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Afghanistan - Stratégie globale: sécuriser d'abord le territoire

L'ONU coordonne l'organisation politique et le développement économique

Les soldats du 22e régiment basé à Valcartier viennent d'arriver à Kandahar, où ils se retrouvent au coeur des opérations dans la province du même nom. Pour les six prochains mois, ils seront de faction sur la ligne de feu. Leur mission est dangereuse. Déjà trois d'entre eux sont tombés, victimes de mines. Depuis 2002, soixante-dix militaires canadiens sont décédés. Directeur adjoint du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, Marc André Boivin expose l'architecture de la mission militaire en Afghanistan et le rôle des soldats canadiens sur le terrain.

Avec toute l'attention portée aux décès de soldats, on pourrait croire que l'action du Canada en Afghanistan se limite à l'envoi d'un contingent militaire à Kandahar pour faire la guerre. Pourtant, outre un déploiement militaire plus complexe qu'il n'y paraît, cette action comporte aussi une dimension politique et un programme d'aide au développement majeurs. L'intervention canadienne dans son ensemble est par ailleurs intégrée à un effort international associant directement une quarantaine de pays, l'OTAN et l'ONU.

Forces spéciales

Trois missions principales sont au centre de ce dispositif. Il y a d'abord une mission sous direction américaine, chargée de s'attaquer directement à tout ce qui est rattaché au terrorisme. Héritière de l'opération «Liberté immuable» (mieux connue sous son appellation anglaise, «Enduring Freedom»), elle opère comme un commando de chasse prêt à réagir à toute information pouvant mener à la destruction ou à la capture d'éléments liés à l'insaisissable nébuleuse d'al-Qaïda.

Le Canada y participe depuis ses débuts en 2001, notamment par le biais de ses forces spéciales réunies sous la Deuxième Force opérationnelle interarmées. L'action de ces forces spéciales est entourée de secret. Cependant, leur profil en fait l'outil idéal pour mener des opérations coups de poing contre des groupuscules terroristes.

Assistance à la sécurité

La grande majorité des militaires canadiens envoyés en Afghanistan participent à une autre mission distincte, la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS). Créée par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU au début de 2002, la FIAS devait initialement s'occuper uniquement d'assurer une certaine sécurité dans la capitale, Kaboul, et ainsi donner un peu d'espace à un gouvernement provisoire embryonnaire. Au milieu de 2003, à la demande pressante du gouvernement afghan, le mandat de la FIAS est étendu à l'ensemble du pays. Pour mener à bien cette difficile tâche, l'OTAN accepte de reprendre sous son aile la FIAS. C'est dans le cadre de cette expansion que le Canada envoie son principal contingent dans la région de Kandahar.

La mise en place d'une présence militaire pour assurer la sécurité sur l'ensemble du territoire afghan pose à l'OTAN des problèmes difficiles à résoudre. Outre les défis inhérents à la géographie redoutable du territoire et aux conséquences de décennies de guerre, le principal écueil demeure le peu d'entrain manifesté par les pays membres de l'Alliance pour fournir des troupes et du matériel. L'élargissement de l'autorité de la FIAS à l'ensemble de l'Afghanistan ne pourra donc être complété qu'en octobre 2006, et encore, avec beaucoup moins de soldats qu'on était en droit d'espérer pour mener à bien leur tâche.

Actions civiles

Parallèlement à ce dispositif militaire bicéphale, un processus politique et un programme d'aide ont été mis en place. Dès la fin de 2001, un ensemble de leaders afghans ont été réunis à Bonn pour préparer l'après-talibans. Ils ont produit une feuille de route, y compris une demande adressée au Conseil de sécurité pour la création de la FIAS et la tenue d'élections présidentielle et législatives, qu'on désigne comme le «processus de Bonn». Ce processus a été suivi au début 2006 par le «Pacte pour l'Afghanistan». Il s'agit d'une entente en vertu de laquelle les contributeurs internationaux s'engagent à fournir un montant d'aide sur cinq ans avec, en contrepartie, une série d'objectifs à atteindre par le gouvernement afghan.

Pour coordonner l'action des diverses organisations d'aide et appuyer les efforts du gouvernement afghan pour mieux s'organiser, l'ONU a mis en place la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA). Opérant sous la responsabilité du Département des affaires politiques, et non du Département des opérations de maintien de la paix, cette mission est uniquement composée de civils.

L'action de la communauté internationale est pensée en fonction de trois piliers: la sécurité, la gouvernance et le développement. En théorie, le plan de match est dicté par le «Pacte pour l'Afghanistan», le processus politique et d'aide au développement est coordonné par le gouvernement afghan et appuyé par la MANUA, et la FIAS est un outil à son service (entre autres pour l'aider à former son armée et, au besoin, sécuriser des zones instables au-delà de son contrôle).

Dans les faits, cette architecture byzantine est soumise aux aléas de la volonté politique des principaux acteurs, en particulier celle des États-Unis, dont le rôle est central depuis le début. Par ailleurs, la présence internationale a beaucoup souffert des incohérences produites par la poursuite simultanée d'objectifs parfois contradictoires, tels la lutte contre le terrorisme, la reconstruction et la stabilisation de l'Afghanistan, l'élimination du trafic de la drogue et la mise en place d'une démocratie. Avec la hausse marquée des violences depuis 2005, on a pu constater en quoi les laissés-pour-compte du processus de Bonn ont tiré profit de ces failles.

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