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Pakistan : polémique autour d'une interdiction des grands rassemblements politiques

23 octobre 2007  Actualités internationales
Benazir Bhutto a effectué hier sa première sortie publique depuis l’attentat.
Photo : Agence Reuters
Benazir Bhutto a effectué hier sa première sortie publique depuis l’attentat.
Islamabad — Un projet du gouvernement d'interdire les grands rassemblements politiques au Pakistan pour raisons de sécurité a provoqué hier un début de polémique avec l'opposition, quatre jours après l'attentat très meurtrier qui a visé l'ex-premier ministre Benazir Bhutto.

Le gouvernement examine un éventuel décret en ce sens par crainte de nouveaux attentats suicide, comme celui qui a fait au moins 139 morts, jeudi à Karachi, près du camion blindé au sommet duquel Benazir Bhutto célébrait, en tête d'un gigantesque défilé, son retour après huit ans d'exil. «Le projet est de ne permettre que les petites réunions publiques dans des lieux bien précis et protégés plutôt que de grands rassemblements», a expliqué le ministre adjoint à l'Information, Tariq Azeem. Les élections législatives et provinciales doivent avoir lieu mi-janvier.

«Les meetings font partie du processus électoral et de la campagne», a protesté Nazir Dhoki, porte-parole de l'influent Parti du Peuple Pakistanais (PPP) de Mme Bhutto, dont on ne sait plus s'il appartient à l'opposition. Car Mme Bhutto négocie depuis plusieurs mois avec le président Pervez Moucharraf, et leurs deux partis sont très proches d'une alliance aux législatives, pour un partage du pouvoir ensuite. Le général Moucharraf, qui a pris le pouvoir il y a huit ans par un coup d'État sans effusion de sang, restant président, Mme Bhutto redevenant premier ministre.

Elle a occupé ces fonctions à deux reprises (1988-1990 et 1993-1996), mais en a été démise les deux fois pour corruption. C'est d'ailleurs pour échapper à la prison qu'elle s'est exilée en 1999.

Et c'est à la faveur d'une amnistie décrétée par le général Moucharraf qu'elle a pu rentrer jeudi sans crainte d'être arrêtée, une condition qu'elle avait posée à un partage du pouvoir.

«Les leaders politiques et les candidats ont besoin du contact avec la population», a encore invoqué Nazir Dhoki pour rejeter l'interdiction des meetings.

Même son de cloche au sein des principaux partis de l'opposition, qui annoncent déjà leur détermination à passer outre. «C'est tout simplement injuste et inacceptable», a déclaré Raja Zafar ul-Haq, président de la Ligue Musulmane du Pakistan-aile Nawaz (PML-N), le parti de l'autre ex-premier ministre en exil, Nawaz Sharif. «Nous contesterons cette interdiction devant la Cour suprême», promet-il.

Les partis religieux représentés au Parlement, regroupés dans la puissante alliance Muttahida Majlis-e-Amal (MMA), ont également donné de la voix. «Moucharraf est impopulaire et ne peut affronter le public, alors il essaie de contrôler les élections d'une autre manière», a dit Liaquat Baloch, l'un des dirigeants du MMA.

Côté enquête, le gouvernement a rejeté hier une demande de Mme Bhutto qui réclamait des experts étrangers, notamment américains et britanniques, pour épauler la police pakistanaise. L'ex-premier ministre, qui a effectué hier, sous très haute sécurité, sa deuxième sortie publique depuis l'attentat, en allant s'incliner sur le mausolée du père-fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah, avait déclaré à plusieurs reprises soupçonner que des responsables de services de renseignements en activité ou à la retraite étaient mêlés à l'attentat.

Les enquêteurs, eux, privilégient la piste des combattants islamistes proches d'al-Qaïda et des talibans, qui multiplient ce type d'attentats depuis plus de trois mois. Mme Bhutto avait juré d'éradiquer leur présence du Pakistan.
 
 
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