assurer l'alimentation de demain en soutenant les agriculteurs des pays les plus pauvres. L'effort doit porter sur le continent noir, qui pourrait doubler sa production alimentaire en quelques années, a déclaré Ban Ki-moon lors d'un discours prononcé un peu plus tard au siège européen de l'ONU à Genève. Il en coûterait la somme «relativement modeste de huit à dix milliards de dollars par an, a-t-il argué. Le fait est que l'Afrique est très loin d'être un continent perdu».
L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a d'ores et déjà élaboré un plan de 1,7 milliard de dollars pour fournir rapidement des semences aux fermiers des pays les plus pauvres. «Nous avions tiré le signal d'alarme, mais personne n'a pris de décision au moment approprié, a dénoncé son directeur général, Jacques Diouf. Il faut cesser de parler et passer à l'action.» «Nous devons faire tous les efforts pour soutenir ces fermiers», a renchéri le secrétaire général de l'ONU.
La faute du FMI
La rencontre de Berne avait aussi pour objectif de faire parler les institutions internationales d'une seule voix sur des questions centrales telles que l'impact du développement des agrocarburants sur l'augmentation des prix des denrées alimentaires. Le rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, estime que la transformation d'aliments en carburant est un «crime contre l'humanité» et appelle à un moratoire sur ces pratiques.
Tandis que M. Ziegler a affirmé, lundi, «comprendre» la réaction des pays qui bloquent leurs exportations de denrées alimentaires pour satisfaire la demande intérieure, il leur a tout de même demandé hier de ne pas y avoir recours. La Banque mondiale affirme en effet que ces pratiques «font monter les prix et frappent les personnes les plus pauvres à travers le monde». À cet égard, M. Ziegler a salué la décision de l'Ukraine de lever ses restrictions à l'exportation du blé, ce qui a eu pour «effet immédiat de faire baisser les cours».
Le rapporteur de l'ONU sur le droit à l'alimentation, qui arrive au terme de son mandat, s'en est également pris aux politiques «aberrantes» du Fonds monétaire international, qui a, selon lui, imposé, dans les pays où il intervient, la plantation de produits destinés à l'exportation au détriment de l'agriculture de subsistance.
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, la BBC, Le Monde et Reuters
«Nous considérons que la hausse dramatique des prix alimentaires dans le monde entier est devenue un défi sans précédent, de proportions mondiales, qui représente une crise pour les plus vulnérables, y compris les citadins pauvres», a déclaré l'ONU hier, par voie de communiqué. «C'est actuellement le problème numéro un», a ajouté le directeur de la communication de M. Ki-moon, Michael Meyer, qui redoute que la crise «éclipse le Darfour et le changement climatique» et «amplifie» les difficultés déjà éprouvées par l'ONU pour combattre l'extrême pauvreté ou remettre sur pied des sociétés détruites. «Nous devons mettre au diapason tous les gouvernements, toutes les agences internationales, les entreprises privées et les fondations», a ajouté le fonctionnaire onusien.
Ban Ki-moon, qui dirigera la cellule de crise, a donc exhorté la communauté internationale à débloquer rapidement des sommes d'argent afin d'apporter un soutien aux fonds d'urgence du Programme alimentaire mondial (PAM), où il manque aujourd'hui 755 millions de dollars, selon ses responsables. «Sans le financement de ces fonds d'urgence, nous risquons encore le spectre d'une famine, d'une malnutrition et d'émeutes à une échelle mondiale et dans des proportions sans précédent», a-t-il prévenu. Selon la FAO, 37 pays sont déjà confrontés à une urgence alimentaire qui a déclenché des «émeutes de la faim».
Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, qui assistait à la réunion, a par ailleurs soutenu que «les prochaines semaines sont critiques. Pour deux milliards de personnes, les prix alimentaires élevés sont maintenant une question de combat quotidien, de sacrifice et même de survie». Il a ajouté que 475 millions de dollars avaient déjà été promis au PAM mais que davantage de fonds étaient nécessaires. «Le monde a les moyens», a-t-il lancé, et «je pense que nous avons» capté «l'attention de la communauté mondiale». M. Zoellick a d'ailleurs rappelé que 100 millions de personnes avaient été poussées vers la pauvreté ces deux dernières années. «Ce n'est pas une catastrophe naturelle», a-t-il souligné.
Le secrétaire général des Nations unies a ainsi exprimé l'espoir que les dirigeants de la communauté internationale participent en juin à une réunion à Rome pour trouver des moyens de soulager la crise alimentaire, soulignant qu'ils étaient précédemment restés sourds aux avertissements lancés par la FAO et d'autres organismes. «Cette fois, les Nations unies dans leur ensemble mènent maintenant cette campagne pour traiter cette question», a-t-il affirmé.
Crise et exportations
La hausse des prix du blé, du riz et d'autres produits agricoles a accru ces derniers mois la pression sur les responsables du PAM, l'agence des Nations unies censée nourrir près de 73 millions de personnes dans le monde cette année. À cet égard, la directrice du PAM, Josette Sheeran, a déclaré hier lors d'une conférence de presse qu'en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires, son programme ne pouvait fournir aujourd'hui que 60 % de l'aide apportée l'année dernière.
Parallèlement, M. Zoellick a invité les pays producteurs à ne pas interdire les exportations de nourriture, qui aggravent selon lui la hausse des prix des aliments. «Nous exhortons les pays à ne pas recourir à des interdictions d'exporter. Ces contrôles encouragent la constitution de stocks, entraînent les prix à la hausse et nuisent aux gens les plus pauvres dans le monde entier, qui peinent à se nourrir», a-t-il déclaré, ajoutant que son point de vue était partagé par le secrétaire général de l'ONU. Pour faire face à la pénurie alimentaire et à la flambée des prix des denrées, l'Argentine, le Brésil, le Vietnam, la Cambodge, l'Indonésie, le Kazakhstan, l'Inde, l'Égypte, la Russie et la Chine ont imposé récemment des limitations à l'exportation de certains produits.
L'urgence consiste aussi à assurer l'alimentation de demain en soutenant les agriculteurs des pays les plus pauvres. L'effort doit porter sur le continent noir, qui pourrait doubler sa production alimentaire en quelques années, a déclaré Ban Ki-moon lors d'un discours prononcé un peu plus tard au siège européen de l'ONU à Genève. Il en coûterait la somme «relativement modeste de huit à dix milliards de dollars par an, a-t-il argué. Le fait est que l'Afrique est très loin d'être un continent perdu».
L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a d'ores et déjà élaboré un plan de 1,7 milliard de dollars pour fournir rapidement des semences aux fermiers des pays les plus pauvres. «Nous avions tiré le signal d'alarme, mais personne n'a pris de décision au moment approprié, a dénoncé son directeur général, Jacques Diouf. Il faut cesser de parler et passer à l'action.» «Nous devons faire tous les efforts pour soutenir ces fermiers», a renchéri le secrétaire général de l'ONU.
La faute du FMI
La rencontre de Berne avait aussi pour objectif de faire parler les institutions internationales d'une seule voix sur des questions centrales telles que l'impact du développement des agrocarburants sur l'augmentation des prix des denrées alimentaires. Le rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, estime que la transformation d'aliments en carburant est un «crime contre l'humanité» et appelle à un moratoire sur ces pratiques.
Tandis que M. Ziegler a affirmé, lundi, «comprendre» la réaction des pays qui bloquent leurs exportations de denrées alimentaires pour satisfaire la demande intérieure, il leur a tout de même demandé hier de ne pas y avoir recours. La Banque mondiale affirme en effet que ces pratiques «font monter les prix et frappent les personnes les plus pauvres à travers le monde». À cet égard, M. Ziegler a salué la décision de l'Ukraine de lever ses restrictions à l'exportation du blé, ce qui a eu pour «effet immédiat de faire baisser les cours».
Le rapporteur de l'ONU sur le droit à l'alimentation, qui arrive au terme de son mandat, s'en est également pris aux politiques «aberrantes» du Fonds monétaire international, qui a, selon lui, imposé, dans les pays où il intervient, la plantation de produits destinés à l'exportation au détriment de l'agriculture de subsistance.
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, la BBC, Le Monde et Reuters
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