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La loi de la jungle

La majorité des Colombiens sont eux aussi pris en otages dans le conflit entre le pouvoir et les FARC

Les centaines d'otages qui croupissent toujours dans le maquis colombien, depuis de nombreuses années pour la plupart, sont devenus les symboles du long et violent conflit social qui a fait des millions de déplacés et des dizaines de milliers de morts, et dont on ne voit toujours pas la fin.
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    1 mars 2008 03 h 44
    Guerre ou paix. Vie ou mort.
    Guerre ou paix.
    Vie ou mort.

    La politique n'est pas très humaine.

    Un échange "humanitaire" est-il possible?

    Nous voilà pris dans le tourbillon des bons et des méchants.
    Qui donc a fait souffrir le plus, qui donc a tué le plus?
    Quelle triste histoire que celle de la Colombie! Des décennies de guerre, des milliers de morts, de la terreur quotidienne, des milliards d'armes et de manoeuvres militaires.
    Il ne faut pas oublier les enjeux politiques.

    «Plan Colombie, passeport pour la guerre»
    Le Monde diplomatique, Maurice Lemoine août 2000
    http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/ameriquela

    « En ce moment, à travers le plan Colombie, nous sommes en train d'attaquer les cultures, nous sommes en train d'attaquer les paysans, nous ne sommes pas en train de poursuivre les trafiquants de drogue. »
    Ingrid Betancourt (au parlement colombien avant son enlèvement)


    «PLAN COLOMBIE OU PLAN POUR LA GUERRE ?» Radio Canada
    7.5 milliards en 2002
    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/colo


    « La guerilla est corrompue, les paramilitaires sont corrompus, l'Église est corrompue,
    dans le journalisme aussi, il y a de la corruption,
    vraiment, c'est un cancer. »
    Mauricio Vargas, rédacteur en chef du journal Cambío


    «Aux frontières du plan Colombie»
    Le Monde diplomatique, Hernando Calvo Ospina, février 2005
    http://www.monde-diplomatique.fr/2005/02/CALVO_OSP


    Du temps où Radio Canada faisait du reportage plutôt que de la propagande
    «Ingrid Betancourt, la Don Quichotte de Colombie»
    http://www.radio-canada.ca/actualite/zonelibre/01-

    (Le reportage vidéo n'est plus accessible en ligne
    J'ai demandé à Radio Canada pourquoi, je n'ai pas eu de réponse.)

    Concernant le plan Colombie, le plan Patriote, la corruption en Colombie, les enjeux US en Colombie, l'importance de la Colombie pour les États-Unis, une multitude de liens sont à votre disposition, une multitude de livres dans les bibliothèques, dans les librairies. L'histoire des FARC, l'histoire de la corruption en Colombie sont largement documentées.

    Résumer ce conflit en une simple guerre de bons gouvernements et de méchants FARC, est d'un simplisme aberrant. L'ingérence plus que notable des ÉU dans ce pays est frappante.

    Est-ce Uribe qui veut que la guerre continue, peu importe, les pertes humaines, ou si c'est Washington?
    Analyser ce conflit en gardant sous silence les milliards d'investissements militaires dans cette région est inconcevable.

    Les États-Unis ne veulent, sous aucun prétexte, mettre fin à cette guerre.
    C'est leur dernier bastion important en sol sud-américain.

    Il suffirait d'un rien pour que ce conflit se termine. Les FARC semblent à bout de souffle. On les décrit comme les pires méchants. Toutes les atrocités leur sont attribuées. Ils ont, bien sûr, leurs torts. On ne fait pas la guerre avec des anges.
    Les FARC ne se battent pas contre des anges non plus.

    Pourtant, ces démons de FARC seraient prêts à cesser ce conflit sanguinaire et mortel s'ils avaient une ouverture pour se faire reconnaître comme mouvement politique.
    L'époque des guérillas est révolue. La révolution se fait maintenant par les urnes.
    Regardons l'Amérique latine: Argentine, Brésil, Bolivie, Chili, Équateur, Nicaragua, Guatemala, Venezuela, Uruguay. Tous des gouvernements de gauche, certains plus radicaux que d'autres, mais qui travaillent tous pour les intérêts de leur pays et non plus pour les intérêts étrangers. Reste la Colombie, le Pérou et le Paraguay qui va probablement basculer à gauche le 20 avril prochain.

    L'Amérique latine est à un tournant, la Colombie avec son conflit de guérilla devient un anachronisme.
    La volonté internationale pour parvenir à une solution de paix, n'a jamais été aussi déterminée. Uribe doit céder. Il attend probablement l'accord de Washington.
    Un accord de paix pour Uribe signifie pour lui un suicide politique. Les narcos trafiquants risquent gros. Et les bases US devront employer la force pour demeurer sur le territoire.
    Bien des intérêts sont en jeu.
    Comme dans bien des conflits, nous ne voyons que la pointe de l'iceberg.
    On nous la montre en bon et en méchant. Il y a la guerre dans la jungle, il y a la guerre dans les médias, la guerre de l'image et de la propagande.

    C'est bien mince ce que nous rapporte M. Lévesque.
    Valderrama Centeno est un personnage bien intéressant à entendre, mais, ces jours-ci, il n'est pas le seul. M. Lévesque aurait pu ajouter avec pertinence, les déclarations des quatre derniers otages libérés. Ces gens ont vécu des années de souffrance. Ils connaissent la jungle et le conflit, ils connaissent personnellement les FARC. Ce sont pour la plupart, des politiciens qui connaissent à fond leur pays. Que disent unanimement ces gens? Que Uribe doit accepter une négociation, que Uribe doit démilitariser une région, que Uribe doit cesser la guerre!
    La communauté internationale est prête à jouer le rôle d'arbitre dans cette négociation.
    Que risque Uribe?
    Que risque les intérêts du narco trafic?
    Que risquent les intérêts US?

    Voilà les enjeux! La vie des otages ou de qui que ce soit, est bien secondaire pour ceux qui ont des intérêts et craignent qu'ils soient altérés.


    Serge Charbonneau
    Québec

    P.S.: Le même scénario militaire US-narcotrafic, s'installe au Mexique.
    On nous présentera bientôt un "plan Colombie" pour le Mexique.
    Un autre pays où les intérêts US deviennent précaires.
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    1 mars 2008 11 h 43
    Une très mauvaise nouvelle: Raúl Reyes tué
    «Raúl Reyes, numéro 2 et porte-parole des FARC, a été tué par les forces de sécurité colombiennes»

    Uribe et Washington atteignent leur but.

    Un dur coup pour les négociations. On peut presque dire la fin des négociations.
    On peut même extrapoler la mort des otages, la mort d'Ingrid Bétancourt.

    On vient d'installer la terreur en Colombie.
    Les partisans des armes et de la terreur ont gagné. Washington peut maintenant respirer un peu.
    Le narcotrafic aura la paix et les profits continueront d'emplir les poches de la corruption.
    L'armée US gardera le contrôle des plantations. Les drogués US continueront d'être approvisionnés et les pauvres de Colombie continueront d'être terrorisés. Les assassinats politiques continueront d'être monnaie courante et les journalistes colombiens risqueront leur vie. Ce sera la démocratie (sic)!

    La mort de Raúl Reyes est une très mauvaise nouvelle pour la famille d'Ingrid Bétancourt et pour toutes les familles des otages.


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    2 mars 2008 05 h 15
    On marchait vers la paix!
    Hier, dans la nuit, j'écrivais: «Guerre ou paix. Vie ou mort»

    Hier matin, vers 11h00, on nous annonçait la mort.
    Le ministre colombien, Juan Manuel Santos, encadré de militaires ayant peine à retenir leur sourire, nous annonçait la mort.

    Tout de même étrange, ce goût pour la mort.
    Tout de même étrange d'annoncer la mort avec un sourire aux lèvres, comme si la vie n'était rien.

    Depuis des mois, on parle d'échange humanitaire.
    Depuis des mois, on parle que la paix serait bonne pour la Colombie!

    Depuis des mois, je dis que Uribe, Washington et les narcotrafiquants ont trop à perdre.
    Hier, dans la nuit, je disais que la politique n'est pas très humaine.
    Nous en avons eu la preuve au matin.

    À deux kilomètres passé la rivière Putumayo qui établit sans équivoque la frontière dans cette zone, donc, territoire équatorien, on a retrouvé 15 guérilleros en sous-vêtements et en pyjamas, dans un abri de fortune (tente faite de toiles de plastique), morts.
    Ils ont été bombardés par, possiblement un ou plusieurs de ces hélicoptères meurtriers "BlackHawk" gracieusement fournit par la générosité états-unienne.

    La technologie de pointe de cette généreuse puissance qui sème la paix (sic) partout dans le monde, a servi à localiser, lors d'une conversation par téléphone satellite, Raúl Reyes, ce numéro 2 des FARC sur qui reposaient, en bonnes parties, les négociations pour l'échange humanitaire visant à libérer Ingrid Bétancourt.

    À l'orée du jour, on éteint le soleil, on retombe profondément dans la lugubre nuit.
    L'aviation colombienne, très bien équipée par le budget US, sous des directives des services et de la technologie US, a bombardé et tué celui par qui la paix était en marche.
    Raúl Reyes, idéaliste et rebelle révolutionnaire. Ceux qui l'on rencontré le décrivaient comme étant courtois, aimable et cultivé.

    Le ménestrel des FARC a aussi trouvé la mort lors de ce bombardement. Julian Conrado, le chanteur et compositeur officiel des FARC.
    Bien ridicule de parler de chanteur et de FARC. La propagande nous déshumanise, peu à peu, jusqu'à nous faire voir ces Êtres Humains comme des monstres avides de mal, sans culture, sans idéaux, sans valeurs. C'est sans doute pour cette raison que l'oligarchie colombienne et les représentants du bien font la fête et débouchent le champagne pour célébrer la mort.
    Étrange tout de même de célébrer la mort.


    65 morts dans la bande de Gaza depuis quelques jours.
    Plusieurs morts au Pakistan.
    Combien au Kenya?
    Et nos braves soldats, lorsqu'ils en tuent quelques dizaines, quelle jouissance pour nous!
    Au Kosovo, on va célébrer la mort.
    En Irak, c'est aussi quotidien.
    Plusieurs espèrent aller tuer en Iran.

    Combien d'entre vous, me trouvent ridicule de m'attrister sur la mort de quelques guérilléros?

    Je trouve obscène de célébrer la mort.
    Je trouve indécent d'annoncer la mort le sourire aux lèvres.

    En Colombie, une énergie solidaire, jamais vue, travaillait à libérer des otages et à mettre fin à une guerre d'une autre époque.

    La marche vers la paix était tangible.

    Ceux qui craignent la paix ont aujourd'hui le sourire aux lèvres.
    Comment peut-on sourire!


    Serge Charbonneau
    Québec
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