Transfert d'expertise
Le respect des droits des populations locales n'est pas une simple affaire démocratique
Photo : Agence Reuters
Il y a maintenant un temps que les relations Nord-Sud ne sont plus seulement régies par les bons sentiments. Ou modulées par le besoin de répéter ailleurs des formules en un lieu acceptées. Le nouvel ordre mondial impose une redéfinition des échanges. En qualité et sous d'autres formes.
Nos puissants amis de notre Sud, les États-Unis d'Amérique, font la guerre un peu partout sur la planète sous prétexte d'exporter ce qu'ils considèrent que l'Occident a de meilleur, à savoir la démocratie. Ne se rappellent-ils point cependant que cette semaine était celle d'un triste anniversaire, le 75e d'un événement qui a marqué l'histoire? Car le 30 janvier 1933, c'est de façon tout à fait démocratique, par la tenue d'élections libres, identiques à toutes celles qu'un George W. Bush voudrait voir se tenir partout sur la planète, qu'un nommé Adolf Hitler était porté au pouvoir en Allemagne.
Sous cet angle anniversaire, un autre devra aussi être souligné cette année, un 35e cette fois-ci d'une intervention que l'on pourrait définir à la fois comme capitaliste et démocratique, soit celui d'un appui aux forces d'un Pinochet qui allait abattre ce «communiste» sud-américain qu'était Allende au Chili.
On est cependant assuré que nul ne fera ses choux gras du fait qu'il y aura 12 ans cette année que les talibans, soutenus par ces mêmes États, conquéraient enfin Kaboul avant de finalement mettre à mort Mohammed Nadjibullah, qui avait été président de l'Afghanistan jusqu'en 1992.
Affaires étrangères
Tous s'entendent: le Nord doit aider le Sud, comme il a aussi à le faire dans le cas des pays dits émergents, ces pays où hier encore figuraient, statistiquement parlant, la Chine, la Corée, la Thaïlande et un foule de pays arabes. Sur la nature de l'aide, il y avait toutefois divergence.
Tout comme la Russie, qui envoya divers conseillers militaires et économiques pour «aider» ses pays satellites, ce bloc de l'Est dont elle vidait les ressources, l'Occident eut recours à une formule similaire pour l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Asie et l'Amérique du Sud. Bananes, café, pétrole, minéraux furent ainsi sources d'enrichissement pour plus d'un capitaliste.
Mais cette formule est aujourd'hui difficile d'application: les grandes minières canadiennes l'ont d'ailleurs constaté à leurs dépens, eux dont les modes d'exploitation au Congo, entre autres, sont dénoncés par divers groupes humanitaires ou par des actionnaires de fonds équitables (par leurs gestes à divers conseils d'administration et assemblées, plusieurs communautés religieuses proposent une démarche exemplaire). La création de richesse, réalisée aux dépens des populations locales pour le seul profit des investisseurs, serait devenue, quand elle est finalement repérée et démontrée, inacceptable.
Partenariat
Des gens du Nord vont cependant toujours vers le Sud. Ils ne s'y rendent pas toutes et tous par recherche d'exotisme ou par désir d'enrichissement. Même, ils et elles se déplacent pour informer, certes, mais aussi pour apprendre. On admet enfin qu'une culture étrangère demeure une culture, et qu'elle n'a pas à être mise aux «normes» pour avoir droit de figurer au patrimoine mondial: le temps du colonialisme n'est plus.
Le propos de Gilles Marchildon, directeur des communications et du développement de l'Entraide universitaire mondiale du Canada, démontre d'ailleurs comment s'établissent les nouvelles relations entre les pays riches et ceux dont l'économie peine encore, paralysés souvent qu'ils sont par les problèmes politiques comme par plus d'une guerre intestine: «C'est une démarche de collaboration qui réunit des partenaires du Nord et du Sud. Il est hors de question de faire du néocolonialisme, c'est-à-dire d'arriver avec nos gros sabots dans les pays du Sud en imposant notre vision des choses et en croyant que nous avons la science infuse. Les partenaires sur le terrain nous indiquent quels sont leurs besoins et nous travaillons de concert avec eux pour définir les mandats des volontaires que nous envoyons.»
Double échange
L'Occident est ainsi depuis longtemps exportateur d'expertise. Dans le monde de la coopération internationale, cela n'est pas fait cependant avec pour objectif la seule accumulation de richesse financière, ou le simple écoulement de surplus.
Encore, la Banque mondiale prêtera à plus d'un pays pour qu'il puisse ainsi acheter du blé, voire du beurre, canadien, comme du riz américain. Aussi, dans le monde informatique, ce qui a été conçu dans les laboratoires des diverses «vallées» se verra normalement fabriqué ailleurs, en Asie surtout, là où les coûts de main-d'oeuvre assurent de meilleures marges de profit (et les syndicats d'ici réagissent, comme l'explique Jacques Létourneau de la CSN: «Le Brésil est devenu le premier producteur de poulet au monde, et une brasserie bien québécoise comme Labatt est maintenant la propriété d'AmBev, le brasseur brésilien le plus important en Amérique du Sud. C'est évident que cela a une influence sur nous, et il y a un certain "business" syndical qui s'impose»).
Ce qui se fait donc maintenant, c'est une aide pour permettre à des collectivités de se prendre en main, de ne plus seulement compter sur une aide directe pour s'en sortir. Comme les pays d'Occident ont eu à le faire, ailleurs aussi il faudra inventer des modèles qui tiendront compte des situations locales. Ainsi, on découvrira peut-être que la démocratie n'a pas pour seule formule une journée de vote aux quatre ans. Et que les divergences d'opinion ou d'orientation philosophique débordent d'un discours simple, binaire, où ne peut régner que le Bien ou le Mal.
Si la mondialisation nous a appris quelque chose, c'est bien l'existence d'une interdépendance entre les collectivités, les pays et les continents. La paix chez «nous» passe donc par le bonheur chez «eux».
Nos puissants amis de notre Sud, les États-Unis d'Amérique, font la guerre un peu partout sur la planète sous prétexte d'exporter ce qu'ils considèrent que l'Occident a de meilleur, à savoir la démocratie. Ne se rappellent-ils point cependant que cette semaine était celle d'un triste anniversaire, le 75e d'un événement qui a marqué l'histoire? Car le 30 janvier 1933, c'est de façon tout à fait démocratique, par la tenue d'élections libres, identiques à toutes celles qu'un George W. Bush voudrait voir se tenir partout sur la planète, qu'un nommé Adolf Hitler était porté au pouvoir en Allemagne.
Sous cet angle anniversaire, un autre devra aussi être souligné cette année, un 35e cette fois-ci d'une intervention que l'on pourrait définir à la fois comme capitaliste et démocratique, soit celui d'un appui aux forces d'un Pinochet qui allait abattre ce «communiste» sud-américain qu'était Allende au Chili.
On est cependant assuré que nul ne fera ses choux gras du fait qu'il y aura 12 ans cette année que les talibans, soutenus par ces mêmes États, conquéraient enfin Kaboul avant de finalement mettre à mort Mohammed Nadjibullah, qui avait été président de l'Afghanistan jusqu'en 1992.
Affaires étrangères
Tous s'entendent: le Nord doit aider le Sud, comme il a aussi à le faire dans le cas des pays dits émergents, ces pays où hier encore figuraient, statistiquement parlant, la Chine, la Corée, la Thaïlande et un foule de pays arabes. Sur la nature de l'aide, il y avait toutefois divergence.
Tout comme la Russie, qui envoya divers conseillers militaires et économiques pour «aider» ses pays satellites, ce bloc de l'Est dont elle vidait les ressources, l'Occident eut recours à une formule similaire pour l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Asie et l'Amérique du Sud. Bananes, café, pétrole, minéraux furent ainsi sources d'enrichissement pour plus d'un capitaliste.
Mais cette formule est aujourd'hui difficile d'application: les grandes minières canadiennes l'ont d'ailleurs constaté à leurs dépens, eux dont les modes d'exploitation au Congo, entre autres, sont dénoncés par divers groupes humanitaires ou par des actionnaires de fonds équitables (par leurs gestes à divers conseils d'administration et assemblées, plusieurs communautés religieuses proposent une démarche exemplaire). La création de richesse, réalisée aux dépens des populations locales pour le seul profit des investisseurs, serait devenue, quand elle est finalement repérée et démontrée, inacceptable.
Partenariat
Des gens du Nord vont cependant toujours vers le Sud. Ils ne s'y rendent pas toutes et tous par recherche d'exotisme ou par désir d'enrichissement. Même, ils et elles se déplacent pour informer, certes, mais aussi pour apprendre. On admet enfin qu'une culture étrangère demeure une culture, et qu'elle n'a pas à être mise aux «normes» pour avoir droit de figurer au patrimoine mondial: le temps du colonialisme n'est plus.
Le propos de Gilles Marchildon, directeur des communications et du développement de l'Entraide universitaire mondiale du Canada, démontre d'ailleurs comment s'établissent les nouvelles relations entre les pays riches et ceux dont l'économie peine encore, paralysés souvent qu'ils sont par les problèmes politiques comme par plus d'une guerre intestine: «C'est une démarche de collaboration qui réunit des partenaires du Nord et du Sud. Il est hors de question de faire du néocolonialisme, c'est-à-dire d'arriver avec nos gros sabots dans les pays du Sud en imposant notre vision des choses et en croyant que nous avons la science infuse. Les partenaires sur le terrain nous indiquent quels sont leurs besoins et nous travaillons de concert avec eux pour définir les mandats des volontaires que nous envoyons.»
Double échange
L'Occident est ainsi depuis longtemps exportateur d'expertise. Dans le monde de la coopération internationale, cela n'est pas fait cependant avec pour objectif la seule accumulation de richesse financière, ou le simple écoulement de surplus.
Encore, la Banque mondiale prêtera à plus d'un pays pour qu'il puisse ainsi acheter du blé, voire du beurre, canadien, comme du riz américain. Aussi, dans le monde informatique, ce qui a été conçu dans les laboratoires des diverses «vallées» se verra normalement fabriqué ailleurs, en Asie surtout, là où les coûts de main-d'oeuvre assurent de meilleures marges de profit (et les syndicats d'ici réagissent, comme l'explique Jacques Létourneau de la CSN: «Le Brésil est devenu le premier producteur de poulet au monde, et une brasserie bien québécoise comme Labatt est maintenant la propriété d'AmBev, le brasseur brésilien le plus important en Amérique du Sud. C'est évident que cela a une influence sur nous, et il y a un certain "business" syndical qui s'impose»).
Ce qui se fait donc maintenant, c'est une aide pour permettre à des collectivités de se prendre en main, de ne plus seulement compter sur une aide directe pour s'en sortir. Comme les pays d'Occident ont eu à le faire, ailleurs aussi il faudra inventer des modèles qui tiendront compte des situations locales. Ainsi, on découvrira peut-être que la démocratie n'a pas pour seule formule une journée de vote aux quatre ans. Et que les divergences d'opinion ou d'orientation philosophique débordent d'un discours simple, binaire, où ne peut régner que le Bien ou le Mal.
Si la mondialisation nous a appris quelque chose, c'est bien l'existence d'une interdépendance entre les collectivités, les pays et les continents. La paix chez «nous» passe donc par le bonheur chez «eux».
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