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Élections au Népal - Les maoïstes en marche vers le pouvoir

14 avril 2008  Actualités internationales
Un partisan des ex-rebelles maoïstes participe aux célébrations de leur victoire prévue.
Photo : Agence France-Presse
Un partisan des ex-rebelles maoïstes participe aux célébrations de leur victoire prévue.
Katmandou — Les ex-rebelles maoïstes du Népal marchaient hier vers un succès électoral historique, en passe de devenir le premier parti de l'assemblée constituante élue jeudi pour transformer la monarchie en République et consolider la paix conclue fin 2006.

«Les maoïstes ont gagné ou sont en tête dans 98 circonscriptions», a annoncé la commission électorale qui fournit au compte-gouttes les élus de cette assemblée chargée de rédiger une Constitution, d'abolir en principe l'unique monarchie hindouiste du monde et de contraindre le roi «haï» Gyanendra à abdiquer.

Le parti des anciens guérilleros d'extrême gauche a empoché 59 sièges, selon les médias, trois fois plus que les vieilles formations politiques que sont le Congrès et le parti communiste du Népal marxiste-léniniste unifié (centre gauche).

Les maoïstes «sont en route vers un raz-de-marée» titrait The Himalayan Times, tandis que selon The Kathmandou Post «le peuple a choisi le changement».

Les ex-insurgés «vont remporter une majorité simple», devenant le premier groupe à l'assemblée, a pronostiqué l'analyste Khagendra Sangroula. Pour lui, «les maoïstes conduiront le gouvernement [...] et la monarchie va disparaître». «Nous ne sommes pas surpris par le soutien écrasant du peuple», a déclaré à l'AFP le commandant adjoint de l'Armée de libération du peuple, Ananta.

Les Népalais ont «signifié aux autres partis qu'ils étaient disqualifiés pour construire un "nouveau Népal"», s'est félicité ce novice en politique comme la plupart des heureux élus «maos». Toutefois, leur chef Prachanda «le redoutable», élu triomphalement à Katmandou, s'est bien gardé de revendiquer trop vite la victoire nationale.

Devant des milliers de partisans en liesse samedi, l'ex-révolutionnaire, qui se rêve en président de la République, a juste assuré être «complètement engagé dans le processus de paix et vis-à-vis de la démocratie multipartite».

Car les résultats complets ne sont pas attendus avant des semaines. L'assemblée constituante compte en effet 601 députés désignés par un mode de scrutin complexe mêlant systèmes proportionnel et majoritaire.

On ne connaîtra pas avant plusieurs jours tous les élus des 240 circonscriptions désignés au scrutin majoritaire — d'autant qu'il faudra revoter dans une centaine de bureaux de vote — et le décompte des sièges alloués à la proportionnelle prendra encore plus de temps.

Mais au final, les maoïstes «pourraient obtenir entre 30 et 40 % des sièges, devenant clairement le parti le plus puissant, sous la barre cependant des 50 %», a prédit Rhoderick Chalmers de l'International Crisis Group, un influent cercle de réflexion basé à Bruxelles.

Au terme d'une décennie de guerre civile conclue par un accord de paix le 21 novembre 2006, au prix de 13 000 morts, «on nous décrivait comme un parti sans beaucoup d'influence ni de soutien», a rappelé le commandant Ananta.

«Nous avons prouvé que ces gens avaient tort», a-t-il lancé.

De fait, les 60 % des 17,6 millions de Népalais qui ont voté jeudi, pour la première fois depuis 1999, ont surtout voulu montrer leur attachement à la paix conclue il y a un an et demi avec la guérilla maoïste dans ce royaume himalayen déshérité coincé entre l'Inde et la Chine.

La transformation de la monarchie en République fait déjà l'objet d'un accord de principe scellé en décembre entre les sept partis népalais et les ex-rebelles, qui gouvernent tous ensemble depuis avril 2007.

Ce scénario, inimaginable il y a quelques mois, s'était en fait dessiné au printemps 2006 lorsque la classe politique s'était alliée aux maoïstes dans des manifestations monstre, forçant le roi à renoncer à ses pouvoirs absolus.
 
 
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