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L'envoyé de l'ONU a rencontré le chef de la junte birmane

Le Conseil des droits de l'homme demande la libération de tous les prisonniers politiques, dont Aung San Suu Kyi

L’envoyé spécial de l’ONU en Birmanie, Ibrahim Gambari, a rencontré hier l’opposante Aung San Suu Kyi.
Photo : Agence Reuters
L’envoyé spécial de l’ONU en Birmanie, Ibrahim Gambari, a rencontré hier l’opposante Aung San Suu Kyi.
L'émissaire de l'ONU Ibrahim Gambari a quitté hier la Birmanie, où il a effectué une navette diplomatique entre la junte, qui a violemment réprimé la semaine dernière un mouvement de protestation populaire, et l'opposante et prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi.

M. Gambari s'est entretenu avec le numéro un birman, le généralissime Than Shwe, puis a rencontré Mme Suu Kyi, dans deux villes distantes de 400 kilomètres. Il est arrivé hier soir à Singapour mais ne s'est pas exprimé publiquement sur les résultats de sa mission.

Il devrait rendre compte de son voyage au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, demain à son retour à New York, a indiqué la porte-parole de M. Ban, Michèle Montas. M. Gambari fera de même auprès du Conseil de sécurité, probablement vendredi.

L'entretien de M. Gambari avec Than Shwe a eu lieu dans la nouvelle capitale birmane Naypyidaw. La rencontre de 15 minutes avec Mme Suu Kyi, assignée à résidence depuis 2003, s'est, elle, déroulée dans une résidence gouvernementale à Rangoun. Un premier face-à-face de plus d'une heure entre M. Gambari et l'opposante avait été autorisé dimanche.

Ibrahim Gambari, diplomate international de nationalité nigériane, était arrivé samedi à Rangoun, mais c'est seulement hier qu'il a été reçu par Than Shwe. Il avait rencontré samedi, à Naypyidaw, des responsables moins importants du régime. Dimanche, il était retourné à Rangoun où il avait été autorisé à rencontrer Mme Suu Kyi, 62 ans, qui a été privée de liberté pendant la majeure partie des 18 dernières années.

Par ailleurs, le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, réuni hier à Genève en session extraordinaire, a demandé aux autorités birmanes d'exercer la plus grande retenue et de libérer «toutes les personnes arrêtées [...] ainsi que tous les prisonniers politiques, dont Aung San Suu Kyi».

Louise Arbour, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a pressé hier la junte birmane de fournir un rapport exhaustif sur le nombre de victimes de la répression des manifestations et le sort des personnes arrêtées depuis.

Les autorités du Myanmar «ne doivent plus s'attendre que leur autarcie volontaire les dispensera de rendre des comptes», a-t-elle affirmé. Elle s'exprimait devant les 47 pays membres du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève. «Le gouvernement doit fournir un rapport complet sur ses actions pendant et après les manifestations, incluant des informations précises et vérifiables sur le nombre de personnes tuées et blessées, ainsi que sur la localisation des prisonniers et leurs conditions de détention», a demandé Mme Arbour. «Alors que les manifestants ont disparu, notre préoccupation ne fait que s'accroître au sujet de la sécurité et du bien-être des moines, vraisemblablement confinés à leurs monastères, voire pire, et des centaines de personnes arrêtées [...] blessées ou emmenées des rues vers des endroits inconnus», a-t-elle ajouté.

Paulo Sergio Pinheiro, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'homme au Myanmar, a pour sa part déclaré que «des milliers de manifestants pacifiques» avaient été arrêtés. Il a souhaité savoir combien de manifestants et de passants se trouvaient à l'hôpital, si des autopsies avaient été effectuées sur les corps des victimes et où elles avaient été enterrées.

Le chargé d'affaires birman à Genève, Nyunt Swe, a assuré que son pays procédait à une transition démocratique. Il a accusé «des éléments destructeurs internes et externes» d'être à l'origine des troubles.

Selon des sources officielles birmanes, au moins 13 personnes ont été tuées, dont un vidéo-reporter japonais, et des dizaines d'autres blessées. Selon des diplomates occidentaux toutefois, le bilan des violences est bien plus élevé et les arrestations se comptent par centaines, voire par milliers. «Nous pensons qu'au moins 30 personnes ont été tuées et 1400 arrêtées», a estimé le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer.

Jusqu'à 1700 personnes interpellées la semaine dernière, dont 500 moines bouddhistes, ont été détenues dans le campus du Government Technical Institute de Rangoun, a indiqué sous le couvert de l'anonymat un responsable birman. À Bangkok, un haut responsable de l'ONU s'est dit, quant à lui, préoccupé par des informations selon lesquelles les détenus auraient déjà été conduits à un autre endroit qui reste inconnu.

«Les agences de l'ONU s'inquiètent du sort de ces personnes, des conditions dans lesquelles elles sont détenues», a déclaré Tony Banbury, directeur pour l'Asie du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies.

La junte militaire a annoncé hier réduire de deux heures par nuit le couvre-feu en vigueur à Rangoun. La Birmanie a renvoyé hier vers le Bangladesh voisin 11 moines bouddhistes bangladais, dans le cadre de la répression du mouvement démocratique emmené par des bonzes, a annoncé un responsable militaire bangladais.
 
 
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