samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 09h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La junte birmane réprime les manifestations

La communauté internationale se mobilise

Reuters   27 septembre 2007  Actualités internationales
Bravant les matraques et les gaz lacrymogènes, des moines bouddhistes et des civils ont à nouveau défilé hier dans les rues de Rangoon, où quatre d'entre eux ont péri, les premiers décès signalés dans le plus grand mouvement de protestation contre la junte depuis 20 ans.

La junte birmane a commencé hier à réprimer le mouvement de protestation, faisant charger des manifestants. Un des bonzes a été tué par un coup de feu pendant qu'il tentait de désarmer un soldat et les deux autres ont été battus à mort, a indiqué un responsable birman ayant requis l'anonymat. Un second responsable a précisé que les incidents avec des moines s'étaient notamment produits près de la célèbre pagode Shwedagon, point de ralliement à Rangoon depuis le début des défilés quotidiens, le 18 septembre.

Des témoins ont estimé à 100 000 le nombre des personnes descendues dans les rues malgré la persistance, dans les mémoires, de la répression sanglante du dernier soulèvement majeur contre la junte, en 1988. Les militaires avaient alors ouvert le feu sur les manifestants, faisant environ 3000 morts.

«Ils défilent dans les rues, les moines au milieu et des civils de part et d'autre. Ils les protègent, ils forment un bouclier humain», a déclaré l'un d'entre eux.

Une centaine de manifestants, dont une cinquantaine de moines, ont aussi été blessés et quelque 200 personnes arrêtées, selon des témoins.

Le parti de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, assignée à résidence depuis 2003, a accusé pour sa part la junte d'avoir commis «une faute irréparable», au regard de l'histoire, en chargeant les manifestants.

À Paris, le Dr Sein Win, premier ministre en exil, s'est réjoui, après une rencontre avec M. Sarkozy, que «les pays démocratiques n'acceptent pas que l'armée fasse usage de la violence pour réprimer l'opposition».

Signe d'une préoccupation croissante de la communauté internationale, le Conseil de sécurité de l'ONU a été convoqué d'urgence hier pour des consultations sur la Birmanie.

Mais, dès avant cette réunion, les États-Unis et l'Union européenne se sont déclarés «profondément troublés» par la situation en Birmanie et ont appelé la junte à cesser les violences contre les manifestants, dans un communiqué commun.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a pour sa part décidé d'envoyer d'urgence dans la région son émissaire spécial pour la Birmanie, Ibrahim Gambari, et a invité les autorités birmanes «à coopérer pleinement avec cette mission».

L'ONU dispose en Birmanie d'une petite équipe de coordination du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et d'un bureau de liaison. Une porte-parole de l'ONU, Marie Okabe, a précisé que M. Gambari n'avait pas encore de visa pour entrer dans ce pays. «Il va se rendre dans la région, y restera et, dès qu'il aura le feu vert, se rendra en Birmanie», a-t-elle dit.

Les incidents

Les premiers incidents ont été signalés vers midi, lorsque les forces de sécurité ont chargé quelque 700 personnes, principalement des étudiants mais aussi des moines, qui commençaient à se rassembler non loin de la pagode Shwedagon. Les manifestants ont été frappés indistinctement à coups de matraque. Un peu plus tard, dans le quartier de la pagode Sule, des policiers et des soldats ont tiré en l'air et ont fait usage de gaz lacrymogènes. «Ils insultent même notre religion et nos moines», a protesté un quinquagénaire en fuyant les nuages de gaz lacrymogènes.

Une heure plus tard, des dizaines de milliers de personnes, dont des moines, se sont regroupées ailleurs en ville, tandis que des tirs de sommation retentissaient dans d'autres quartiers, selon des témoins.

Confrontés à une montée en puissance des manifestations menées par des moines bouddhistes, les généraux ont profité de la nuit de mardi à hier pour annoncer par haut-parleur un couvre-feu allant de 21 heures à 5 heures. Rangoon et Mandalay, les deux principales ville du pays, ont été placées sous un régime d'accès restreint, un statut proche de l'état d'urgence.

Plus tard dans la nuit, deux personnalités soutenant les manifestations, Zaganar, le plus célèbre des comiques birmans, et Win Naing, un homme politique modéré, ont été arrêtés à leur domicile, selon leurs proches.

Les manifestations ont débuté le mois dernier pour dénoncer la hausse du prix du carburant et elles ont pris de l'ampleur après les coups de feu tirés par des soldats sur des moines à Pakokku, le 5 septembre.

Nombreuses réactions

La réaction de Washington a été rapide. «Si ces informations sont exactes, les États-Unis sont très préoccupés par le fait que le régime puisse traiter [ainsi] la population birmane», a déclaré un porte-parole de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe. «Nous appelons la junte à effectuer une transition pacifique vers la démocratie.» Mardi, le président George W. Bush avait annoncé de nouvelles sanctions contre le régime et dénoncé «le règne de la peur» imposé dans le pays.

Le groupe des huit pays les plus industrialisés (G8) a condamné la répression, à l'issue d'une réunion à New York des ministres des Affaires étrangères. Les ministres «enjoignent aux autorités birmanes de cesser immédiatement d'employer la violence et rappellent aux dirigeants du pays qu'ils sont personnellement responsables de leurs actes», a résumé Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Affaires étrangères et président en exercice du groupe, selon un de ses collaborateurs.

La Chine, selon une source diplomatique européenne, a même conseillé à la Birmanie de ne pas réagir de façon excessive. Quant au président français, Nicolas Sarkozy, il a demandé le gel des investissements des sociétés françaises en Birmanie.

Gordon Brown, premier ministre britannique, a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de se réunir et a promis qu'il n'y aurait aucune impunité pour ceux qui violent les droits de la personne.

Pour sa part, Romano Prodi, chef du gouvernement italien, va demander à l'Union européenne d'organiser d'urgence une réunion sur la situation afin de réfléchir aux moyens de «faire cesser les violences» en Birmanie.

Singapour a appelé «toutes les parties à s'abstenir de toute action provocatrice et à oeuvrer en faveur de la réconciliation et d'un règlement pacifique de la situation».

La France a fait savoir que «chaque responsable birman sera tenu responsable [...] des exactions et des souffrances que subira la population, dont les révoltes sont tout à fait légitimes».

En Thaïlande, pays voisin, l'armée prépare des avions de transport militaires C-130 pour évacuer ses ressortissants de Rangoon si les violences s'aggravent, et les militaires postés à la frontière se préparent à gérer un afflux de réfugiés.

La réunion du Conseil de sécurité de l'ONU pourrait aboutir à un texte de condamnation, de vigilance et d'appui à la mission des Nations unies en Birmanie.

Les déclarations du conseil, si elles n'ont pas le caractère contraignant des résolutions, nécessitent cependant l'unanimité des 15 membres pour être adoptées.

Or la Chine et la Russie, alliées de la Birmanie, considèrent que les questions de droits de la personne, souvent soulevées en ce qui concerne ce pays, n'ont rien à voir avec les menaces à la paix et à la sécurité, seul domaine dans lequel le Conseil de sécurité a compétence.

Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré hier, dans un communiqué, que les événements en Birmanie ne présentaient «pas de danger pour la paix et la sécurité internationales et régionales» et étaient «une affaire interne».

Pékin et Moscou, fait rarissime, avaient tous deux utilisé leur veto en janvier au Conseil de sécurité pour bloquer un projet de résolution d'inspiration américaine condamnant les violations des droits de la personne en Birmanie.

Les exilés

Des exilés birmans, tels le chef de file de l'opposition et d'anciens participants du mouvement de contestation de 1988 réprimé dans le sang, suivent avec grande inquiétude l'évolution de la situation dans leur pays et craignent un nouveau bain de sang.

À Londres, une centaine de personnes ont manifesté pendant une heure devant l'ambassade de la Birmanie, brandissant des pancartes avec des slogans tels que «Nous voulons la liberté au Myanmar».

Parmi elles figurent Win Naing, un ancien leader du soulèvement contre la junte militaire en 1988, écrasé dans le sang par les forces de sécurité. Il a déclaré qu'il avait été indigné d'apprendre que des manifestants avaient été tués à Rangoon.

Ko Aung, leader étudiant du mouvement de 1988 qui dit avoir été condamné à sept ans de travaux forcés, estime que la communauté internationale a déjà trop tardé à s'opposer à la junte. Mais il est réconforté par les images des manifestations qui font la une des journaux télévisés du monde entier.

«La différence par rapport à 1988, c'est que la communauté internationale et les médias suivent avec grande attention ce qui se passe à l'intérieur [du pays]. Le régime devrait se rendre compte que ce n'est pas comme en 1988», a-t-il souligné.

Chef de file de l'opposition birmane en exil, Sein Wing a déclaré sur les ondes de CBC qu'il craignait qu'il n'y ait d'autres victimes. «Ce n'est pas bon signe. L'affrontement a déjà commencé», a estimé Win, qui dirige un gouvernement en exil autoproclamé.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012