Tour du monde à haut risque
Premières turbulences dans le sillage de la flamme olympique
Photo : Agence France-Presse
Des militants de la cause tibétaine ont tenté en vain d’empêcher l’arrivée de la flamme olympique au stade d’Athènes. D’autres manifestations sont à prévoir lors du parcours qui doit conduire la flamme à travers le monde au cours des proc
À un peu plus de quatre mois des Jeux de Pékin, la flamme olympique arrive aujourd'hui sur la place Tiananmen, lieu hautement symbolique et point de départ d'un long et périlleux périple mondial. Les semaines de relais qui suivront devraient en effet être perturbées par de nouvelles manifestations de militants des droits de la personne. Qui plus est, la tournée planétaire débutera sur fond de vives tensions dans différentes régions de la Chine, mais aussi de guerre diplomatique déclenchée par la multiplication des appels au boycottage des Jeux.
Ce relais de 137 000 kilomètres sera le plus long de l'histoire olympique, avec le plus grand nombre de relayeurs, signe de l'importance des Jeux pour les autorités chinoises, qui espéraient bien pouvoir s'en servir comme vitrine de la Chine moderne. Mais les détracteurs du régime se sont d'ores et déjà emparés de la tribune.
La répression particulièrement brutale des manifestations tibétaines au Tibet et dans les régions avoisinantes jette une nouvelle fois une lumière peu avantageuse sur la situation des droits de la personne au coeur de la plus grande dictature du monde. Des milliers de manifestants devraient donc dénoncer par exemple la situation des Ouïghours musulmans du Xinjiang, à l'extrême ouest de la Chine, l'emprise sur le Tibet ou les relations avec le Soudan.
Déjà hier, à Athènes, des militants de la cause tibétaine, rapidement maîtrisés par la police grecque, ont tenté d'empêcher l'arrivée de la flamme olympique au stade d'Athènes, où elle a pu être remise sans encombre aux organisateurs des Jeux de Pékin. Portant des drapeaux tibétains et scandant des slogans tels que «Liberté pour le Tibet!» ou «La Chine hors du Tibet!», les manifestants ont essayé en vain de forcer le cordon de sécurité pour interrompre la course du dernier porteur de la flamme à son entrée dans le stade avant la cérémonie de passation.
La police grecque a interpellé 21 personnes, dont des étrangers, mais a fait savoir qu'elles seraient relâchées dans les prochaines heures. D'autres ont été tenues à l'écart du passage de la flamme. Un dispositif de sécurité sans précédent depuis 1936, année du premier trajet de la flamme olympique, avait été déployé pour l'occasion à Athènes.
La flamme a ensuite fait route vers Pékin. Les responsables de l'État et du Parti communiste chinois assisteront à la cérémonie d'accueil aujourd'hui sur la place Tiananmen, où la présence policière avait été renforcée hier, la partie nord étant même bouclée par les forces de l'ordre. L'intense dispositif de sécurité rend toute manifestation improbable, et les autorités chinoises sont restées assez avares de détails sur la cérémonie. Demain, la flamme se rendra à Almaty au Kazakhstan, puis à Istanbul et à Saint-Pétersbourg, avant trois étapes plus délicates à Londres, Paris et San Francisco.
Des milliers de personnes devraient se masser le long du parcours londonien, le 6 avril, avec une cérémonie à la mémoire des victimes de la répression au Tibet. Ils devraient être aussi nombreux le lendemain à Paris, alors que le président Nicolas Sarkozy est devenu la semaine dernière le premier dirigeant européen à envisager ouvertement un boycottage de la cérémonie d'ouverture des Jeux.
À San Francisco, seule ville d'Amérique du Nord à accueillir la flamme, le 9 avril, les autorités ont décidé de raccourcir le parcours et d'abréger les cérémonies. Autre étape risquée, l'Inde, où sont réfugiés le dalaï-lama, chef spirituel des bouddhistes tibétains, et le gouvernement tibétain en exil. La torche olympique arrivera le 17 avril à New Delhi, où plusieurs dizaines d'exilés tibétains sont arrivés hier, portant une flamme symbolique. Non loin du Parlement indien, ils ont brûlé des portraits du président chinois Hu Jintao et scandé «Longue vie au dalaï-lama» et «Arrêtez les meurtres au Tibet». Des manifestations sont également attendues le 24 avril à Canberra en Australie, et la sécurité a été renforcée le 26 avril pour l'étape nippone à Nagano.
La flamme reviendra en Chine continentale le 4 mai et passera les trois mois suivants à voyager dans le pays, s'arrêtant dans plus d'une centaine de villes. Elle passera même au sommet de l'Everest, à une date non précisée en mai quand le temps le permettra. Taïwan a été exclu, les autorités de l'île refusant de s'engager à éliminer tout drapeau taïwanais ou autre signe de la séparation avec la Chine continentale du parcours. La flamme reviendra à Pékin le 6 août, avant d'enflammer le chaudron olympique le 8 août, lors de la cérémonie d'ouverture dans le Stade national de 91 000 places.
Guerre diplomatique
Tout ce branle-bas olympien s'est résolument invité dans l'arène politique. Les chefs de la diplomatie des pays de l'Union européenne ont exprimé samedi leur préoccupation devant les violences au Tibet où la répression des manifestations a fait 140 morts, selon le gouvernement tibétain en exil. Les 27 ministres de l'Union, réunis en Slovénie, ont appelé à une cessation des violences et à des discussions entre la Chine et le dalaï-lama, en exil en Inde. Dans leur déclaration, ils n'ont cependant fait aucune allusion aux Jeux de Pékin de cet été.
La Chine, par la voie d'un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Jiang Yu, a répliqué que «la question du Tibet est une question interne à la Chine. Aucun pays étranger, ni aucune organisation internationale n'a le droit de s'y ingérer». «Nous espérons que l'Union européenne et ses États membres sauront faire la différence entre ce qui est légitime et ce qui ne l'est pas, en condamnant explicitement les crimes de ceux qui ont battu, détruit, pillé et brûlé, et qu'ils évitent d'appliquer deux poids et deux mesures» sur cette question, a ajouté M. Jiang.
Par ailleurs, l'agence Chine nouvelle a accusé le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, d'avoir fait «des déclarations extrêmement irresponsables» sur l'éventualité d'un boycottage des Jeux. M. Pöttering a jugé «justifié» de prendre «des mesures de boycottage» des Jeux olympiques d'été si la Chine continuait de refuser tout dialogue avec le dalaï-lama, dans une entrevue publiée la semaine dernière par la presse allemande. «Toute personne raisonnable devrait s'abstenir de risquer de provoquer l'hostilité d'un quart de la population mondiale», poursuit le porte-parole chinois cité par Chine nouvelle.
Situation tendue
Par ailleurs, une bousculade, due semble-t-il aux contrôles de sécurité de la police, est survenue samedi à Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet, signe de la tension qui demeure dans la ville quelques semaines après une émeute contre le pouvoir chinois. Selon un message texte envoyé par la police sur les téléphones portables des habitants de la ville, des contrôles effectués dans la ville ont «effrayé les citoyens» et semé la panique dans le centre.
«S'il vous plaît, obéissez à la loi et respectez les règles, ne créez ni ne propagez de rumeurs, ne croyez pas aux rumeurs», lisait-on sur ce texto. On ignore cependant si ces contrôles venaient en riposte à une nouvelle manifestation ou si c'est l'opération de sécurité elle-même qui a semé la panique.
«Bien que tous les détails n'aient pas été confirmés, des informations dignes de foi laissent penser qu'une nouvelle manifestation a eu lieu, impliquant un grand nombre de Tibétains, et qu'elle était peut-être liée à la volonté de policiers armés d'interpeller des Tibétains dans le centre de Lhassa», a déclaré l'ONG International Campaign for Tibet, dont le siège se trouve à Washington.
Un calme tendu est revenu hier dans une zone de la province du Gansu, dans le centre de la Chine, qui a connu ce mois-ci des manifestations tibétaines. La forte présence policière et les bâtiments incendiés récemment témoignent cependant du profond fossé qui sépare toujours les Tibétains des Hans. La manifestation qui a eu lieu à Zhuoni au Gansu, l'une des régions de Chine où vivent des Tibétains et qui ont connu des troubles à la suite des manifestations de Lhassa au Tibet, avait tourné à l'émeute, les protestataires brisant les vitrines de magasins et s'attaquant à un poste de police.
Des habitants évoquent le mécontentement chez les jeunes devant le manque d'éducation ou d'occasions dans la région, qui est si pauvre que les gens qui travaillent leurs champs ont encore des charrues en bois tirées par des ânes.
***
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Ce relais de 137 000 kilomètres sera le plus long de l'histoire olympique, avec le plus grand nombre de relayeurs, signe de l'importance des Jeux pour les autorités chinoises, qui espéraient bien pouvoir s'en servir comme vitrine de la Chine moderne. Mais les détracteurs du régime se sont d'ores et déjà emparés de la tribune.
La répression particulièrement brutale des manifestations tibétaines au Tibet et dans les régions avoisinantes jette une nouvelle fois une lumière peu avantageuse sur la situation des droits de la personne au coeur de la plus grande dictature du monde. Des milliers de manifestants devraient donc dénoncer par exemple la situation des Ouïghours musulmans du Xinjiang, à l'extrême ouest de la Chine, l'emprise sur le Tibet ou les relations avec le Soudan.
Déjà hier, à Athènes, des militants de la cause tibétaine, rapidement maîtrisés par la police grecque, ont tenté d'empêcher l'arrivée de la flamme olympique au stade d'Athènes, où elle a pu être remise sans encombre aux organisateurs des Jeux de Pékin. Portant des drapeaux tibétains et scandant des slogans tels que «Liberté pour le Tibet!» ou «La Chine hors du Tibet!», les manifestants ont essayé en vain de forcer le cordon de sécurité pour interrompre la course du dernier porteur de la flamme à son entrée dans le stade avant la cérémonie de passation.
La police grecque a interpellé 21 personnes, dont des étrangers, mais a fait savoir qu'elles seraient relâchées dans les prochaines heures. D'autres ont été tenues à l'écart du passage de la flamme. Un dispositif de sécurité sans précédent depuis 1936, année du premier trajet de la flamme olympique, avait été déployé pour l'occasion à Athènes.
La flamme a ensuite fait route vers Pékin. Les responsables de l'État et du Parti communiste chinois assisteront à la cérémonie d'accueil aujourd'hui sur la place Tiananmen, où la présence policière avait été renforcée hier, la partie nord étant même bouclée par les forces de l'ordre. L'intense dispositif de sécurité rend toute manifestation improbable, et les autorités chinoises sont restées assez avares de détails sur la cérémonie. Demain, la flamme se rendra à Almaty au Kazakhstan, puis à Istanbul et à Saint-Pétersbourg, avant trois étapes plus délicates à Londres, Paris et San Francisco.
Des milliers de personnes devraient se masser le long du parcours londonien, le 6 avril, avec une cérémonie à la mémoire des victimes de la répression au Tibet. Ils devraient être aussi nombreux le lendemain à Paris, alors que le président Nicolas Sarkozy est devenu la semaine dernière le premier dirigeant européen à envisager ouvertement un boycottage de la cérémonie d'ouverture des Jeux.
À San Francisco, seule ville d'Amérique du Nord à accueillir la flamme, le 9 avril, les autorités ont décidé de raccourcir le parcours et d'abréger les cérémonies. Autre étape risquée, l'Inde, où sont réfugiés le dalaï-lama, chef spirituel des bouddhistes tibétains, et le gouvernement tibétain en exil. La torche olympique arrivera le 17 avril à New Delhi, où plusieurs dizaines d'exilés tibétains sont arrivés hier, portant une flamme symbolique. Non loin du Parlement indien, ils ont brûlé des portraits du président chinois Hu Jintao et scandé «Longue vie au dalaï-lama» et «Arrêtez les meurtres au Tibet». Des manifestations sont également attendues le 24 avril à Canberra en Australie, et la sécurité a été renforcée le 26 avril pour l'étape nippone à Nagano.
La flamme reviendra en Chine continentale le 4 mai et passera les trois mois suivants à voyager dans le pays, s'arrêtant dans plus d'une centaine de villes. Elle passera même au sommet de l'Everest, à une date non précisée en mai quand le temps le permettra. Taïwan a été exclu, les autorités de l'île refusant de s'engager à éliminer tout drapeau taïwanais ou autre signe de la séparation avec la Chine continentale du parcours. La flamme reviendra à Pékin le 6 août, avant d'enflammer le chaudron olympique le 8 août, lors de la cérémonie d'ouverture dans le Stade national de 91 000 places.
Guerre diplomatique
Tout ce branle-bas olympien s'est résolument invité dans l'arène politique. Les chefs de la diplomatie des pays de l'Union européenne ont exprimé samedi leur préoccupation devant les violences au Tibet où la répression des manifestations a fait 140 morts, selon le gouvernement tibétain en exil. Les 27 ministres de l'Union, réunis en Slovénie, ont appelé à une cessation des violences et à des discussions entre la Chine et le dalaï-lama, en exil en Inde. Dans leur déclaration, ils n'ont cependant fait aucune allusion aux Jeux de Pékin de cet été.
La Chine, par la voie d'un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Jiang Yu, a répliqué que «la question du Tibet est une question interne à la Chine. Aucun pays étranger, ni aucune organisation internationale n'a le droit de s'y ingérer». «Nous espérons que l'Union européenne et ses États membres sauront faire la différence entre ce qui est légitime et ce qui ne l'est pas, en condamnant explicitement les crimes de ceux qui ont battu, détruit, pillé et brûlé, et qu'ils évitent d'appliquer deux poids et deux mesures» sur cette question, a ajouté M. Jiang.
Par ailleurs, l'agence Chine nouvelle a accusé le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, d'avoir fait «des déclarations extrêmement irresponsables» sur l'éventualité d'un boycottage des Jeux. M. Pöttering a jugé «justifié» de prendre «des mesures de boycottage» des Jeux olympiques d'été si la Chine continuait de refuser tout dialogue avec le dalaï-lama, dans une entrevue publiée la semaine dernière par la presse allemande. «Toute personne raisonnable devrait s'abstenir de risquer de provoquer l'hostilité d'un quart de la population mondiale», poursuit le porte-parole chinois cité par Chine nouvelle.
Situation tendue
Par ailleurs, une bousculade, due semble-t-il aux contrôles de sécurité de la police, est survenue samedi à Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet, signe de la tension qui demeure dans la ville quelques semaines après une émeute contre le pouvoir chinois. Selon un message texte envoyé par la police sur les téléphones portables des habitants de la ville, des contrôles effectués dans la ville ont «effrayé les citoyens» et semé la panique dans le centre.
«S'il vous plaît, obéissez à la loi et respectez les règles, ne créez ni ne propagez de rumeurs, ne croyez pas aux rumeurs», lisait-on sur ce texto. On ignore cependant si ces contrôles venaient en riposte à une nouvelle manifestation ou si c'est l'opération de sécurité elle-même qui a semé la panique.
«Bien que tous les détails n'aient pas été confirmés, des informations dignes de foi laissent penser qu'une nouvelle manifestation a eu lieu, impliquant un grand nombre de Tibétains, et qu'elle était peut-être liée à la volonté de policiers armés d'interpeller des Tibétains dans le centre de Lhassa», a déclaré l'ONG International Campaign for Tibet, dont le siège se trouve à Washington.
Un calme tendu est revenu hier dans une zone de la province du Gansu, dans le centre de la Chine, qui a connu ce mois-ci des manifestations tibétaines. La forte présence policière et les bâtiments incendiés récemment témoignent cependant du profond fossé qui sépare toujours les Tibétains des Hans. La manifestation qui a eu lieu à Zhuoni au Gansu, l'une des régions de Chine où vivent des Tibétains et qui ont connu des troubles à la suite des manifestations de Lhassa au Tibet, avait tourné à l'émeute, les protestataires brisant les vitrines de magasins et s'attaquant à un poste de police.
Des habitants évoquent le mécontentement chez les jeunes devant le manque d'éducation ou d'occasions dans la région, qui est si pauvre que les gens qui travaillent leurs champs ont encore des charrues en bois tirées par des ânes.
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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
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