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Sous la menace terroriste - Annulation historique du rallye Dakar

5 janvier 2008  Actualités internationales
Des compétiteurs quittaient la conférence de presse, hier, après l’annonce de l’annulation du rallye Dakar.
Photo : Agence France-Presse
Des compétiteurs quittaient la conférence de presse, hier, après l’annonce de l’annulation du rallye Dakar.
Lisbonne — Pour la première fois en 30 ans d'existence souvent mouvementée, le rallye-raid Dakar, dont le départ devait être donné aujourd'hui à Lisbonne, a été annulé hier par ses organisateurs obligés de plier sous la menace terroriste islamiste radicale d'al-Qaïda.

L'incertitude planait depuis l'assassinat en Mauritanie de quatre touristes français le 24 décembre dans une attaque attribuée à des proches de la Branche d'al-Qaïda au Maghreb islamique (BAQMI, ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC). La mort, trois jours plus tard, de trois militaires mauritaniens dans une attaque encore mal élucidée a encore fait monter la pression.

Mais c'est un message d'al-Qaïda aux autorités mauritaniennes, menaçant de frapper des Français dans ce pays, qui a conduit le gouvernement français à recommander fermement à Amaury Sport Organisation (ASO) d'annuler l'épreuve.

Les 2500 participants provenant de 50 pays du globe de la caravane du Dakar-2008 rassemblés à Lisbonne vont donc devoir regagner leur domicile.

Le porte-parole du gouvernement avait, jeudi à sa sortie du Conseil des ministres, déconseillé «fortement» au rallye d'aller en Mauritanie, et hier, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner est à nouveau monté au créneau. Parallèlement, en coulisses, le gouvernement «a fait en sorte que le Dakar ne parte pas. Ce n'était pas possible de partir», a affirmé une source proche de l'organisation à l'AFP.

«Choix de la sécurité»

«Je crois que les organisateurs ont fait le choix de la sécurité et je salue leur courage. Je sais que prendre une telle décision n'était pas facile», a déclaré à France Info M. Kouchner hier.

«Ils avaient déployé beaucoup d'énergie pour organiser cette course que tout le monde admire. Je sais qu'il y a des enjeux économiques mais, honnêtement, la prudence commandait de tenir le plus grand compte des risques», a-t-il ajouté.

«On ne pouvait pas prendre le risque d'y aller. La sécurité est la première des priorités. Imaginez un instant, un attentat même en-dehors du Dakar. On nous aurait accusé à juste titre d'être irresponsables», a expliqué Patrice Clerc, le directeur d'ASO arrivé à Lisbonne dans l'après-midi.

Étienne Lavigne, le directeur de la course, a donc annoncé la décision aux participants dans l'amphithéatre archi-comble du Centre culturel de Belem à 12h à Lisbonne.

«C'est une terrible nouvelle. Le Dakar 2008 ne partira pas. Le Dakar est sonné mais le Dakar est debout. Je veux remercier tous les les participants. Vous en avez fait l'histoire. Et l'histoire n'est pas terminée», a lancé Étienne Lavigne, la mort dans l'âme, aux concurrents qui ont salué l'annonce par des applaudissements.

Il faut toutefois maintenant faire les comptes. «C'est un désastre» économique, a concédé Patrice Clerc, et pas seulement pour ASO dont le budget Dakar s'élève à 12 millions d'euros hors télévision et dont la crédibilité de l'épreuve est atteinte.

«Un désastre»

«Ça va être un certain coût... Pour l'organisateur portugais, tous les gens qui travaillent autour du Dakar. Pour tous les pays et leurs économies. L'activité générée autour de l'événement est extrêmement importante», souligne M. Lavigne. «Il y a nous, mais il n'y a pas que nous. Il y a les préparateurs de véhicule, les préparateurs de moto, les teams professionnels, les teams semi-professionnels. L'économie autour de l'événement Dakar est colossale. Tout le monde va être durement touché.»

Les concurrents, eux, vont voir leur inscription remboursée mais «Ce sont des mois et des mois de travail qui s'en vont en fumée... C'est dramatique. Il n'y a pas de mots pour l'expliquer.», souligne le motard David Fretigné, un des postulants au podium final sur Yamaha.

«On est abattu», affirme Jean-Louis Schlesser, vainqueur en 1999 et 2O00. «On aurait préféré qu'ils [les organisateurs] fassent un petit quelque chose au Maroc ou ailleurs. C'est de l'argent mais surtout des emplois».

Une solution de remplacement a bien été étudiée pour remplacer le parcours en Mauritanie, plat de résistance de l'épreuve (8 des 15 étapes dont les plus difficiles) mais les organisateurs ont dû jeter l'éponge «parce qu'on organise des grands événements, pas des fiascos», selon l'expression d'Étienne Lavigne.

ASO pense déjà à organiser un grand événement en 2009, peut-être en Amérique du Sud pour éviter les risque terroristes mais, comme le souligne le directeur: «Tristement, oui», cette première annulation de l'histoire est une victoire pour le terrorisme.
 
 
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