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Le vainqueur battu

Au cours des deux dernières semaines, il ne s'est pas passé une journée sans que les nouvelles en provenance du Kenya se confondent avec des morts et des destructions. La cause à l'origine de cette faillite humaine? Le vol d'élection réalisé par le président sortant, Mwai Kibaki.

L'effet ne pouvait pas être plus mauvais. De quoi s'agit-il? Dans un premier temps, le patron de la commission électorale du Kenya annonce ou plutôt assure que Kibaki a remporté la présidentielle par 200 000 voix. À la suite de contestations appuyées sur des témoignages, le haut fonctionnaire se rétracte et entame aussitôt un acte de contrition sur le mode suivant: Kibaki a fait pression pour que le résultat soit falsifié. Bref, ce dernier a kidnappé, à son avantage bien évidemment, cet exercice démocratique.

Avant de poursuivre, il faut mettre en relief un fait qui a beaucoup plus à voir avec l'ethnologie qu'avec la politique: Kibaki appartient à la tribu des Kikuyus, alors que son rival Raila Odinga est apparenté aux Luos. Dans leur combat contre Kibaki, les Luos avaient pour alliés les Kalenjins. Et alors? Lorsqu'il présidait aux destinées du pays, en fait lorsqu'il en était le dictateur, Daniel Arap Moi, un Kalenjin, discriminait avec constance les Kikuyus dont est issu, on le rappelle, Kibaki.

Cette persistance des clivages claniques a eu des conséquences socio-économiques désastreuses. Des bandes armées collant aux lignes de fractures ethniques rackettent les habitants des bidonvilles. Plus précisément, ce sont ces bandes qui prélèvent des taxes aux montants éhontés pour l'utilisation des toilettes, la consommation d'eau, l'usage des transports en communs, etc. En un mot, le gouvernement sortant a montré son incapacité, voire son indifférence, à l'amélioration du quotidien de centaines de milliers de sans-grades.

De cette grogne, Raila Odinga a tiré profit à plein en émaillant ses discours d'accents populistes qui ont fini par lui rallier énormément de voix. Il a notamment insisté, et avec raison, sur l'inégalité qui caractérise la redistribution des richesses. Il faut savoir que, depuis plusieurs années maintenant, le Kenya affiche des performances économiques enviables. Plus de 6 % de croissance du PIB, c'est remarquable.

Cela étant, le rapt électoral signé par le président Kibaki a eu pour effet immédiat d'aiguiser la colère des Luos et des Kalenjins à l'endroit des Kikuyus. Résultat? Selon certaines sources, près de 500 personnes ont péri; selon d'autres, on approcherait le millier. Le nombre de déplacés, lui, ne fait pas polémique. Plus de 250 000 individus ont plié bagage pour fuir en quatrième vitesse. En clair, le pays est au bord de l'implosion.

Évidemment, des émissaires, Américains en tête, ont été envoyés sur place pour calmer le jeu et trouver une porte de sortie. Après analyse du déroulement des élections, la sous-secrétaire d'État américaine a confirmé qu'elles étaient entachées de fraudes. Mais voilà, plutôt que de militer pour la démission DU perdant, on propose que les deux belligérants négocient un éventuel partage du pouvoir. Autrement dit, on est enclin, du moins pour l'instant, à offrir AU perdant un prix davantage que de consolation.

Ce faisant, si cela s'avère, on va faire injure à ces millions de Kényans qui ont fait la queue devant les bureaux de vote, qui ont exercé leurs droits parce qu'ils aspirent à une consolidation d'un État de droit encore fragilisé par le lourd héritage de la dictature exercée pendant des lunes par Moi. Celui qu'une majorité d'électeurs veut comme chef de l'exécutif s'appelle Raila Odinga. Pourquoi ne pas travailler à ce qu'il soit confirmé président d'un pays qui a ceci par ailleurs de notable qu'il est le point d'équilibre de tout l'Est africain?
 
 
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    8 janvier 2008 05 h 19
    Conflit interne ou enjeu international?
    J'ai l'impression que M. Truffaut fait fausse route.

    Son analyse repose sur l'ethnicité au Kenya. Ce n'est pas d'hier que le Kenya vit avec plusieurs tribus. Pourtant, les violences sont apparues suite à une fraude électorale.

    Mettons de côté les analyses, attardons-nous aux faits.

    - Le Kenya, un exemple de stabilité et de tranquillité où vivaient plusieurs ethnies cohabitant paisiblement depuis des lustres, malgré certains agacements notables.

    - Une élection, un président qui fraude les résultats au vu et su de tous.

    - Aussitôt, des émissaires états-uniens, sautent sur l'occasion pour venir remettre de l'ordre dans le pays. Les États-Unis ne perdent jamais une chance de venir remettre de l'ordre en y apportant généreusement leur vision politique.

    - L'Afrique, un continent où l'influence chinoise se répand au grand mécontentement de Washington.

    - Le président sortant, un président "corrompable" à garder en place.

    - Odinga, serait un président "populiste" et ayant des visions peut-être trop à gauche, donc très néfaste pour la "démocratie" (sic) US. Il insiste sur l'inégalité de redistribution des richesses. M. Truffaut souligne que le Kenya affiche des performances économiques enviables. Plus de 6 % de croissance du PIB, il note que c'est remarquable.
    Remarquable, en effet. Pour une minorité de bien nanti.
    Une fois de plus, c'est la lutte de la politique pour le capital ou pour l'Être humain.
    C'est la majorité pauvre qui tente de renverser la minorité de privilégiés. Le "populiste" Odinga incarne l'espoir. Mais, représente aussi un danger pour les dirigeants du monde. Tout gouvernement trop autonome et refusant le néolibéralisme, est un point noir qu'il faut extraire, éliminer.

    Les multiples ethnies deviennent alors très utiles. Il suffit de canaliser le mécontentement soulevé par cette grotesque fraude électorale, vers une orientation ethnique, tribale. Il suffit de quelques agitateurs subtilement dirigés, pour créer un conflit ethnique à partir d'un mécontentement politique. Le Rwanda est frais en mémoire et la justification ethnique est tout indiquée. C'est le masque parfait pour maquiller la situation réelle.

    Avec la violence installée, l'ingérence de Washington, cette sagesse planétaire, devient alors justifiée.
    On manigance habillement pour garder le président "corrompable" en place et on utilise la frustration populaire pour justifier l'ingérence.


    Le Kenya est un autre exemple de pays voulant se doter de politiques plus humaines et moins favorables au pillage des richesses du territoire par les puissances étrangères.

    Odinga semble avoir certaines affinités avec les Chávez, Morales, Correa, Colom, Kirchner, Vasquez, Bachelet, Lula. Il devient dangereux que l'Afrique glisse vers le socialisme sud américain ou pire tombe sous l'emprise chinoise. Donc, Kibaki, cet ancien vice-président de la dictature Moi, est un pion à ne pas perdre.


    D'analyser les accidents politiques de ces petits pays comme d'un vulgaire petit conflit interne, m'apparaît une grave erreur. De voir la situation comme étant un conflit ethnique me semble fait preuve de naïveté.

    De mon côté, on peut m'accuser d'anti-américanisme primaire, il n'en demeure pas moins que certains faits sont éloquents.

    - Il y a eu fraude électorale.
    - Aussitôt, les États-Uniens débarquent.
    - Ils ne proposent pas une autre élection étroitement surveillée par des observateurs internationaux, non, il propose de laisser le président escroc en place et de former un gouvernement de coalition!

    L'analyse classique visant à discréditer Odinga, et en l'accusant rapidement de malhonnêteté populiste: «De cette grogne, Raila Odinga a tiré profit à plein en émaillant ses discours d'accents populistes qui ont fini par lui rallier énormément de voix.», associé à une analyse axé sur le clanisme, masque la situation et altère la crédibilité du possible redoutable président, Odinga.

    On commence à le discréditer avant même qu'il puisse accéder au pouvoir.
    On mettra les futures violences sur le dos de l'ethnicité et non sur la frustration légitime suite à cette fraude électorale commise au grand jour.

    La situation stratégique du Kenya est indéniable. Ce point "stable" situé entre le troublé Soudan et son emprise chinoise, l'explosive Somalie, les misérables Éthiopie et Ouganda et la Tanzanie, toujours dominé par les intérêts anglais malgré son indépendance.

    Comme le souligne M. Truffaut, «celui qu'une majorité d'électeurs veut comme chef de l'exécutif s'appelle Raila Odinga. Pourquoi ne pas travailler à ce qu'il soit confirmé président d'un pays?»
    Oui pourquoi? Il faut le demander à ces grands sages de Washington qui ont été remettre de l'ordre (sic).

    Le Kenya, s'annonce un autre épicentre où la violence va s'installer, au grand plaisir de certains.


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Yvon Montoya - Abonné
    8 janvier 2008 07 h 32
    Cherchez l'erreur.
    C'est facile d'écrire ce que vous écrivez. Mais on n'est pas convaincu de vos propos. D'un côté on se braque pour cause de génocide et de l'autre, dans d'autres articles de vos collègues, on dit qu'Obama est noir. Cherchez l'erreur. Le plus drôle est que les journalistes sont censés nous informer et là on voit qu'ils ne le sont pas. Cherchez encore l'erreur. Pourquoi demander à des pays auxquels on leur interdit la démocratie, que dis-je, l'apprentissage de la démocratie, de l'être alors que ce n'est pas vrai. On parle des pays de dictatures comme si c'étaient des démocraties. Et bien non, ils ne le sont pas et c'est là le problème. Votre article pêche par défaut de connaissance de la réalité africaine dans son histoire comme dans son actualité.
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  • claire dufour - Abonnée
    8 janvier 2008 10 h 23
    Merci M.Charbonneau!
    D'avoir décortiqué ce conflit au Keynia avec objectivité et un sens profond de l'analyse. Il n'y va pas uniquement de querelles entre les tribus mais une mainmise beaucoup plus sérieuse de la "grande puissance étatsunienne".
    Je me coucherai moins ignare ce soir grâce à vous.
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  • crompre - Abonné
    8 janvier 2008 10 h 37
    Précisions
    Le commentaire de M.Charbonneau est très intéressant et il mérite d'être pris en compte. Cependant, il est important de ne pas prendre M.Odinga comme une lueur d'espoir pour le peuple. Ce politicien fait partie de l'establishment du pays. Il a déjà été premier ministre sous le président actuel et son règne n'a pas précisément été un moment clé de la révolte contre le capitalisme néo-libéral...
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    8 janvier 2008 15 h 22
    La précision de M. Rompré...
    La précision de M. Rompré quoique louable est bien mince.

    Premièrement, personne n'est complètement noir ou blanc, bon ou mauvais.
    M. Odinga n'est évidemment pas sans taches, comme personne d'ailleurs. On peut toujours trouver des poux à tout le monde, reste à décider qui en a le moins.

    Raila Odinga né le 7 janvier 1945.
    Puisqu'il faut tenir compte des ethnies au Kenya, M. Odinga fait partie de la 3e plus importante ethnie du Kenya, les Luo qui comptent pour 12% de la population, après les Luhya (17%) et les Kikuyu (20%).

    Il étudia à l'université d'Allemagne de l'Est de Magdeburg, où il gradua en 1970 en génie mécanique.
    En 1982, soupçonné d'avoir collaboré (ce qui semble vrai selon une biographie publiée en juillet 2006, http://www.eastandard.net/archives/cl/hm_news/news ) au coup d'État manqué contre le président Moi, il est mis en résidence surveillée pendant sept mois. Il a ensuite été accusé de trahison et emprisonné sans procès pendant six ans. (cf Human Right Watch 1992, http://www.hrw.org/reports/1992/WR92/AFW-03.htm un rapport exhaustif de Odinga de père en fils à travers la lutte pour la démocratie au Kenya)

    Released on February 6th, 1988, he was rearrested in September, 1988 for his involvement with the Kenya Revolutionary Movement (KRM), [4] an underground organisation pressing for multi-party democracy in Kenya, which was then a one-party state.

    Raila Odinga a été libéré le 12 juin 1989, tout juste le temps d'être de nouveau emprisonné le 5 juillet 1990. Libéré le 21 juin 1991. Craignant d'être assassiné par le gouvernement, déguisé en père Augustine, il fuit le pays pour la Norvège ( http://www.eastandard.net/archives/sunday/hm_news/ ).

    C'est en février 1992 que Raila Odinga revient au pays et se joint au FORD (Forum for the Restoration of Democracy), et siège au parlement avec son père, Jaramogi Oginga Odinga qui meurt en 1994.

    En 1997 Raila Odinga arrive 3e aux élections générales après Moi et Kibaki.
    En 2002 il fait une alliance stratégique avec le gouvernement Moi et il devient alors ministre de l'Énergie de juin 2001 jusqu'au terme du mandat de Moi en juin 2002.

    Ralia Odinga aurait bien aimé devenir Premier ministre du Kenya.

    En 2002, il s'allie à la Coalition arc-en-ciel (Narc) pour renverser le candidat soutenu par Moi (Uhuru Kenyatta, fils de Jomo Kenyatta, premier président du Kenya), la NARC propose un candidat unique, Mwai Kibaki. Odinga reste en second plan en espérant toutefois que Kibaki respecte certains engagements.
    En effet, un « Memorandum of Understanding » préalablement discuté avec Kibaki prévoyait un partage des pouvoirs entre les partis de la coalition (la National Alliance of Kenya et le Liberal Democratic Party), ainsi que l'adoption d'une nouvelle Constitution prévoyant un poste de Premier ministre fort. Cet accord n'a jamais été honoré et Odinga a vu s'envoler l'idée de devenir le premier Premier ministre du Kenya.

    Lors d'un référendum sur une nouvelle constitution en 2005, il prend ses distances de Kibaki qui l'a limogé de son poste de ministre et intègre le Mouvement démocratique orange (ODM) qui est né de ces démêlés.


    Odinga lutte depuis longtemps pour établir une réelle démocratie en Kenya.
    Il n'est évidemment pas né de la dernière pluie et bien sûr qu'être en politique de père en fils, fait en sorte de vous acoquiner plus ou moins avec l'establishment kenyan.

    Mais, il n'en reste pas moins que ses idées sont nettement plus à gauche et qu'il est un personnage moins "malléable" que Kibaki.

    Pour compléter le portrait de Ralia Odinga, je vous propose "Raila Amolo Odinga"
    de NICOLAS MICHEL sur Jeune Afrique ( http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_ )


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Jerome Paluku - Inscrit
    9 janvier 2008 03 h 32
    Violences post-electorales au kenya.
    L'ideal serait au president sortant de démissionner ou qu'il accepte des nouvelles elections presidentielles dans un bref delai,ainsi justifier la nomination d'un nouveau cabinet, sinon ce pays va en guerre, alors qu'il constituait un modèle de stabilité et progrès economique dans la region.
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  • Melchiade Minani - Inscrit
    9 janvier 2008 08 h 27
    Un minimum d'honneteté
    C'est à Mr. Gabriel Ropmpré que je m'adresse surtout. Losqu'il fauf daigner écrire quelque chose pour le public, il faut quand même y mettre un minimum de raisonnement. Raila Odinga n'a jamais été premier ministre sous le président actuel, car ce poste n'a pas éxisté sous ce président. Du reste, le jeu qui vient d'être joué est soutenu par des puissances étrangères. Si c'était un pays comme le mien, le Burundi, ce serait le début d'une guerre sans fin. Mais attendez quelques jours et ce problème aujourd'hui sera une histoire demain car ces puissances ne peuvent en auqu'un cas permettre un désordre dans un pays qui héberge leurs filiales.
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  • HABIMANA Silas Innocent - Inscrit
    10 janvier 2008 04 h 27
    Simple enjeu international
    A voir ce qui se passe au Kenya, on peu remarquer l'implication de certains états comme les USA qui, leur position a été pleine d'ambiguïté. Au départ, ils acceptent que c'est Kibaki qui a remporté. Après la déclaration du président de la commission électorale, ils changent d'avis.
    Cependant, ils n'exigent pas le départ de ce fraudeur Kibaki. Je trouve cela injuste et une prise de position de la part d'eux.
    En plus, l'Afrique a démontré qu'elle a sa propre démocratie. Il ne faut pas que les occidentaux s'y mêlent quels que soient leurs intérêts. Il ne faut pas soutenir le vaincu parce qu'il est simplement ton collaborateur ou qu'il t'aide à ruiner les africains. Plusieurs exemples ont montré qu'en faisant ainsi, on n'apporte pas de solution
    Merci
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