L'obstruction du camp américain atteint sa cible à Bali
La conférence sur le climat lance les négociations sans objectif précis
Photo : Agence France-Presse
Une environnementaliste manifeste à Bali. L’accord signé hier sur l’avenir de la lutte contre le réchauffement est vidé de toute référence chiffrée aux émissions polluantes et à la nécessité de les réduire d’ici 2020 ou 2050.
Dix ans après la signature du protocole de Kyoto, les pays occidentaux se sont entendus hier à Bali sur un projet de déclaration en vue de négocier d’ici la fin de 2009 une deuxième phase de réductions des émissions de gaz à effet de serre.
Cette entente, qui n’était pas encore entérinée au moment d’aller sous presse hier soir, a été acquise après une nuit entière de pourparlers où l’ONU et l’Europe dû plier devant l’obstination du camp américain, qui réunit les États-Unis, le Canada, le Japon et la Russie. Ce groupe a toutefois perdu beaucoup de crédibilité dans l’exercice et il s’est isolé politiquement comme jamais depuis la signature de Kyoto en 1997.
La plénière destinée à approuver l’entente difficilement acquise venait tout juste de commencer samedi matin que l’Inde et la Chine réclamaient un texte renforcé sur les clauses de transferts technologiques et davantage de fonds pour les rendre possibles. Des délégués chinois qualifiaient d’entente à rabais celle intervenue entre l’Europe et les États-Unis parce que peu contraignante pour les pays riches. L’Europe, quant à elle, qualifiait d’inacceptable les demandes chinoises et indiennes sur les transferts. Au moment d’aller sous presse hier soir, le G77 qui réunit les pays en développement, débattait encore de sa position finale pendant que la plénière demeurait suspendue, ce qui faisait craindre à certains un ajournement de la conférence sans décision finale.
Texte expurgé
Le projet d’entente divulgué samedi matin à Bali prévoit qu’un groupe de travail commencera à élaborer dès le printemps prochain un plan d’action pour réduire les émissions globales. Ce groupe fera rapport à la 15e conférence des Parties à la fin de l’automne 2009, ce qui permettra à la nouvelle présidence américaine élue fin 2008 d’être de la partie avec, peut-être, une nouvelle approche du problème. Le projet de décision prévoyait aussi que ce plan d’action aura une double portée, internationale et nationale, et qu’il devra inclure des réductions mesurables et vérifiables. Ces plans tiendront aussi compte des «circonstances nationales», ce que le Canada a réclamé systématiquement pour faire oublier que ses émissions dépassent de 35% ses engagements légaux.
Quant aux objectifs chiffrés de réductions que l’Europe voulait inclure dans la déclaration finale, ils ont été remplacés dans le préambule par une note de bas de page qui fait simplement référence aux différents scénarios des scientifiques de l’ONU. L’Europe s’est dite satisfaite de ce compromis.
"C’est un cadre assez faible mais on a avancé. On va avoir deux ans de négociations et on est en train d’en dessiner le cadre», s’est félicitée la secrétaire d’État française à l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet.
Le Canada s’est aussi opposé systématiquement lui aussi à l’inclusion dans la déclaration finale de tout objectif de réduction chiffré pour les pays occidentaux liés par le protocole de Kyoto, même à titre indicatif. Il s’est aussi opposé à l’idée d’une deuxième phase de réductions obligatoire. Il a donc reçu hier pour son obstruction le prix du «Fossile» politique de l’année, conjointement avec les États-Unis, remis chaque année par les écologistes.
Un suicide
Réagissant au dépôt du projet de déclaration avant d’entrer en plénière à Bali, le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault, disait avoir assisté «à une grande victoire des forces du Mal».
«Là où on aurait pu avoir une entente historique, disait-il en entrevue, on doit se contenter maintenant d’une entente à rabais. Le gouvernement canadien porte une part majeure de la responsabilité de cet échec partiel pour s’être aligné servilement sur la politique du président Bush qui s’oppose à une véritable lutte en règle contre les changements climatiques.»
Heureusement, ajoutait le porte-parole des groupes écologistes canadiens, que l’entente retient, du moins jusqu’à nouvel ordre, au moins la date butoir de 2009 pour la fin de la négociation. Il craint par contre l’impact de cette guerre livrée par le camp américain, «dont les membres, Canada en tête, se retrouvent les épaules au plancher en terme de crédibilité internationale: jamais n’a-t-on vu autant de pays critiquer ouvertement le Canada et en termes aussi virulents à cause de la politique à courte vue des Conservateurs qui vont se retrouver seuls l’an prochain quand l’administration Bush ne sera plus là. Si le gouvernement Harper chante victoire ce soir, sa stratégie est proprement suicidaire pour le Canada à plus long terme.»
Deux stratégies
L’Union européenne, les gestionnaires onusiens du climat ainsi que les centaines de groupes écologistes présents à Bali ont oscillé hier entre deux stratégies tout au long de la journée et du marathon nocturne d’hier.
Plusieurs, inquiets de voir la conférence acculée à un échec par une division sans précédent de la communauté internationale, ont plaidé pour une entente minimaliste, question de garder les États-Unis dans le jeu.
D’autres auraient préféré la stratégie suggérée la veille par Al Gore, qui a proposé à la communauté internationale d’aller de l’avant en oubliant les États-Unis car ce pays, a-t-il dit, finira par vous rejoindre.
Les pourparlers étaient si enlisés hier matin à Bali que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, est revenu à Bali pour aider à remettre la négociation sur les rails. Ban Ki-moon a alors déclaré qu’un échec à Bali, «Ce serait très grave».
Pour sa part, le chef libéral, Stéphane Dion, qui a poursuivi ses contacts avec les délégations qui avaient apprécié son travail à la conférence de Montréal en 2005, s’est déclaré «attristé» par l’attitude du gouvernement canadien, devenu minorité de blocage à Bali, après avoir joué le rôle du rassembleur il y a deux ans. «Le Canada, a-t-il dit, devrait être un leader dans cette conférence. Mais il a opté plutôt pour le silence, laissant les Américains faire le travail à sa place, ou pour l’obstruction.»
Ciblant le ministre canadien de l’Environnement, John Baird, le critique libéral en matière d'environnement, David McGuinty, estimait hier soir que le gouvernement Harper «a franchi la ligne entre la rhétorique de la droite républicaine et la belligérance et l'obstruction. [...] Ce gouvernement a tenté activement de tuer ou d'affaiblir dramatiquement une entente essentielle entre 190 pays en vue de lutter contre les changements climatiques» en ayant tout fait à Bali pour faire enlever de la décision finale toute référence à des objectifs de réduction.
De son côté, le Bloc Québécois a dénoncé l’attitude du gouvernement conservateur à Bali parce qu’il a placé, à son avis, le Canada au ban des nations: «Les conservateurs, a déclaré Bernard Bigras, porte-parole en environnement, porteront une grande responsabilité aux yeux du monde, car il est désormais avéré que Bali amènera un recul en matière de protection de l’environnement ».
Avec Reuters
Cette entente, qui n’était pas encore entérinée au moment d’aller sous presse hier soir, a été acquise après une nuit entière de pourparlers où l’ONU et l’Europe dû plier devant l’obstination du camp américain, qui réunit les États-Unis, le Canada, le Japon et la Russie. Ce groupe a toutefois perdu beaucoup de crédibilité dans l’exercice et il s’est isolé politiquement comme jamais depuis la signature de Kyoto en 1997.
La plénière destinée à approuver l’entente difficilement acquise venait tout juste de commencer samedi matin que l’Inde et la Chine réclamaient un texte renforcé sur les clauses de transferts technologiques et davantage de fonds pour les rendre possibles. Des délégués chinois qualifiaient d’entente à rabais celle intervenue entre l’Europe et les États-Unis parce que peu contraignante pour les pays riches. L’Europe, quant à elle, qualifiait d’inacceptable les demandes chinoises et indiennes sur les transferts. Au moment d’aller sous presse hier soir, le G77 qui réunit les pays en développement, débattait encore de sa position finale pendant que la plénière demeurait suspendue, ce qui faisait craindre à certains un ajournement de la conférence sans décision finale.
Texte expurgé
Le projet d’entente divulgué samedi matin à Bali prévoit qu’un groupe de travail commencera à élaborer dès le printemps prochain un plan d’action pour réduire les émissions globales. Ce groupe fera rapport à la 15e conférence des Parties à la fin de l’automne 2009, ce qui permettra à la nouvelle présidence américaine élue fin 2008 d’être de la partie avec, peut-être, une nouvelle approche du problème. Le projet de décision prévoyait aussi que ce plan d’action aura une double portée, internationale et nationale, et qu’il devra inclure des réductions mesurables et vérifiables. Ces plans tiendront aussi compte des «circonstances nationales», ce que le Canada a réclamé systématiquement pour faire oublier que ses émissions dépassent de 35% ses engagements légaux.
Quant aux objectifs chiffrés de réductions que l’Europe voulait inclure dans la déclaration finale, ils ont été remplacés dans le préambule par une note de bas de page qui fait simplement référence aux différents scénarios des scientifiques de l’ONU. L’Europe s’est dite satisfaite de ce compromis.
"C’est un cadre assez faible mais on a avancé. On va avoir deux ans de négociations et on est en train d’en dessiner le cadre», s’est félicitée la secrétaire d’État française à l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet.
Le Canada s’est aussi opposé systématiquement lui aussi à l’inclusion dans la déclaration finale de tout objectif de réduction chiffré pour les pays occidentaux liés par le protocole de Kyoto, même à titre indicatif. Il s’est aussi opposé à l’idée d’une deuxième phase de réductions obligatoire. Il a donc reçu hier pour son obstruction le prix du «Fossile» politique de l’année, conjointement avec les États-Unis, remis chaque année par les écologistes.
Un suicide
Réagissant au dépôt du projet de déclaration avant d’entrer en plénière à Bali, le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault, disait avoir assisté «à une grande victoire des forces du Mal».
«Là où on aurait pu avoir une entente historique, disait-il en entrevue, on doit se contenter maintenant d’une entente à rabais. Le gouvernement canadien porte une part majeure de la responsabilité de cet échec partiel pour s’être aligné servilement sur la politique du président Bush qui s’oppose à une véritable lutte en règle contre les changements climatiques.»
Heureusement, ajoutait le porte-parole des groupes écologistes canadiens, que l’entente retient, du moins jusqu’à nouvel ordre, au moins la date butoir de 2009 pour la fin de la négociation. Il craint par contre l’impact de cette guerre livrée par le camp américain, «dont les membres, Canada en tête, se retrouvent les épaules au plancher en terme de crédibilité internationale: jamais n’a-t-on vu autant de pays critiquer ouvertement le Canada et en termes aussi virulents à cause de la politique à courte vue des Conservateurs qui vont se retrouver seuls l’an prochain quand l’administration Bush ne sera plus là. Si le gouvernement Harper chante victoire ce soir, sa stratégie est proprement suicidaire pour le Canada à plus long terme.»
Deux stratégies
L’Union européenne, les gestionnaires onusiens du climat ainsi que les centaines de groupes écologistes présents à Bali ont oscillé hier entre deux stratégies tout au long de la journée et du marathon nocturne d’hier.
Plusieurs, inquiets de voir la conférence acculée à un échec par une division sans précédent de la communauté internationale, ont plaidé pour une entente minimaliste, question de garder les États-Unis dans le jeu.
D’autres auraient préféré la stratégie suggérée la veille par Al Gore, qui a proposé à la communauté internationale d’aller de l’avant en oubliant les États-Unis car ce pays, a-t-il dit, finira par vous rejoindre.
Les pourparlers étaient si enlisés hier matin à Bali que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, est revenu à Bali pour aider à remettre la négociation sur les rails. Ban Ki-moon a alors déclaré qu’un échec à Bali, «Ce serait très grave».
Pour sa part, le chef libéral, Stéphane Dion, qui a poursuivi ses contacts avec les délégations qui avaient apprécié son travail à la conférence de Montréal en 2005, s’est déclaré «attristé» par l’attitude du gouvernement canadien, devenu minorité de blocage à Bali, après avoir joué le rôle du rassembleur il y a deux ans. «Le Canada, a-t-il dit, devrait être un leader dans cette conférence. Mais il a opté plutôt pour le silence, laissant les Américains faire le travail à sa place, ou pour l’obstruction.»
Ciblant le ministre canadien de l’Environnement, John Baird, le critique libéral en matière d'environnement, David McGuinty, estimait hier soir que le gouvernement Harper «a franchi la ligne entre la rhétorique de la droite républicaine et la belligérance et l'obstruction. [...] Ce gouvernement a tenté activement de tuer ou d'affaiblir dramatiquement une entente essentielle entre 190 pays en vue de lutter contre les changements climatiques» en ayant tout fait à Bali pour faire enlever de la décision finale toute référence à des objectifs de réduction.
De son côté, le Bloc Québécois a dénoncé l’attitude du gouvernement conservateur à Bali parce qu’il a placé, à son avis, le Canada au ban des nations: «Les conservateurs, a déclaré Bernard Bigras, porte-parole en environnement, porteront une grande responsabilité aux yeux du monde, car il est désormais avéré que Bali amènera un recul en matière de protection de l’environnement ».
Avec Reuters
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