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Venezuela: les leçons du référendum

Olivier Compagnon - Maître de conférences en histoire à l'Institut des hautes études de l'Amérique latine (Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle) et membre de l'Institut universitaire de France  5 décembre 2007  Actualités internationales
Trois grands enseignements peuvent être tirés des résultats du référendum sur la réforme constitutionnelle qui a eu lieu dimanche au Venezuela.

1. D'abord, remarquablement stable depuis décembre 1998, le rapport de force électoral qui existait entre la nébuleuse chaviste et le groupe hétérogène de ses opposants — de l'ordre de 60 % contre 40 % des suffrages exprimés — est rompu. Le oui est certes devancé de peu par le non (49,3 % contre 50,7 %), mais Hugo Chávez est bel et bien battu pour la première fois depuis neuf ans. Le soutien populaire dont pouvait se prévaloir le président, tant sur la scène intérieure qu'en matière de politique internationale, ne pourra plus être invoqué aussi systématiquement qu'il l'était auparavant comme élément de légitimation d'une politique dont la cohérence est parfois difficilement lisible.

2. Ensuite, la grande nouveauté réside dans un taux d'abstention proche de 44 % (presque 20 points de plus que lors de l'élection présidentielle de décembre 2006) tandis que le nombre de voix des opposants demeure à peu près stable (4 300 000 voix ne s'étaient pas portées sur M. Chávez lors de la dernière présidentielle; 4 500 000 ont voté non dimanche).

Émerge donc sur la scène électorale une catégorie que quelques observateurs avaient déjà discernée depuis 2005: celle des «déçus du chavisme». Principalement issus des classes les plus défavorisées de la population, ceux-ci ne sont pas prêts à voter pour l'opposition mais n'accordent plus leur soutien de manière automatique au président. Or c'est de cette catégorie que dépend très largement l'avenir politique du Venezuela.

Il est peu probable que ces déçus se reportent massivement sur l'opposition traditionnelle, incapable de construire un projet alternatif depuis presque dix ans. Cependant, il reste à voir si Chávez parviendra à les reconquérir — par exemple en répondant concrètement à des problèmes aussi criants que ceux du logement ou de l'insécurité — ou s'ils constitueront la base d'une troisième voie, tout aussi contestataire de ce qu'était la démocratie vénézuélienne d'avant 1998 mais peu encline à suivre l'actuel président dans sa proposition d'un socialisme du XXIe siècle potentiellement autoritaire.

3. Enfin, et sans aucunement préjuger de l'avenir, ce scrutin confirme que le Venezuela actuel fonctionne bel et bien comme une démocratie. Alors que de nombreuses figures de l'opposition agitaient le spectre d'un coup de force — voire d'une guerre civile — en cas de défaite de Chávez au référendum, celui-ci a rapidement reconnu les résultats et appelé ses partisans réunis au pied du palais de Miraflores à se disperser dans le calme. Certains arguent que sa propension à transformer les référendums en plébiscites devrait logiquement le conduire à la démission; on leur répondra qu'en 2005, à Paris, personne ne démissionna lorsque le projet de Constitution européenne fut rejeté par 54,6 % des Français...
 
 
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