Trop peu, trop tard
Ieng Sary, ex-ministre des Affaires étrangères et vice-premier ministre du régime des Khmers rouges, ainsi que son épouse Ieng Thiritch, qui, elle, fut ministre des Affaires sociales de la folie sanguinaire de Pol Pot, ont été arrêtés hier. Que des individus ayant participé aux massacres qui ont coûté la vie à près de deux millions de cambodgiens soient condamnés à répondre de leurs actes est source de satisfaction pour les survivants. Mais une satisfaction entachée par les manigances politiciennes qui ont produit une... inversion chronologique.
En effet, dans cette histoire, on ne doit pas oublier que ce génocide a été perpétré antérieurement à ceux du Rwanda et des Balkans, mais instruit bien après. Qui plus est, à la différence du mécanisme judiciaire arrêté pour ces derniers, celui du Cambodge emprunte peu au droit international et beaucoup au droit national. Bref, le tribunal mis sur pied est hybride.
Bien évidemment, s'il en est ainsi, c'est que tous les acteurs mêlés de près ou de loin à ce drame ont agi de manière à imprimer sur l'ensemble de l'exercice légal une direction qui soit la moins embarrassante possible. Autrement dit, tout un chacun a davantage cherché à préserver son intérêt qu'à rendre tout simplement justice. À l'origine de ce vice, de cette perversité historique, il y a le refus exprimé par la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, la Thaïlande ainsi que Singapour de reconnaître la République populaire du Kampuchéa créée après le renversement de Pol Pot et des siens par le Vietnam.
Le moteur de ce refus? À l'époque de l'offensive menée par le Vietnam, ce pays était aligné sur Moscou et non Pékin. Il était dans l'orbite de l'Union soviétique. Pour cette raison, Pékin et la Maison-Blanche, qu'occupait alors Jimmy Carter, ce président qui émaillait tous ces discours de considérations éthiques qui s'avéreront fumeuses, ont tout fait pour maintenir dans les limbes de la petite histoire la disparition de 20 % de la population.
Parmi les conséquences inhérentes à cette ligne, on retiendra la suivante: l'ambassadeur nommé par Pol Pot à l'ONU, l'institution la plus habilitée à traiter des crimes contre l'humanité, est resté en poste au cours des quatorze années postérieures. Car, aux yeux des grands de ce monde, le gouvernement légitime était toujours celui de Pol Pot. À telle enseigne d'ailleurs que les nations nommées aidaient directement comme indirectement ce boucher et ses sbires.
Après des années de tractations aux relents nauséabonds, il n'y a pas d'autre mot, les ambassadeurs «onusiens» adoptent en mai 2003 une résolution autorisant la mise sur pied d'un tribunal conjoint — sur 29 magistrats, 17 sont cambodgiens. Trois ans durant, cet aréopage a été réduit à un rôle de figuration, le gouvernement ne souhaitant pas qu'il fasse du zèle. De fait, les arrestations des principaux responsables se comptent sur les doigts de la main. Et dire qu'ici et là on se plaint de la progression du cynisme!
En effet, dans cette histoire, on ne doit pas oublier que ce génocide a été perpétré antérieurement à ceux du Rwanda et des Balkans, mais instruit bien après. Qui plus est, à la différence du mécanisme judiciaire arrêté pour ces derniers, celui du Cambodge emprunte peu au droit international et beaucoup au droit national. Bref, le tribunal mis sur pied est hybride.
Bien évidemment, s'il en est ainsi, c'est que tous les acteurs mêlés de près ou de loin à ce drame ont agi de manière à imprimer sur l'ensemble de l'exercice légal une direction qui soit la moins embarrassante possible. Autrement dit, tout un chacun a davantage cherché à préserver son intérêt qu'à rendre tout simplement justice. À l'origine de ce vice, de cette perversité historique, il y a le refus exprimé par la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, la Thaïlande ainsi que Singapour de reconnaître la République populaire du Kampuchéa créée après le renversement de Pol Pot et des siens par le Vietnam.
Le moteur de ce refus? À l'époque de l'offensive menée par le Vietnam, ce pays était aligné sur Moscou et non Pékin. Il était dans l'orbite de l'Union soviétique. Pour cette raison, Pékin et la Maison-Blanche, qu'occupait alors Jimmy Carter, ce président qui émaillait tous ces discours de considérations éthiques qui s'avéreront fumeuses, ont tout fait pour maintenir dans les limbes de la petite histoire la disparition de 20 % de la population.
Parmi les conséquences inhérentes à cette ligne, on retiendra la suivante: l'ambassadeur nommé par Pol Pot à l'ONU, l'institution la plus habilitée à traiter des crimes contre l'humanité, est resté en poste au cours des quatorze années postérieures. Car, aux yeux des grands de ce monde, le gouvernement légitime était toujours celui de Pol Pot. À telle enseigne d'ailleurs que les nations nommées aidaient directement comme indirectement ce boucher et ses sbires.
Après des années de tractations aux relents nauséabonds, il n'y a pas d'autre mot, les ambassadeurs «onusiens» adoptent en mai 2003 une résolution autorisant la mise sur pied d'un tribunal conjoint — sur 29 magistrats, 17 sont cambodgiens. Trois ans durant, cet aréopage a été réduit à un rôle de figuration, le gouvernement ne souhaitant pas qu'il fasse du zèle. De fait, les arrestations des principaux responsables se comptent sur les doigts de la main. Et dire qu'ici et là on se plaint de la progression du cynisme!
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

