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L'inflation chinoise pourrait avoir un impact sur l'économie mondiale

Les marchés dépendants des produits chinois à bas coût paieront plus cher leurs appareils ménagers, chaussures et autres importations

20 août 2007  Actualités internationales
Pékin — La flambée des prix de la viande et d'autres produits alimentaires pèse sur la vie quotidienne des Chinois, mais risque aussi d'avoir des répercussions sur l'économie mondiale, en poussant à la hausse les coûts de production et en limitant encore les importations chinoises.

Aujourd'hui, Zhang Xueyi, un cheminot de 31 ans, consacre un tiers de son salaire mensuel de 3000 yuans (420 dollars canadiens) à l'alimentation de la famille. «Si les prix continuent de grimper, il faudra bien payer. On économisera sur autre chose», explique-t-il dans l'allée d'un marché de Pékin, les bras chargés de sacs remplis d'oeufs, de légumes et de riz. Le prix de la viande a augmenté de 50 % en un an et ceux des oeufs et autres denrées suivent de près.

Après quatre ans d'une croissance économique record de 10 %, les analystes craignent que la pression économique n'entraîne un regain d'inflation. Pour l'instant, l'alimentation est le secteur le plus touché par la hausse des prix, avec un bond de 15,4 % le mois dernier par rapport à juillet 2006, ce qui amène la hausse moyenne des prix à la consommation à 5,6 %, un record depuis dix ans. La pénurie de viande de porc semble principale responsable de la progression.

Mais les salaires augmentent aussi (+21 % au 1er trimestre 2007 par rapport à la même période en 2006, rien que dans le secteur public), ainsi que les prix du pétrole et de l'électricité. Les records d'exportations et la fièvre boursière abreuvent l'économie en liquidités, stimulant la demande de biens manufacturés.

L'économie chinoise «pourrait être entrée dans une zone dans laquelle nous devrions rester sur nos gardes», déclarait la semaine dernière un responsable de la Banque centrale, Zhang Tao, cité par le journal d'État China Securities Times.

Produits plus chers

Si la tendance se confirme, son impact pourrait être ressenti à l'étranger, où les marchés dépendants des produits chinois à bas coût paieront plus cher leurs appareils ménagers, chaussures et autres importations. Le yuan se renforçant, les prix en dollars des produits chinois ont déjà augmenté de près de 10 % en deux ans. Les consommateurs chinois quant à eux pourraient économiser sur les biens d'importation, ce qui aggraverait le déséquilibre de la balance commerciale, à l'origine de tensions avec des partenaires comme les États-Unis.

La pression s'accroît aussi sur l'énergie car Pékin empêche les sociétés publiques de relever les prix au particulier, selon Nicholas Kwan, analyste à la banque d'investissement CLSA à Hong Kong. Les raffineries chinoises perdraient 5 dollars par baril de pétrole transformé en essence ou en diesel, affirme-t-il, estimant qu'il faudra rapidement augmenter les prix au risque sinon de provoquer une pénurie, les compagnies refusant de raffiner à perte.

Les dirigeants chinois surveillent attentivement la situation, gardant en mémoire qu'une inflation supérieure à 18 % par an a joué un rôle dans le déclenchement des manifestations pour la démocratie de la place Tiananmen, réprimées dans le sang en 1989. Le premier ministre, Wen Jiabao, a pris des mesures d'urgence pour stimuler la production alimentaire, et notamment l'élevage de porcs. Les autorités locales sont sommées de régler les factures d'épicerie des familles les plus pauvres. Depuis le début de l'année, Pékin a déjà relevé trois fois ses taux d'intérêt afin d'éviter l'affolement des prix, et les économistes s'attendent à une nouvelle hausse bientôt.

Jusqu'ici, la concurrence intense qui règne sur le marché chinois a empêché la plupart des fabricants de répercuter la hausse des coûts sur les prix de vente, mais les entreprises pourraient finir par s'y résoudre. «Si nous n'augmentons pas les prix, nous ne faisons pas de bénéfices», explique Meng Hesu, cadre chez un fabricant de nouilles, réagissant à l'accusation d'entente illégale sur les prix lancée par le gouvernement. Selon lui, l'enchérissement des matières premières a parfois réduit la marge des sociétés à un misérable 1 %.
 
 
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