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Le calme revient au Kenya - La police a ordre de tirer pour tuer

31 janvier 2008  Actualités internationales
Un policier surveillait hier des manifestants à Nderi, au nord de Nairobi.
Photo : Agence Reuters
Un policier surveillait hier des manifestants à Nderi, au nord de Nairobi.
Nairobi — Face aux violences meurtrières, la police kényane a reçu l'ordre de «tirer pour tuer» les fauteurs de troubles, notamment les incendiaires, alors qu'un retour à la normale était observé dans Naivasha, en proie ces derniers jours à des affrontements entre communautés.

En marge des réunions préparatoires au sommet de l'Union africaine (UA) à Addis Abeba, la sous-secrétaire d'État américaine aux affaires africaines, Jendayi Frazer, a qualifié une partie des violences au Kenya de «nettoyage ethnique».

La police kényane a reçu l'ordre de tirer sur les pillards, les incendiaires et les personnes portant des armes ou bloquant les routes pour tenter d'endiguer les violences dans le pays, a indiqué un officier de la police sous couvert d'anonymat. «Nous avons des ordres de tirer pour tuer ces catégories de personnes si elles sont prises en flagrant délit», a-t-il ajouté.

Selon cet officier, l'ordre a été donné mardi à Nairobi, peu après l'ouverture des pourparlers entre MM. Kibaki et Odinga, en présence du médiateur, l'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.

Réagissant à cet ordre de tirer pour tuer, M. Odinga l'a qualifié d'illégal et a réclamé son retrait immédiat. «Cet ordre prouve que le gouvernement est pris d'un accès de folie meurtrière», a-t-il ajouté lors d'une visite dans le bidonville de Kibera, bastion de l'opposition.

Un retour à la normale était observé mardi dans les rues de Naivasha, dans la vallée du Rift, après plusieurs jours de troubles meurtriers, notamment entre ethnies rivales, et au lendemain de l'intervention d'hélicoptères de l'armée, pour la première fois depuis le début de la crise. La majorité des commerces étaient cependant toujours fermés et une forte tension régnait dans deux camps de déplacés installés près d'une prison et d'un commissariat de police. Au moins 12 000 déplacés, en majorité des Luos (ethnie de M. Odinga), sont réfugiés dans ces camps.

À Kikuyu, à environ 20 km à l'ouest de Nairobi, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser plusieurs centaines de Kikuyus (ethnie de M. Kibaki) qui entendaient expulser des familles luos de la ville.

Depuis plusieurs jours, les conflits fonciers opposant différentes ethnies, récurrents et jamais mis à plat dans la vallée du Rift depuis l'indépendance, en 1963, se sont ajoutés aux rancoeurs électorales dans cette province.

Mercredi, Reporters sans frontières (RSF) et Amnesty International ont dénoncé de récentes menaces de mort à l'encontre de journalistes et de militants de défense des droits de la personne kényans, exigeant du gouvernement qu'il punisse leurs auteurs.

Selon RSF, cinq journalistes ont reçu des menaces de mort d'un député de l'opposition, Melitus Mugabe Were, par courrier électronique au lendemain du meurtre, dans la nuit de lundi à mardi.

De son côté, Amnesty a dénoncé des menaces de mort contre neuf militants renommés des droits au Kenya, en majorité kikuyus, accusés d'être des traîtres envers leur ethnie.

Les équipes de négociateurs des camps Kibaki et Odinga devaient se rencontrer hier dans un hôtel de Nairobi, sous l'égide du médiateur de l'UA, Kofi Annan.

Le Kenya traverse une crise majeure depuis la présidentielle du 27 décembre, remportée officiellement par M. Kibaki. M. Odinga l'accuse d'avoir fraudé pour lui voler la victoire.

Près de 1000 personnes ont été tuées et plus de 250 000 déplacées à la suite des violences politico-ethniques qui sévissent depuis un mois dans le pays.
 
 
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