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Sanglant retour

Le retour de Benazir Bhutto a été marqué par une salve d'explosions qui ont tué plus de 100 personnes. Le nombre de blessés? Près du double. Par son ampleur, ce double attentat annonce, si on ose dire, une profonde modification de l'ordre du jour politique pakistanais. Plus exactement, il donne du crédit à la sombre prédiction formulée par des élus et des adversaires du général Pervez Moucharraf. Leur hypothèse? Les militaires n'ayant pas l'intention d'abandonner le pouvoir, ils se saisiront de la moindre occasion pour le conserver en imposant la loi martiale.

Si ce n'est pas dans la foulée de la saignée observée hier, ce sera probablement à la faveur de l'imbroglio juridique et des contorsions politiques conçues et appliquées par la caste militaire. L'objectif de celle-ci était et demeure simple: se servir de Bhutto comme d'un paravent afin de mieux renforcer son emprise sur les destinées de l'État. Détaillons.

Comme on le sait, après huit ans d'exil, Bhutto a pu s'envoler en direction de Karachi grâce à une amnistie. D'un trait de plume, Moucharraf — et non pas le pouvoir judiciaire — a gommé toutes les malversations financières (détournement de fonds, blanchiment d'argent sale, etc.) dont elle et son mari étaient accusés. En Suisse, le juge d'instruction chargé d'enquêter sur les méfaits du couple Bhutto à la suite d'une plainte formulée par le gouvernement pakistanais vient tout juste de remettre son dossier au procureur général. En effet, en plus d'avoir fraudé l'État pakistanais, le duo a contourné la loi suisse. Pour résumer, soulignons que si Benazir Bhutto se rendait à Genève, elle serait emprisonnée pendant 18 mois au minimum.

Autre ancien premier ministre démis par les militaires et lui aussi accusé de corruption, Nawaz Sharif n'a pas bénéficié de la mansuétude dont Bhutto a joui. En un mot, il n'a pas été amnistié. Pourtant, la Cour suprême du Pakistan, après analyse de son cas, avait décrété qu'il pouvait mettre un terme à son exil, ce qu'il a fait à la fin de l'été. Mais voilà, à peine avait-il atterri que les gradés ordonnaient son expulsion en Arabie saoudite.

Tout naturellement, les élus membres de sa formation politique ont pris leur revanche lors d'un rendez-vous politique aussi crucial que délicat. De quoi s'agit-il? Les membres du collège électoral ont démissionné lors du vote sur la réélection de Moucharraf au poste de président. Une fois précisé que les partisans de Bhutto s'étaient pour leur part abstenus, tout un chacun aura deviné que la légitimé de Moucharraf a l'épaisseur d'un papier à cigarette.

D'ailleurs, les bonzes de la Cour suprême l'ont bien compris. En effet, ils ont récemment indiqué qu'ils allaient plancher sur ce sujet afin de déterminer si ce vote est valide ou non. Qui plus est, ils ont prévenu que le temps alloué à cette analyse pourrait dépasser les trois mois. Et alors? Il est possible que les Pakistanais élisent un président en janvier sans que celui-ci soit reconnu si le président actuel n'a pas encore été reconnu. Bref, à la guérilla menée par les islamistes s'ajoute désormais celle des juges. Et, à cela, les militaires aimeraient bien mettre un terme en imposant la loi martiale. Il leur manquait un prétexte...
 
 
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    19 octobre 2007 07 h 02
    Tristesse!
    Jeudi 18h00, nouvelle de dernière heure: Un attentat sanglant contre le cortège de Benazir Bhutto. Plus de 100 morts, un carnage, deux voitures piégées.

    Un choc! Je ne m'attendais pas à si tôt!
    Bien sûr, nous sommes tous convaincus que ce sont les islamistes. Mais, l'évidence est souvent un leurre.
    Pour qui donc Benazir Bhutto représente-t-elle la plus grande menace?
    Pour les islamistes?
    Pour Al Qaeda?
    Pour Moucharraf?
    Pour les États-Uniens?

    Les plans de qui peut-elle perturber le plus?

    La réponse n'est pas évidente. Un déploiement de 20,000 hommes pour la protéger. Mais Moucharraf s'est-il fait tordre un bras pour accepter son retour? Serait-il heureux qu'elle disparaisse?

    Bien des questions. Mais, aujourd'hui, une grande tristesse. Plus de 100 morts, encore plus de graves blessés. À qui donc cet attentat va-t-il profiter le plus?

    Après toutes ces années de semence du terrorisme, voilà qu'on récolte. Quel gâchis!
    Oui, je sais, c'est la faute aux islamistes!


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    19 octobre 2007 07 h 28
    À qui servirait le plus la disparition de Benazir
    «Les militaires n'ayant pas l'intention d'abandonner le pouvoir, ils se saisiront de la moindre occasion pour le conserver en imposant la loi martiale.»

    Les militaires... oui.
    Pervers Moucharraf... oui
    L'ISI (services secrets pakistanais)... oui
    Les islamistes... c'est ce que l'on dit!
    Al Qaeda... la mère de tous les mots... tant qu'à y être, mettons-les!
    Les États-Uniens... probablement, cet Empire a des intérêts partout!
    Est-ce que j'en oublie?
    Peut-être!
    Tous ces groupes peuvent avoir des raisons de souhaiter la disparition de Benazir Bhutto.
    Il faut se demander les plans de qui, Mme Bhutto peut perturber le plus?
    À qui, sa liquidation servirait le plus?
    Chose sûre, si Mme Bhutto revient au pouvoir et qu'elle en use au maximum, l'atmosphère de la région risque de changer. Son principal objectif: instaurer une réelle démocratie, un objectif diamétralement opposé à celui de Moucharraf.
    Paradoxalement, Mme Bhutto a dû fuir son pays, à cause des accusations de corruption. M. Sharif aussi. Des corrompus... même la Suisse le confirme... au diable la démocratie, il devient évident que la dictature est moins corrompue! Tout de même incroyable! Personne ne remet en cause ces accusations. Mme Bhutto est la personne à abattre. M. Moucharraf est d'une honnêteté irréprochable, jamais il n'accepterait un tout petit pot-de-vin ou qu'il détournerait le moindre sou de l'État! Je devine que vous imaginez mon oeil s'étirer et ma pensée qui vous dit: " Est-ce que j'ai une poignée dans le dos?"

    Croyez-vous que les États-Unis sont intéressés à ce que quelqu'un vienne changer la donne au Pakistan? Non, Moucharraf est parfait, malgré ses petites sautes d'humeur, il demeure obéissant, c'est tout ce qui compte. Malheureusement, Mme Bhutto, sera utilisée pour renforcer le pouvoir obscur actuel. Et le peuple pakistanais, dictature, pauvreté, terrorisme, sera leur lot! Quelle tristesse! Regardez tous ces gens se réjouissant du retour de Mme Bhutto. Ils étaient débordants d'espoirs ! Quelle tristesse !


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Christian Tallon - Inscrit
    19 octobre 2007 09 h 28
    Il manque le Quebec sur la scène internationale
    La communauté des Nations (c'est un mot bien désuet) a besoin de la voix du Québec. Or celle-ci passe par celle du gouvernement d'Ottawa, qui représente une majorité anglophone. Sans parler d'indépendance puisque les québécois n'en veulent pas visiblement, il faudrait trouver un savant arrangement pour que la voix du Québec se fasse entendre. Ce qui se passe au Pakistan concerne toutes les démocraties. La Francophonie est bien trop faible pour être écoutée. Un siège à l'ONU pour le Québec-Province-dans un Canada-Uni n'a rien d'irréaliste. C'est une idée à creuser.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    20 octobre 2007 12 h 43
    Félicitations Christian Tallon !
    Bonne idée M. Christian Tallon qui a écrit : «Un siège à l'ONU pour le Québec-Province-dans un Canada-Uni n'a rien d'irréaliste. C'est une idée à creuser.»

    Faudrait juste changer Québec-province par Québec-autonome vu que le Québec est maintenant considéré une nation par Ottawa.
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