Le tsunami de la faim
Le monde, le monde en son entier, est aux prises avec une crise majeure sans équivalent depuis des lunes. Ce fléau est aussi vieux que l'histoire: la faim. On estime ainsi que 1,5 milliard de personnes souffrent de sous-alimentation. Et ce, pour un éventail de raisons ou de facteurs ayant peu à voir avec les famines antérieures.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les affamés du monde ayant fait la une des journaux étaient des Africains pour la plupart. L'origine de ces désastres se confondait généralement soit avec la sécheresse, soit avec un conflit armé. Parfois, le cataclysme de la sous-alimentation était la conséquence d'une politique logeant à l'aune du fanatisme idéologique. Ce fut le cas en Chine, où les décisions que Mao avaient empruntées à Staline devaient faire 30 millions de morts entre 1958 et 1961.
Aujourd'hui, la famine qui sévit est surtout attribuable à une augmentation salée des prix des aliments de base. Certes, la variable sécheresse a eu un effet notable. On pense à l'Australie, où l'absence de pluie dans le sud du pays a soustrait 13 millions de tonnes de céréales et a accentué de facto une pression sur les coûts. Admettons un instant que la sécheresse soit le fait des dieux, restent évidemment les actions de l'homme.
Avant toute chose, il faut souligner que le problème se situe davantage sur le plan de la demande que de l'offre. Selon l'opinion des savants des affaires agroalimentaires, la somme des terres cultivables, combinée à une stabilisation de la population, suffirait à nourrir les six milliards et demi d'être humains que compte la planète. Ce qui cloche, ce qui ne va pas, pourrait se résumer ainsi: l'accélération inattendue, rapide autant que volumineuse, de la demande.
Grâce à une croissance continue et marquée du PIB en Chine et en Inde, des millions et des millions de citoyens de ces pays mangent désormais trois fois par jour. On a constaté qu'au fur et à mesure que le niveau de vie de ces gens allait croissant, des millions parmi eux ont réduit leur consommation de riz pour mieux remplacer cette diminution par l'achat de viandes diverses. Pour combler ces désirs, les paysans chinois consacrent 250 millions de tonnes de céréales à la nourriture des bestiaux. Cette réorientation d'un inventaire imposant de terres arables s'est traduite par un paradoxe: la Chine importe du riz.
Simultanément à ce phénomène de grande ampleur, le globe a été le théâtre de la montée en puissance des biocarburants ou agrocarburants découlant de l'explosion des prix de l'énergie et du combat mené par certains groupes environnementaux. On sait que le Brésil se livre à grande échelle à la production d'éthanol. On sait beaucoup moins qu'aux États-Unis 60 millions de tonnes de maïs vont à l'éthanol, soit un niveau quasi égal aux exportations mondiales. Cette déviation d'objectifs a ulcéré le politicien et essayiste suisse Jean Ziegler au point qu'il a qualifié la transformation de cette céréale de «crime contre l'humanité». Même le Programme alimentaire mondial, reconnu pour une certaine retenue, critique sans relâche l'essor des agrocarburants en donnant l'exemple du Sénégal qui a rejoint les rangs de fabricants d'éthanol alors que le pays est en proie à un déficit alimentaire.
Toutes ces variables consolidées, sans oublier le jeu des spéculateurs, font qu'aujourd'hui les réserves de céréales sont à leur plus bas niveau en 25 ans alors qu'il y a beaucoup plus de bouches à nourrir. Au cours des deux dernières années, le prix de la tonne de riz a augmenté de 170 %, celui du maïs de 140 %, celui du blé de 130 %. Il va sans dire que l'indice des prix alimentaires a atteint un niveau record. Le pire? Les économistes experts en la chose assurent que la pression financière qui sévit actuellement va se maintenir pendant encore une dizaine d'années.
D'ores et déjà, on a observé que des centaines de millions de personnes dispersées sur trois continents ont sorti leurs enfants des écoles et se privent de soins de santé pour la simple et terrible raison qu'ils doivent consacrer 70 % minimum de leurs revenus, que l'on devine faibles, à la nourriture.
Peut-être cette catastrophe est-elle toute contenue dans cette équation: le plein d'éthanol d'un 4X4 équivaut à la consommation annuelle de maïs d'un Mexicain. Comme l'avait finement remarqué Philippe Geluck, l'auteur du Chat: «Des millions de gens vivent dans la misère, des guerres déchirent le monde... et ma bagnole perd de l'huile.»
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les affamés du monde ayant fait la une des journaux étaient des Africains pour la plupart. L'origine de ces désastres se confondait généralement soit avec la sécheresse, soit avec un conflit armé. Parfois, le cataclysme de la sous-alimentation était la conséquence d'une politique logeant à l'aune du fanatisme idéologique. Ce fut le cas en Chine, où les décisions que Mao avaient empruntées à Staline devaient faire 30 millions de morts entre 1958 et 1961.
Aujourd'hui, la famine qui sévit est surtout attribuable à une augmentation salée des prix des aliments de base. Certes, la variable sécheresse a eu un effet notable. On pense à l'Australie, où l'absence de pluie dans le sud du pays a soustrait 13 millions de tonnes de céréales et a accentué de facto une pression sur les coûts. Admettons un instant que la sécheresse soit le fait des dieux, restent évidemment les actions de l'homme.
Avant toute chose, il faut souligner que le problème se situe davantage sur le plan de la demande que de l'offre. Selon l'opinion des savants des affaires agroalimentaires, la somme des terres cultivables, combinée à une stabilisation de la population, suffirait à nourrir les six milliards et demi d'être humains que compte la planète. Ce qui cloche, ce qui ne va pas, pourrait se résumer ainsi: l'accélération inattendue, rapide autant que volumineuse, de la demande.
Grâce à une croissance continue et marquée du PIB en Chine et en Inde, des millions et des millions de citoyens de ces pays mangent désormais trois fois par jour. On a constaté qu'au fur et à mesure que le niveau de vie de ces gens allait croissant, des millions parmi eux ont réduit leur consommation de riz pour mieux remplacer cette diminution par l'achat de viandes diverses. Pour combler ces désirs, les paysans chinois consacrent 250 millions de tonnes de céréales à la nourriture des bestiaux. Cette réorientation d'un inventaire imposant de terres arables s'est traduite par un paradoxe: la Chine importe du riz.
Simultanément à ce phénomène de grande ampleur, le globe a été le théâtre de la montée en puissance des biocarburants ou agrocarburants découlant de l'explosion des prix de l'énergie et du combat mené par certains groupes environnementaux. On sait que le Brésil se livre à grande échelle à la production d'éthanol. On sait beaucoup moins qu'aux États-Unis 60 millions de tonnes de maïs vont à l'éthanol, soit un niveau quasi égal aux exportations mondiales. Cette déviation d'objectifs a ulcéré le politicien et essayiste suisse Jean Ziegler au point qu'il a qualifié la transformation de cette céréale de «crime contre l'humanité». Même le Programme alimentaire mondial, reconnu pour une certaine retenue, critique sans relâche l'essor des agrocarburants en donnant l'exemple du Sénégal qui a rejoint les rangs de fabricants d'éthanol alors que le pays est en proie à un déficit alimentaire.
Toutes ces variables consolidées, sans oublier le jeu des spéculateurs, font qu'aujourd'hui les réserves de céréales sont à leur plus bas niveau en 25 ans alors qu'il y a beaucoup plus de bouches à nourrir. Au cours des deux dernières années, le prix de la tonne de riz a augmenté de 170 %, celui du maïs de 140 %, celui du blé de 130 %. Il va sans dire que l'indice des prix alimentaires a atteint un niveau record. Le pire? Les économistes experts en la chose assurent que la pression financière qui sévit actuellement va se maintenir pendant encore une dizaine d'années.
D'ores et déjà, on a observé que des centaines de millions de personnes dispersées sur trois continents ont sorti leurs enfants des écoles et se privent de soins de santé pour la simple et terrible raison qu'ils doivent consacrer 70 % minimum de leurs revenus, que l'on devine faibles, à la nourriture.
Peut-être cette catastrophe est-elle toute contenue dans cette équation: le plein d'éthanol d'un 4X4 équivaut à la consommation annuelle de maïs d'un Mexicain. Comme l'avait finement remarqué Philippe Geluck, l'auteur du Chat: «Des millions de gens vivent dans la misère, des guerres déchirent le monde... et ma bagnole perd de l'huile.»
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