De retour au Pakistan - Sharif veut «en finir avec la dictature»
Photo : Agence Reuters
Nawaz Sharif, ex-premier ministre pakistanais
Après sept années d'exil en Arabie saoudite et une première tentative avortée voici deux mois et demi, l'ancien premier ministre Nawaz Sharif est rentré hier au Pakistan, placé sous état d'urgence. Avant son départ, Nawaz Sharif avait réclamé la levée de l'état d'urgence imposé le 3 novembre par le président Pervez Moucharraf, qui l'avait renversé en 1999 à la faveur d'un coup d'État.
À peine était-il descendu de l'avion qui le ramenait de son exil saoudien que Nawaz Sharif, ancien premier ministre pakistanais, avait dû rebrousser chemin, expulsé par les forces de l'ordre. C'était le 10 septembre dernier.
Deux mois et demi après, sa deuxième tentative a été la bonne: Sharif a regagné hier Lahore, sa ville natale, promettant d'«en finir avec la dictature» au Pakistan. Il aura fallu cette fois la pression de Riyad pour convaincre le président pakistanais Pervez Moucharraf d'autoriser le retour de l'homme qu'il avait lui-même renversé en 1999 pour s'installer au pouvoir.
L'affront de septembre n'a fait que décupler le désir de Sharif de régler ses comptes avec le général-président, au point de l'amener à composer avec son ex-rivale Benazir Bhutto.
Son retour intervient à la veille de la clôture de l'enregistrement des candidatures pour les législatives fixées au 8 janvier. Les deux mandats de Sharif à la tête du gouvernement, dans les années 1990, ont été émaillés d'accusations de corruption qui l'ont laissé à la merci d'une arrestation. Sa condamnation pour corruption met également en doute sa participation aux élections. Mais en se posant comme solution de remplacement au très impopulaire Moucharraf, il semble avoir estompé les mauvais souvenirs.
Sharif est un riche industriel entré en politique par l'entremise d'un général putschiste puis évincé par un autre après des années au pouvoir entachées par la corruption et la mauvaise gouvernance.
Et hier avec sa promesse de «débarrasser le pays de la dictature» tout en assurant qu'il ne «croyait pas à la politique de la vengeance» face à Moucharraf, il faisait encore gloser sur son statut de dirigeant de l'opposition aux côtés — ou en compétition avec — son ex-rivale des années 1990, l'ex-premier ministre Benazir Bhutto.
D'autant que la presse pakistanaise bruisse de rumeurs sur un accord avec le général Moucharraf, ce qu'il nie. Un «marché», assure même un proche conseiller du chef de l'État, qui lui aurait, en échange, assuré un retour en toute impunité face aux accusations de corruption qui le menacent toujours.
À 57 ans, Sharif a pourtant toujours juré de revenir pour combattre l'homme qui l'avait renversé, pensant être lavé, après sept ans d'exil, des scandales de corruption qui émaillèrent ses deux mandats, de 1990 à 1993 et de 1997 à 1999.
Depuis son exil, saoudien et londonien, Nawaz Sharif a patiemment compté sur l'oubli, mais seule l'éventuelle participation de son parti aux élections législatives et provinciales du 8 janvier pourront permettre de dire s'il a reconquis le coeur des Pakistanais.
Si toutefois le scrutin est «libre et équitable», comme il le réclame en exigeant au préalable la levée de l'état d'urgence décrété par le général Moucharraf le 3 novembre.
Et Sharif n'a pas encore décidé, dit-il, de l'éventuel boycottage du scrutin par son mouvement, la Ligue Musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), une scission du parti historique qui a arraché la création du Pakistan au moment de l'indépendance de l'Inde britannique en 1947, et qui soutient M. Moucharraf.
Ironie de l'Histoire, celui qui se présente aujourd'hui comme le dernier rempart contre «la dictature» avait débuté sa vie politique, en 1981, dans l'ombre du général Zia Ul Haq, le général qui a dirigé le Pakistan d'une main de fer de 1977 à 1988.
La suite fut une ascension éclair. Sharif dirigea le gouvernement du Pendjab (1988-1990) la plus riche et la plus peuplée des quatre provinces du pays.
Musulman pratiquant, l'ancien étudiant en droit et homme d'affaires richissime accède au secrétariat général de la PML. En 1990, il devient premier ministre à la place de Benazir Bhutto, déjà éclaboussée par des scandales financiers touchant son entourage.
Trois ans plus tard, son gouvernement conservateur doit céder à nouveau la place à celui de Mme Bhutto à l'issue d'élections anticipées organisées sous la pression de l'armée.
Ses ennemis accusent Nawaz Sharif d'avoir tenté d'instaurer un pouvoir autocratique tandis que le Pakistan s'enfonçait dans une crise économique sans précédent, après son retour au pouvoir en 1997.
C'est pendant ce second mandat qu'il songe à introduire la charia (loi islamique), suscitant l'inquiétude des alliés occidentaux.
En 1998, il nomme à la tête des armées le général Pervez Moucharraf avec qui les rapports se dégradent rapidement. Il tente alors de l'évincer.
La manoeuvre échoue, et le général Moucharraf s'empare du pouvoir sans effusion de sang le 12 octobre 1999. Condamné à la prison à vie pour détournement de fonds, fraude fiscale et trahison, Nawaz Sharif est remis en liberté en décembre 2000 après avoir conclu un accord avec le général Moucharraf prévoyant son départ en exil en Arabie saoudite pendant 10 ans.
À peine était-il descendu de l'avion qui le ramenait de son exil saoudien que Nawaz Sharif, ancien premier ministre pakistanais, avait dû rebrousser chemin, expulsé par les forces de l'ordre. C'était le 10 septembre dernier.
Deux mois et demi après, sa deuxième tentative a été la bonne: Sharif a regagné hier Lahore, sa ville natale, promettant d'«en finir avec la dictature» au Pakistan. Il aura fallu cette fois la pression de Riyad pour convaincre le président pakistanais Pervez Moucharraf d'autoriser le retour de l'homme qu'il avait lui-même renversé en 1999 pour s'installer au pouvoir.
L'affront de septembre n'a fait que décupler le désir de Sharif de régler ses comptes avec le général-président, au point de l'amener à composer avec son ex-rivale Benazir Bhutto.
Son retour intervient à la veille de la clôture de l'enregistrement des candidatures pour les législatives fixées au 8 janvier. Les deux mandats de Sharif à la tête du gouvernement, dans les années 1990, ont été émaillés d'accusations de corruption qui l'ont laissé à la merci d'une arrestation. Sa condamnation pour corruption met également en doute sa participation aux élections. Mais en se posant comme solution de remplacement au très impopulaire Moucharraf, il semble avoir estompé les mauvais souvenirs.
Sharif est un riche industriel entré en politique par l'entremise d'un général putschiste puis évincé par un autre après des années au pouvoir entachées par la corruption et la mauvaise gouvernance.
Et hier avec sa promesse de «débarrasser le pays de la dictature» tout en assurant qu'il ne «croyait pas à la politique de la vengeance» face à Moucharraf, il faisait encore gloser sur son statut de dirigeant de l'opposition aux côtés — ou en compétition avec — son ex-rivale des années 1990, l'ex-premier ministre Benazir Bhutto.
D'autant que la presse pakistanaise bruisse de rumeurs sur un accord avec le général Moucharraf, ce qu'il nie. Un «marché», assure même un proche conseiller du chef de l'État, qui lui aurait, en échange, assuré un retour en toute impunité face aux accusations de corruption qui le menacent toujours.
À 57 ans, Sharif a pourtant toujours juré de revenir pour combattre l'homme qui l'avait renversé, pensant être lavé, après sept ans d'exil, des scandales de corruption qui émaillèrent ses deux mandats, de 1990 à 1993 et de 1997 à 1999.
Depuis son exil, saoudien et londonien, Nawaz Sharif a patiemment compté sur l'oubli, mais seule l'éventuelle participation de son parti aux élections législatives et provinciales du 8 janvier pourront permettre de dire s'il a reconquis le coeur des Pakistanais.
Si toutefois le scrutin est «libre et équitable», comme il le réclame en exigeant au préalable la levée de l'état d'urgence décrété par le général Moucharraf le 3 novembre.
Et Sharif n'a pas encore décidé, dit-il, de l'éventuel boycottage du scrutin par son mouvement, la Ligue Musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), une scission du parti historique qui a arraché la création du Pakistan au moment de l'indépendance de l'Inde britannique en 1947, et qui soutient M. Moucharraf.
Ironie de l'Histoire, celui qui se présente aujourd'hui comme le dernier rempart contre «la dictature» avait débuté sa vie politique, en 1981, dans l'ombre du général Zia Ul Haq, le général qui a dirigé le Pakistan d'une main de fer de 1977 à 1988.
La suite fut une ascension éclair. Sharif dirigea le gouvernement du Pendjab (1988-1990) la plus riche et la plus peuplée des quatre provinces du pays.
Musulman pratiquant, l'ancien étudiant en droit et homme d'affaires richissime accède au secrétariat général de la PML. En 1990, il devient premier ministre à la place de Benazir Bhutto, déjà éclaboussée par des scandales financiers touchant son entourage.
Trois ans plus tard, son gouvernement conservateur doit céder à nouveau la place à celui de Mme Bhutto à l'issue d'élections anticipées organisées sous la pression de l'armée.
Ses ennemis accusent Nawaz Sharif d'avoir tenté d'instaurer un pouvoir autocratique tandis que le Pakistan s'enfonçait dans une crise économique sans précédent, après son retour au pouvoir en 1997.
C'est pendant ce second mandat qu'il songe à introduire la charia (loi islamique), suscitant l'inquiétude des alliés occidentaux.
En 1998, il nomme à la tête des armées le général Pervez Moucharraf avec qui les rapports se dégradent rapidement. Il tente alors de l'évincer.
La manoeuvre échoue, et le général Moucharraf s'empare du pouvoir sans effusion de sang le 12 octobre 1999. Condamné à la prison à vie pour détournement de fonds, fraude fiscale et trahison, Nawaz Sharif est remis en liberté en décembre 2000 après avoir conclu un accord avec le général Moucharraf prévoyant son départ en exil en Arabie saoudite pendant 10 ans.
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