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Colombie - Les FARC acceptent de libérer l'assistante d'Ingrid Betancourt

Clara Rojas, ex-directrice de campagne d’Ingrid Betancourt.
Photo : Agence France-Presse
Clara Rojas, ex-directrice de campagne d’Ingrid Betancourt.
La guérilla colombienne des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a annoncé hier, contre toute attente, la libération de trois otages, parmi lesquels figure Clara Rojas, ex-directrice de campagne d'Ingrid Betancourt. Un geste de bonne volonté offrant une rare occasion d'apaisement, et que le président colombien Alvaro Uribe ne doit pas laisser passer, a estimé Hervé Marro, président du comité de soutien à Ingrid Betancourt en France.

Les FARC ont annoncé l'ordre de libération dans un communiqué publié hier à La Havane par l'agence de presse cubaine Prensa Latina. La guérilla a annoncé que seraient libérés Mme Rojas, son fils Emmanuel, conçu en captivité avec un guérillero, ainsi qu'une parlementaire colombienne, Consuelo Gonzalez. Clara Rojas a été enlevée par la guérilla marxiste le 23 février 2002, en même temps que la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, ex-candidate à la présidentielle en Colombie. Selon Prensa Latina, les trois otages seront remis, à une date pour le moment inconnue, «à M. Chávez ou à toute personne désignée par le président vénézuélien».

Les FARC affirment qu'il s'agit d'un geste de «reconnaissance» envers les familles des otages, ainsi qu'envers Hugo Chávez et la sénatrice colombienne d'opposition Piedad Cordoba, ex-médiateurs dans le dossier des otages, dont la mission a été annulée par Bogotá. En août, M. Uribe avait mandaté M. Chávez et Mme Cordoba pour mener une médiation avec les FARC dans le but d'obtenir la libération de 45 otages, dont Mme Betancourt. Le président colombien a mis fin à cette mission le mois dernier, accusant Chávez d'avoir outrepassé ses prérogatives et donné trop de visibilité politique aux FARC.

Le fait que Mme Rojas, une avocate âgée de 44 ans, soit sur le point d'être libérée a immédiatement relancé les rumeurs circulant depuis quelques jours au sujet d'un possible transfert de Mme Betancourt au Venezuela. Des rumeurs dramatisées par la diffusion, le 30 novembre dernier, d'une vidéo montrant Mme Betancourt amaigrie et fatiguée, la première preuve depuis 2003 qu'elle était toujours en vie. «Ici, nous vivons comme des morts», écrivait-elle dans une lettre poignante adressée à sa famille.

Ces rumeurs ont toutefois été démenties hier par la sénatrice Cordoba qui a affirmé à Washington qu'Ingrid Betancourt était toujours aux mains des FARC. «J'ai des informations disant qu'elle est aux mains des FARC en Colombie. Qu'elle soit au Venezuela [...] je ne le crois pas», a déclaré la sénatrice, qui a indiqué être aux États-Unis pour discuter avec des parlementaires du cas des trois otages américains retenus par les FARC.

La balle dans le camp d'Uribe

La libération de Mme Rojas s'inscrit dans les laborieuses tractations menées entre Bogotá et la guérilla pour parvenir à un échange de prisonniers dans le cadre d'un «accord humanitaire». Ingrid Betancourt et les trois Américains font partie du groupe d'otages «politiques» de 45 personnes que la guérilla, la plus importante du pays avec 17 000 hommes, se dit prête à échanger contre 500 rebelles emprisonnés, ce à quoi se refuse le gouvernement colombien.

Les FARC, par la voie de leur secrétariat — leur instance dirigeante —, ont par ailleurs rejeté dans le même communiqué le plan proposé il y a quelques jours par le président Alvaro Uribe portant sur la création d'une «zone de rencontre» pour engager les négociations, jugeant l'offre «improvisée et inacceptable». Ils ont de nouveau exigé que les pourparlers se déroulent dans les municipalités colombiennes de Florida et Pradera, et que ces dernières soient démilitarisées pour une période de 45 jours.

Dans ce contexte, le quotidien colombien El Tiempo estimait, hier, que «divers indices montrent que quelque choses se passe» en rapport avec un éventuel accord humanitaire. Selon l'analyse du quotidien, c'est à la suggestion de «politiques nationaux et internationaux» que la guérilla a décidé de faire pression sur M. Uribe en libérant un petit groupe d'otages. Pour toute réaction, le gouvernement colombien a mis en doute l'engagement des FARC.

Sur les ondes de VTV, la télévision publique vénézuélienne, Lorenzo Delloye, le fils de Mme Betancourt, a salué ce «pas vers un accord humanitaire» de la part de la guérilla. «Désormais, le gouvernement de Colombie doit répondre favorablement», a-t-il affirmé.

À Paris, Hervé Marro a immédiatement appelé le président Uribe à faire un geste qui soit à la hauteur de celui des FARC. «On a un geste de bonne volonté des FARC, c'est ce qu'on attendait depuis longtemps», a-t-il déclaré. Pour M. Marro, il est important qu'Alvaro Uribe fasse «tout de suite un geste de bonne volonté en acceptant de démilitariser une zone avec l'appui de la communauté internationale, qui lui est acquis puisque la France s'est engagée avec beaucoup de pays d'Amérique latine».

L'ancienne candidate socialiste Ségolène Royal a vu dans cette annonce «un signe d'espoir». Priée sur i-Télé et France Info de dire si ces libérations étaient liées à l'intervention du président Nicolas Sarkozy, elle a répondu: «C'est difficile de le dire, mais tant mieux s'il a pu avoir une action positive.»

La détention de Mme Betancourt et de sa directrice de campagne ont suscité une vive émotion en France, où le président Nicolas Sarkozy s'est beaucoup impliqué dans le dossier. À l'Élysée, on s'est «réjoui» de l'annonce-surprise d'hier, mais «on attend la confirmation». Bernard Kouchner, ministre des Affaires extérieures, doit «bientôt» se rendre en Colombie pour poursuivre les efforts français de médiation.


Avec l'Agence France-Presse et Reuters
 
 
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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mercredi 19 décembre 2007 06h51
    Le muscle contre les idéaux
    Un autre dossier où ce qui est dit est moins important que ce qui est fait.
    Un autre dossier où les entre-lignes sont plus importants que le texte. Il faut bien lire entre les lignes.

    Peu après la hausse de ton royal de Juan Carlos, Uribe retire à Chávez sa mission de médiation avec les FARC.
    Pourtant, tout allait bien. Sans que l'on puisse savoir pourquoi, les preuves de vie que Chávez avait presque promis pour sa visite à Sarkozy, ne sont pas au rendez-vous.
    Imaginez que ces preuves l'aient été. La crédibilité du maudit Chávez aurait été étincelante.
    Depuis le début, il était évident que la nomination par Uribe de Chávez comme négociateur était un piège pour ce dernier.
    Même Washington "approuvait"! C'est tout dire!

    Le dénouement prévu était évident, on souhaitait faire perdre la face ou même la vie à ce Chávez de malheur. Cependant, Chávez, militaire, négociateur et stratège, a été plus fort que prévu. Les négociations assistées de Mme Piedad Cordoba, allaient bon train, l'espoir était plus que présent, un heureux dénouement pouvait être envisagé.
    C'est alors que Uribe, invoquant une raison d'ingérence dans les affaires internes de Colombie (toute raison était bonne!) retire le dossier des otages à Chávez avant qu'il ne soit trop tard et que tout finisse bien.

    Une fourberie de la part d'Uribe. Un geste contraire à sa parole. Un affront, une trahison, pour Chávez.
    Le discours de Mme Cordoba devant les sénateurs colombiens en disait long
    ( http://www.piedadcordoba.net/ipw-web/portal/cms/mo ). Elle partageait (et partage toujours) le point de vue de Chávez. Elle s'est, elle aussi, sentie complètement trahie par le président colombien et accusée d'être une terroriste.

    La bonne foi du président Uribe est douteuse. On peut aussi se demander si Uribe décide vraiment de l'agenda des événements. C'est un secret de polichinelle que le gouvernement colombien n'est pas totalement autonome. Ses politiques sont dictées. La corruption est endémique. La Colombie est le seul endroit encore contrôlé par les ÉU.
    Elle reçoit environ 600 millions de $ annuellement, en "aide-militaire" pour soutenir le plan Colombie officiellement appelé « Plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l'État ».

    Par cette libération prochaine, la manoeuvre des FARC est double. Ils veulent évidemment poursuivre le dialogue si longtemps refusé ainsi que laver l'image du principal négociateur et artisan de ce déblocage, Hugo Chávez.

    Tous ceux de bonne foi, espèrent un retour de Chávez. En tête de liste, la famille d'Ingrid Bétancourt. Chávez fait avancer les négociations, tandis que Uribe n'envisage que l'option militaire. Uribe et les États-Unis craignent un dénouement négocié. Un dénouement qui déboucherait sur une solution politique, démocratique.

    Après plus de 40 ans de lutte armée, les FARC, à l'instar de plusieurs groupes de gauche latino-américains, souhaitent parvenir à obtenir un processus électoral pour que la population puisse trancher entre les vues néolibérales du gouvernement actuel et l'option "bolivarienne" des FARC.
    Le choix de la population risque d'être, comme l'ensemble de l'Amérique latine, un choix socialiste pour parvenir à une meilleure équité sociale.

    La balle est définitivement dans le camp d'Uribe.
    Une fois de plus, c'est la lutte du muscle (les armes) contre les valeurs humaines.

    Il est évident que la libération des otages et des prisonniers, accompagnée d'une amnistie des guérilleros et le déclenchement d'élections permettant aux anciens FARC de se présenter, mettrait un terme à ces décennies de massacres.
    Mais, veut-on la paix?

    Du côté de la guérilla, je crois bien que oui. Marulanda (chef et fondateur des FARC) se fait vieux (77 ans), l'état major des FARC est fatigué, 40 ans de guérilla!
    Mais, du côté du gouvernement colombien et surtout de Washington, le dialogue avec les FARC et la fin de la guerre est le prélude à la perte d'un autre pays.

    Washington ne se fera pas évincer aussi facilement de son dernier bastion sud-américain. Malgré toute la bonne volonté démontrée par les FARC ainsi que par les négociateurs voulant sauver des vies et en arriver à la paix, je crois qu'un massacre demeure toujours plus probable.

    Lorsque Washington et les gros intérêts financiers ne sont pas loin, je suis toujours pessimiste. J'ai l'impression qu'une attaque militaire d'envergure est prête. La seule protection des FARC demeure la détention de Mme Bétancourt.
    Si les FARC avaient accepté de livrer leur célèbre otage dans cette zone isolée proposée par Uribe, aussitôt que Mme Bétancourt aurait été en sécurité, que les FARC auraient été, en bonne partie, décapités.

    Le dossier évolue, mais le dénouement demeure incertain.

    Il faut continuer à se demander qui est vraiment honnête et qui veut vraiment la paix?



    Serge Charbonneau
    Québec

  • oscar fortin
    Inscrit
    mercredi 19 décembre 2007 09h23
    rôle d' Hugo Chavez
    Vous avez perdu une belle opportunité de mettre en relief le rôle déterminant du Président du Venezuela, Hugo Chavez.

    "Selon les FARC, il s'agit d'"un geste de reconnaissance envers les familles des otages", et envers le président vénézuélien Hugo Chavez et la sénatrice colombienne d'opposition Piedad Cordoba, anciens médiateurs dans ce dossier, dont la mission a été annulée fin novembre par Bogota. Les trois otages devraient être remis au dirigeant vénézuélien ou à la personne de son choix, selon Prensa Latina.

    Il ne semble pas que ce soit un geste qui s'inscrit dans le cadre des négociations que le président de Colombie, Uribe, cherche à réaliser avec les FARC. Que cela plaise ou pas à certaines personnes et à certaines politiques éditoriales, il faut dire, dans ce cas-ci, BRAVO À CHAVEZ.

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mercredi 19 décembre 2007 11h31
    Juge et partie
    Le gouvernement colombien considère la guérilla des FARC comme une question intérieure, question de criminalité et de terrorisme, qui doit se régler entre colombiens. Or, il semble évident pour un profane que le conflit qui sévit dans ce pays implique d'une part une guérilla, les FARC, qui a son propre projet politique pour le pays et, d'autre part, le gouvernement de Colombie, qui a un projet politique complètement différent, voire à l'opposé. Les années ont prouvé que la négociation « directe » entre les parties ne fonctionne pas et qu'ils ont respectivement recours à la guerre et à la violence pour tenter de venir à bout de l'autre partie. Uribe est donc juge et partie à ce conflit.

    Les parties ont donc besoin d'une médiation par une (ou plusieurs) tierce partie qui a l'oreille des deux camps. Par contre, une médiation va normalement mener les parties vers un compromis pour qu'il n'y ait ni gagnants ni perdants mais, au contraire, pour que toutes les parties et le pays en sortent gagnants. Étant donné l'attitude du président Uribe au sujet de la médiation de Chavez, il me semble qu'Uribe ne soit pas réellement intéressé par une solution négociée et qu'il croit encore (même après 40 ans) qu'il peut vaincre ses opposants et gagner « la guerre ». C'est certainement dans son intérêt et celui de ses alliés des USA mais est-ce dans l'intérêt supérieur de son pays? Sûrement pas.

    Espérons que l'intervention de tierce parties va aider la Colombie à se sortir de l'impasse de la violence.

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