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Pakistan - Sharif rejoint la coalition conduite par le PPP de Bhutto

Bhourban, Pakistan — L'ancien premier ministre pakistanais Nawiz Sharif a annoncé hier que son parti s'associerait au Parti du peuple pakistanais (PPP) de feu Benazir Bhutto au sein d'un gouvernement de coalition qui pourrait donner du fil à retordre au président Pervez Moucharraf.

En guise d'avant-goût de ce que Moucharraf pourrait devoir affronter, Sharif et Asif Ali Zardari, veuf de Bhutto et nouveau dirigeant du PPP, sont convenus de rétablir à leur poste les juges démis par le chef de l'État avait décrété l'état d'urgence début novembre.

Le PPP est arrivé en tête des élections législatives du 18 février, remportant 120 des 342 sièges du Parlement. La Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N) fidèle à Sharif est arrivée en deuxième position, avec 90 élus. «Il a [...] été convenu que la PML-N ferait partie du gouvernement de coalition», a dit Sharif lors d'une conférence organisée à l'issue de sa rencontre avec Zardari.

Les juges concernés, dont le président de la Cour suprême, étaient perçus comme hostiles à la réélection de Moucharraf, en octobre, par le Parlement, pour un nouveau quinquennat alors qu'il était encore chef des armées.

Ces magistrats pourraient donc, une fois rétablis dans leurs fonctions, engager des recours juridiques contre Moucharraf.

L'accord entre le PPP et la PML-N réduit à néant, a priori, tout espoir que pouvait encore avoir Moucharraf d'une entrée de la Ligue musulmane du Pakistan, qui le soutient, dans une coalition gouvernementale. Ce parti est arrivé en troisième position aux élections.

Des analystes avaient prédit auparavant que Sharif préférerait sans doute rester en dehors d'un gouvernement dirigé par le PPP, qui sera appelé à prendre des décisions économiques impopulaires, afin d'être en meilleure position pour remporter les prochaines élections.

Les deux partis ont fait savoir que le rétablissement à leur poste des juges limogés serait acté dans une résolution parlementaire dans les 30 jours qui suivront la formation du gouvernement.

Les alliés occidentaux du Pakistan et ses voisins, préoccupés par l'instabilité de ce pays doté de l'arme nucléaire et luttant sur son sol contre des islamistes radicaux armés, craignent des turbulences accrues si le gouvernement défie le président. Hier, des centaines d'avocats ont manifesté dans tout le pays en réclamant le rétablissement des magistrats dans leurs fonctions. Cela fait un an jour pour jour que Moucharraf a suspendu le président de la Cour suprême, Iftikhar Chaudhry.

Sharif, que le général Moucharraf, alors chef des armées, a renversé lors d'un putsch en 1999, a appelé le président à démissionner. Hier, il a encore une fois estimé que Moucharraf devait accepter le verdict des urnes. «Moucharraf et ses alliés ont dit que c'était un Parlement divisé. Peut-être, mais il est opposé à la dictature», a déclaré Sharif lors de la conférence de presse à Bhurban. «C'est le verdict du peuple contre lui [...], il doit accepter la réalité et ne pas créer obstacles et divisions.»

Zardari, interrogé quant à son positionnement à l'endroit de Moucharraf, s'est montré plus conciliant, en disant ne pas avoir foi dans les «ambitions personnelles» et croire à la fonction présidentielle.
 
 
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