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Irak - Bagdad dénonce l'utilisation de milices sunnites par les Américains

L'État n'a aucun contrôle sur ces groupes armés

5 octobre 2007  Actualités internationales
Bagdad — Le gouvernement irakien et la coalition chiite au pouvoir ont dénoncé hier la stratégie américaine d'enrôlement, pour lutter contre al-Qaïda, de tribus sunnites, considérées comme de nouvelles milices échappant au contrôle de l'État.

«L'armée américaine a récemment commencé à recruter des groupes de terroristes armés dans certains quartiers de Bagdad et d'autres provinces sous prétexte de combattre al-Qaïda», a accusé l'Alliance unifiée irakienne (AUI) dans un communiqué.

L'Alliance, formée de deux importants partis chiites, le Dawa du premier ministre Nouri al-Maliki et le Conseil suprême islamique irakien (CSII) d'Abdoul-Aziz al-Hakim, demande que l'armée américaine «cesse de recruter des hommes armés sous prétexte de combattre le terrorisme».

À l'initiative de l'armée américaine, des milliers de combattants tribaux, en très grande majorité sunnites, participent depuis plusieurs mois à une campagne de mobilisation des communautés locales pour assurer l'ordre dans diverses régions du pays.

L'exemple d'un chef tribal

Cette stratégie est inspirée du succès de l'expérience conduite dans la province d'al-Anbar par un cheikh sunnite, Abdoul Sattar Abou Richa, tué le 13 septembre dans un attentat d'al-Qaïda. En peu de temps, ce chef tribal respecté avait su convaincre les tribus sunnites hostiles à l'occupation américaine de retourner leurs armes contre les cellules locales d'extrémistes se réclamant d'al-Qaïda.

Calquées sur ce modèle —baptisé «Réveil d'al-Anbar» —, près de 150 initiatives ont été mises en route à travers le pays, dont 25 à Bagdad, et entre 30 000 et 50 000 Irakiens y prennent part, selon les chiffres de l'armée américaine.

L'arrivée récente de ces groupes à Bagdad, notamment dans les quartiers sunnites de Saydia et Doura ainsi que dans la très troublée province mixte de Diyala, a provoqué l'inquiétude de certains habitants chiites et l'hostilité grandissante du gouvernement, qui voit d'un mauvais oeil la montée en puissance de ces milices sunnites d'un nouveau genre.

Selon l'AUI, des membres de ces groupes «sont responsables d'assassinats, de kidnappings et de chantage», en particulier à Saydia. «Ce sont des groupes qui ont installé des postes de contrôle sans coordination avec les autorités gouvernementales», a déploré un conseiller du premier ministre, Yassin Majid.

«S'ils se consultent avec la force multinationale [...], ils n'ont aucun lien avec des institutions officielles», a souligné M. Majid, demandant leur placement sous contrôle de l'armée.

Pas de contrôle

À Saydia, au moins 12 membres d'une même famille chiite auraient été tués, selon un autre conseiller de M. Maliki, Ali al-Adib.

«Aucune arme ne devrait être distribuée hors du contrôle du gouvernement», avait commenté la veille le premier ministre, qui avait pourtant jusqu'alors publiquement soutenu l'action du «Réveil d'al-Anbar».

Sous la houlette américaine, l'opération est en train d'essaimer hors des zones d'influence sunnite, dans des régions mixtes sunnites-chiites et dans des zones urbaines de Bagdad où les milices chiites avaient souvent pris l'avantage depuis deux ans sur les combattants sunnites.

Pour l'AUI, dont les partis Dawa et CSII disposent eux-mêmes de milices armées qui se sont violemment mesurés aux groupes insurgés sunnites depuis l'éclatement des violences confessionnelles, en février 2006, «continuer à coopérer avec ces groupes signifie la formation de nouvelles milices au-dessus de la loi».
 
 
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