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Crise politique japonaise - Abe joue son va-tout en changeant son équipe

27 août 2007  Actualités internationales
Tokyo — Humilié par une déculottée électorale, le premier ministre conservateur japonais Shinzo Abe joue aujourd'hui son va-tout en remaniant un gouvernement désavoué, et en réorganisant la direction de son parti déchiré, afin de regagner la confiance de ses compatriotes.

En cas d'échec, il y a peu de doute sur la fait que M. Abe sera condamné à quitter son poste.

«Il est probable que les appels à la démission se multiplieront si le remaniement ne stoppe pas sa chute de popularité, confortant les parlementaires de la majorité dans l'idée qu'ils ne pourront pas gagner les prochaines élections avec Abe à la barre», écrit le Tokyo Shimbun.

L'exercice est d'autant plus ardu que le premier ministre doit réconcilier un Parti libéral-démocrate (PLD, droite) tétanisé par la récente débâcle, et donc donner des gages à chaque clan du parti, tout en répondant aux attentes d'une opinion désenchantée.

Selon les prédictions, M. Abe, critiqué pour s'être entouré uniquement de proches dans l'équipe sortante — les médias se gaussaient du «gouvernement des copains» — devrait choisir des hiérarques expérimentés comme ministres.

«L'enjeu du remaniement ministériel est de rassembler un parti divisé et de gagner du temps jusqu'à ce que l'orage passe. Abe a tout intérêt à assurer le coup plutôt que prendre des risques», estime le politologue Shujiro Kato.

Les médias ont confirmé hier le départ du ministre des Affaires étrangères, Taro Aso, un homme politique populaire ancré à droite, qui va prendre le poste stratégique de secrétaire général du PLD.

Il est vrai que M. Abe est confronté à un adversaire redoutable en la personne du chef de l'opposition, Ichiro Ozawa, un stratège hors pair qui a juré sa perte.

Fort de son triomphe aux sénatoriales du 29 juillet, M. Ozawa veut pousser à la dissolution de la Diète et à des législatives anticipées.

Pour ce faire, il menace de bloquer au Sénat la prolongation de la mission «antiterroriste» japonaise dans l'Océan indien qui ravitaille les Américains dans leurs opérations en Afghanistan. Au grand dam de Washington. Certes, M. Abe jouit d'une majorité écrasante à la Chambre des députés et il peut imposer les lois qu'il juge cruciales. Mais, de facto, il sera obligé de composer avec l'opposition.

D'après les analystes, M. Abe, un patricien de 52 ans, doit non seulement changer d'équipe mais aussi de priorités, et abandonner son programme idéologique néo-conservateur pour revenir à des préoccupations terre à terre.

«Il y un fossé entre les priorités du gouvernement Abe et les électeurs. Le gouvernement doit s'occuper du quotidien des gens, se concentrer sur les réformes qui répondent aux besoins de la population», plaide Akihiro Ota, le chef du Komeito, petit parti bouddhiste, partenaire du PLD au pouvoir.

Le Komeito, hostile à la révision de la Constitution pacifiste de 1947, cheval de bataille de M. Abe, a chèrement payé son alliance avec le PLD, une partie de son électorat préférant voter pour l'opposition de centre-gauche.

Au sein même du PLD, le malaise s'est installé. M. Abe a été vertement critiqué par son parti qui a mis en doute son autorité et sa capacité à gouverner après les bévues et les scandales qui ont plombé son mandat et conduit le PLD à un cuisant revers.

Beaucoup doutent qu'un simple changement de têtes ministérielles sauvera celle de M. Abe.

Selon la rumeur, certains «ministrables» du PLD feraient tout pour éviter d'être appelés dans un gouvernement Abe qu'ils considèrent comme «un bateau en train de couler».

La cote du plus jeune premier ministre de l'après-guerre est en chute libre depuis des mois. Elle oscille actuellement entre 20 % et 30 %, selon les sondages.

Écrasé par l'ombre de son prédécesseur Junichiro Koizumi, M. Abe s'accroche pourtant, avec l'espoir que les caciques du PLD continueront à lui apporter leur soutien en l'absence de successeur désigné dans son camp.
 
 
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