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Colombianisation

Pourquoi le pouvoir indien peine-t-il tant à s'affirmer au Guatemala? Difficile de ne pas se poser la question, compte tenu du désolant résultat obtenu par Rigoberta Menchu au premier tour de la présidentielle de dimanche. Le Guatemala n'est pas la Bolivie d'Evo Morales. Mme Menchu, Indienne maya et Prix Nobel de la paix en 1992, n'a enregistré que 3 % des voix dans un pays dont, pourtant, 60 % des 13 millions d'habitants sont indiens. Il n'était pas anormal d'espérer qu'elle fasse meilleure figure, malgré le fait qu'elle était sans argent et sans organisation électorale.

La dame est à l'évidence personnellement plus emblématique de la cause amérindienne en Europe et au Québec qu'elle ne l'est dans son pays. D'autres qu'elle, comme Rosalina Tuyuk, seraient plus crédibles et plus mobilisateurs, certains allant même jusqu'à prophétiser que le Guatemala aura, croyez-le ou non, un président maya dans dix ans. Sa piètre performance n'en traduit pas moins le triste — et violent — état dans lequel se trouve le pays à l'heure actuelle, un peu plus de dix ans après la conclusion des accords de paix qui ont mis fin à 34 ans de guerre civile.

Quelque 250 000 Indiens ont été tués ou sont disparus pendant cette guerre civile. La «paix» revenue, une conjonction de dynamiques a conduit à l'aplatissement du mouvement indigéniste: la peur des représailles, l'échec de l'ancienne guérilla marxiste, pour l'essentiel composée d'Indiens et de paysans, à se constituer en force politique, et puis, facteur non négligeable, l'effet de fragmentation sociale causé par la montée en puissance des Églises évangéliques...

Si bien que les anciennes classes politiques ont pour l'essentiel conservé le pouvoir, perpétuant une culture de l'impunité qui débouche aujourd'hui sur une flambée de criminalité sans précédent et une tendance accélérée à la colombianisation du système politique guatémaltèque par les trafiquants de drogue. Concrètement, cela donne un des plus hauts taux d'homicide au monde (presque 6000 morts en 2006), des militaires des anciens «escadrons de la mort» recyclés dans les activités mafieuses, le cancer du gang des Mara Salvatrucha et, sur le plan politique, l'assassinat de plus de 50 candidats et militants au cours de la campagne électorale.

Les deux candidats présidentiels en lice au second tour du 4 novembre prochain, arrivés presque à égalité dimanche, n'ont eu de cesse de promettre de lutter contre l'insécurité. Le plus à droite, le général Otto Pérez, fut chef du renseignement militaire de 1960 à 1996. Ni l'un ni l'autre n'ont en revanche promis de faire payer leurs impôts aux entreprises, sans lesquels l'exsangue État guatémaltèque ne pourra tout simplement pas remplir ses responsabilités. Le plus désespérant, selon cette logique élémentaire, est que le prochain président n'aura ni la volonté ni le pouvoir d'y changer quoi que ce soit.
 
 
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    14 septembre 2007 07 h 20
    Le Guatemala, un pays démocratique (sic).
    Le Guatemala.
    Y a-t-il eu beaucoup d'articles dénonçant la démocratie louche et la mauvaise gestion économique de ce pays?

    80% de pauvreté.
    Est-ce un gouvernement de gauche s'en mettant plein les poches qui gère ce pays?

    Une population à 60% indigène.
    Combien y a-t-il de représentants indigènes à ce parlement démocratique?

    Environ 50 assassinats politiques lors de la dernière campagne présidentielle.
    Combien d'analystes ont noté la piètre démocratie de ce régime?

    Combien y a-t-il eu d'observateurs étrangers lors du dernier scrutin?
    L'institut Carter y était-il ?
    L'OEA y était-elle?

    Y a-t-il quelqu'un qui met en doute la qualité de la démocratie dans ce pays?

    Ce pays qui a failli avoir le siège temporaire au conseil de sécurité de l'ONU.
    Ce pays appuyé par la démocratie états-unienne. Ce pays rival du Venezuela dans la course au siège du conseil de sécurité.

    Combien avez-vous lu d'articles concernant l'état de la démocratie au Venezuela?
    Beaucoup, n'est-ce pas. Combien y a-t-il eu d'assassinats politiques depuis 8 ans au Venezuela?
    Qu'ont dit les observateurs étrangers invités par le gouvernement vénézuélien lors des nombreux scrutins?
    Comment se porte la pauvreté depuis 8 ans au Venezuela?
    Combien d'articles avez-vous lus sur la situation tragique des conditions de vie des Vénézuéliens? Beaucoup, beaucoup, la bête noire, le diable...

    Combien au sujet du Guatemala? Aucun. C'est un pays de "démocratie" (sic) tranquille (sic).

    Pourtant, la situation tragique se trouve au Guatemala. La terreur menée sur ceux qui prônent un changement au Guatemala, leur assassinat, est notable. Qui donc s'en offusque?
    Personne. On note la situation, la situation est tout de même criante, mais on ne s'en offusque pas, personne ne crie au régime totalitaire ou dictatorial. Qui donc crie à la dictature au Venezuela? Beaucoup.

    Pourtant, il y a la réalité. Si un jour Rigoberta Menchu parvient à la présidence, on commencera alors à s'alarmer sur le sort des pauvres Guatémaltèques. Les articles et analyses alarmistes se suivront à la queue leu leu. La droite organisera des grèves, on dira que Rigoberta ne livre pas la marchandise, que la population déçue, ne la supporte plus, qu'elle nuit à l'entreprise privée avec ses menaces de nationalisation et qu'elle est totalement incompétente pour gérer un pays. On nous dira qu'un autre régime dictatorial est en train de se mettre en place. La même nouvelle, à peu de variantes près, qu'on nous a livrée jadis au Nicaragua, au Venezuela, au Chili la semaine dernière, en Uruguay, au Brésil, bref, partout ou des gouvernements ayant l'intérêt de la population, minent les profits des exploitations des multinationales et de la riche oligarchie.

    Pour l'instant, au Guatemala, avec une oligarchie en contrôle, on peut assassiner, on peut jouer à la démocratie, tout va bien. Le pays est un pays libre et "démocratique", tout comme la Colombie, ils seraient les bienvenues au conseil de sécurité de l'ONU, tandis que les régimes «totalitaires» (sic) comme le Venezuela, la Bolivie, l'Équateur ou le Nicaragua sont bloqués à l'ONU. Pourtant, la réalité humaine est tout autre. Les indigènes de Bolivie, du Venezuela, ont retrouvé leur dignité d'êtres humains et sont devenus des citoyens à part entière.

    60% d'indigènes au Guatemala, Rigoberta reçoit 3% des voies. Combien d'indigènes existent au Guatemala? Combien ont des papiers pour pouvoir aller voter?
    Au Venezuela, avant Chavez, les indigènes n'existaient pas dans les registres de l'État. La plupart sans papier, le scrutin leur était interdit. Une des premières actions du gouvernement bolivarien, fut de reconnaître et de recenser tous les habitants du pays. Maintenant la totalité du peuple vénézuélien peut voter.

    Il faut avoir les yeux et l'esprit bien ouverts pour voir la réalité des choses.
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    14 septembre 2007 08 h 17
    Un peuple paisible.
    J'ai vécu 2 mois au Guatemala. J'ai été charmé par ces petits indigènes sympathiques. Ils ont tous une certaine timidité et une chaleur humaine dans leurs yeux. Lorsqu'ils reviennent de leur plate-forme en culture dans la montagne, ils vous saluent tous, avec un large sourire, comme si vous leur faisiez l'honneur de les visiter.

    Le peuple le plus paisible que j'ai rencontré.

    Pourquoi ne votent-ils pas pour Rigoberta?
    Les indigènes guatémaltèques ne votent pas, point à la ligne.
    Dans leurs montagnes, dans leurs rangées de maïs, trop occupé à faire pousser leur pitance, et à être, tout simplement heureux, la politique n'existe pas. Ceux qui ont eu l'idée de s'intéresser un peu trop à la politique, ont été liquidés et jetés dans des fosses communes.

    Après des années d'élimination d'autochtones trop politisés (pendant la guerre civile), on comprend facilement pourquoi ce peuple paisible se tient loin des élections.
    De leur faire oublier les horreurs associées aux mouvements politiques et de leur faire prendre conscience de leur devoir de citoyens lors d'élections, est un défi de taille pour Rigoberta Menchú, surtout avec les maigres moyens qu'elle a.
    Rigoberta ne représente pas encore une réelle menace pour la riche oligarchie guatémaltèque.
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  • André Loiseau - Abonné
    14 septembre 2007 23 h 24
    À M.Charbonneau
    La réaction du lecteur Serge Charbonneau est aussi pertinent que celui de M.Taillefer. Il vaut souvent la peine, dans ce journal, de lire certains lecteurs (M.Berger en est un autre)pour avoir un complément d'informations et plusieurs devraient être publiés dans la version papier de Lettres des lecteurs.
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