L'ennemi de mon ennemi
Depuis quarante-huit heures, le président pakistanais Pervez Moucharraf fait penser au chien qui essaye de se mordre la queue. Il implore les uns et menace les autres. Il libère des avocats mais musellent d'autres médias. Il se fait tancer par l'administration Bush? Il se rend en Arabie saoudite. Bref, Moucharraf est un président qui tangue.
Mais il est surtout un président au capital de crédibilité si amoindri, si décharné, que c'est à se demander ce qu'il attend pour jeter l'éponge. Chose certaine, sa volonté confirmée d'organiser les prochaines élections législatives et d'y participer tout en maintenant l'état d'urgence met en relief son inclination pour la dictature et non la démocratie.
On doit rappeler, souligner et répéter que la raison l'ayant persuadé de conduire ce qu'il faut bien appeler un coup d'État est un fait de justice. En effet, prévenu qu'une majorité de juges de la Cour suprême allaient décréter que son cumul de fonctions — chef des armées et président — était contraire à l'esprit comme à la lettre de la Constitution, il s'est empressé d'imposer la loi martiale.
Après quoi il a noyauté la Cour suprême d'admirateurs si béats de sa geste qu'ils ont pris une décision totalement contraire à celle de leurs prédécesseurs. Des centaines d'avocats, sans compter les principales figures de l'opposition, ont été emprisonnés ou mis en résidence surveillée, comme c'est le cas de Benazir Bhutto, et des journaux et des télés, y compris les étrangères, ont été fermés. Puis, il a reporté la tenue du scrutin aux calendes grecques avant de se raviser sous la pression de...
De l'administration Bush. Après avoir jonglé avec plusieurs dates, le président-général a fini par préciser hier que les législatives auraient lieu le 8 janvier. Cette position, c'est à noter, a été adoptée après le long entretien qu'il a eu en fin de semaine avec John Negroponte, le numéro deux du département d'État. Ce dernier lui a signifié que, si les circonstances actuelles étaient maintenues, circonstances qui interdisent l'exercice normal ou conventionnel de la démocratie, cette élection en serait une d'apparence.
De là découle son périple improvisé en Arabie saoudite. Toujours est-il qu'il est allé à la rencontre du roi Abdallah pour lui demander d'intervenir auprès de Nawaz Sharif, soit le premier ministre qu'il avait renversé en 1999. Le but de sa requête? Que Sharif mette en sourdine son ambition de se présenter lors des législatives.
Pour Washington, l'évolution politique du Pakistan au cours des récentes semaines est aussi embarrassante que source de nouveaux problèmes. C'est la Maison-Blanche qui, au milieu de la présente année, s'est mis en tête d'associer Moucharraf avec son vieil adversaire politique Benazir Bhutto. Au sein de l'administration Bush, on espérait que la formation de cet attelage, perclus de contradictions à sa face même, maintiendrait à distance du pouvoir les islamistes conservateurs dirigés par Sharif.
Mais voilà, après que Moucharraf eut commandé la mise en résidence surveillée de Bhutto, celle-ci s'est employée à reprendre et à prolonger le dialogue avec Sharif sur le mode de l'ennemi de mon ennemi est mon ami. En cette histoire, Moucharraf et Bush ont eu tout faux.
Mais il est surtout un président au capital de crédibilité si amoindri, si décharné, que c'est à se demander ce qu'il attend pour jeter l'éponge. Chose certaine, sa volonté confirmée d'organiser les prochaines élections législatives et d'y participer tout en maintenant l'état d'urgence met en relief son inclination pour la dictature et non la démocratie.
On doit rappeler, souligner et répéter que la raison l'ayant persuadé de conduire ce qu'il faut bien appeler un coup d'État est un fait de justice. En effet, prévenu qu'une majorité de juges de la Cour suprême allaient décréter que son cumul de fonctions — chef des armées et président — était contraire à l'esprit comme à la lettre de la Constitution, il s'est empressé d'imposer la loi martiale.
Après quoi il a noyauté la Cour suprême d'admirateurs si béats de sa geste qu'ils ont pris une décision totalement contraire à celle de leurs prédécesseurs. Des centaines d'avocats, sans compter les principales figures de l'opposition, ont été emprisonnés ou mis en résidence surveillée, comme c'est le cas de Benazir Bhutto, et des journaux et des télés, y compris les étrangères, ont été fermés. Puis, il a reporté la tenue du scrutin aux calendes grecques avant de se raviser sous la pression de...
De l'administration Bush. Après avoir jonglé avec plusieurs dates, le président-général a fini par préciser hier que les législatives auraient lieu le 8 janvier. Cette position, c'est à noter, a été adoptée après le long entretien qu'il a eu en fin de semaine avec John Negroponte, le numéro deux du département d'État. Ce dernier lui a signifié que, si les circonstances actuelles étaient maintenues, circonstances qui interdisent l'exercice normal ou conventionnel de la démocratie, cette élection en serait une d'apparence.
De là découle son périple improvisé en Arabie saoudite. Toujours est-il qu'il est allé à la rencontre du roi Abdallah pour lui demander d'intervenir auprès de Nawaz Sharif, soit le premier ministre qu'il avait renversé en 1999. Le but de sa requête? Que Sharif mette en sourdine son ambition de se présenter lors des législatives.
Pour Washington, l'évolution politique du Pakistan au cours des récentes semaines est aussi embarrassante que source de nouveaux problèmes. C'est la Maison-Blanche qui, au milieu de la présente année, s'est mis en tête d'associer Moucharraf avec son vieil adversaire politique Benazir Bhutto. Au sein de l'administration Bush, on espérait que la formation de cet attelage, perclus de contradictions à sa face même, maintiendrait à distance du pouvoir les islamistes conservateurs dirigés par Sharif.
Mais voilà, après que Moucharraf eut commandé la mise en résidence surveillée de Bhutto, celle-ci s'est employée à reprendre et à prolonger le dialogue avec Sharif sur le mode de l'ennemi de mon ennemi est mon ami. En cette histoire, Moucharraf et Bush ont eu tout faux.
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