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Tchad - Le président de l'Arche de Zoé nie avoir voulu enlever des enfants

22 décembre 2007  Actualités internationales
N'Djamena — Dès le premier jour du procès devant la Cour criminelle de N'Djamena des six Français de L'Arche de Zoé, accusés d'avoir voulu emmener du Tchad en France 103 enfants, le président de l'association, Eric Breteau, a nié avoir eu l'intention d'enlever des enfants tchadiens.

Les membres de L'Arche de Zoé sont notamment accusés de «tentative d'enlèvement d'enfants» et leurs co-accusés — trois Tchadiens et un Soudanais — de «complicité».

Il est midi dans la salle de la Cour criminelle. Au plafond en lambris de contreplaqué vernis, des ventilateurs brassent l'air chaud de la salle aux murs de brique où s'entassent près de 200 personnes.

Le président de la Cour, Ngarhondo Djidé, qui mène les débats avec une fermeté souriante, vient de rejeter une demande de nullité de la procédure formulée par la défense. «La Cour criminelle est chargée de juger et non de constater la légalité des actes du juge d'instruction», dit-il.

Éric Breteau, 37 ans, s'installe à la barre. Un peu amaigri, le cheveu ras, vêtu d'un pantalon de sapeur-pompier et d'un polo blanc flambant neuf avec les mots «Children Rescue» (nom de L'Arche de Zoé au Tchad) brodés en rouge dans le dos, il tente de démonter «point par point» l'acte d'accusation.

Avec un leitmotiv: il a été «abusé» sur l'identité tchadienne des 103 enfants, alors qu'il était persuadé d'exfiltrer vers la France des «orphelins du Darfour», région soudanaise voisine en proie à une guerre civile, pour les «sauver de la mort».

«C'était une opération conforme au droit international», assure Éric Breteau, citant la Convention de Genève de 1951 sur les victimes de guerre qui aurait permis, selon lui, à ces «orphelins du Darfour», de bénéficier du droit d'asile en France.

«Personne n'a jamais émis le moindre doute sur l'origine soudanaise des enfants présents dans nos bases», assure-t-il. Dans le box des accusés, les cinq autres Français écoutent religieusement.

Un avocat des parties civiles lui demande pourquoi «il s'est permis de venir chercher des enfants soudanais au Tchad». Émilie Lelouch, 31 ans, l'assistante

d'Éric Breteau, bondit: «Il était bien permis de les

massacrer!».

Discrètement, dans le box des accusés, Alain Péligat et Nadia Merimi grillent une cigarette. À quelques mètres, Souad, la soeur de Nadia, la seule proche d'un des six accusés français à être présente, suit les débats avec attention.

À la barre, Éric Breteau met en cause deux intermédiaires locaux, dont l'interprète soudanais Souleïmane Ibrahim Adam, également présent dans le box et accusé de «complicité de tentative d'enlèvement» de 63 mineurs. Il les accuse de lui avoir présenté ces enfants comme «orphelins du Darfour».

Une enquête d'organisations humanitaires a établi que la quasi-totalité des enfants venaient de villages tchadiens de zones frontalières du Soudan, et que tous avaient au moins un parent ou un adulte qu'ils considèrent comme tel.

Éric Breteau conteste également le caractère clandestin de l'opération Children Rescue, assurant qu'avant son lancement, «l'ensemble des autorités françaises ont été informées par écrit, ainsi que la presse».

Il reconnaît avoir choisi la «discrétion» vis-à-vis des «personnels locaux ainsi que des représentants des autorités locales», surtout «pour ne pas éveiller les soupçons des services secrets soudanais».

Le procès, ajourné à ce matin, devrait durer quatre à cinq jours.

À Paris, le secrétaire d'État à la Coopération Jean-Marie Bockel a fait état de «discussions au plus haut niveau» avec N'Djamena pour que les six Français «puissent venir en France très rapidement» après «que les peines aient été prononcées».
 
 
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