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De Murad Khane à TV Hill

Des hommes entourent un marchand ambulant à l’ouest de Kaboul. En arrière-plan, une des collines encerclant la ville, qui sont envahies par des citoyens en quête d’un terrain sur lequel bâtir.
Photo : Pascal Ratthé
Des hommes entourent un marchand ambulant à l’ouest de Kaboul. En arrière-plan, une des collines encerclant la ville, qui sont envahies par des citoyens en quête d’un terrain sur lequel bâtir.
Des centres commerciaux, bâtiments tape-à-l'oeil souvent construits à la va-vite, poussent comme des champignons au milieu des ruines. Dans les quartiers résidentiels plus ou moins intacts, de bonnes maisons font souvent place à des palais construits dans le style «opium-baroque» par des seigneurs de la guerre ou par des barons de la drogue, ce qui est souvent synonyme en Afghanistan.

Murad Khane, un petit quartier historique au coeur du Vieux-Kaboul, a bien failli subir ce sort. Ce regroupement de hammams, de caravansérails et de résidences de marchands datant de la fin du XVIIe siècle a cependant échappé à la destruction à laquelle le gouvernement le vouait il y a moins de deux ans. Il a été sauvé grâce au travail d'une ONG qui jouit du soutien de deux personnalités de haut rang, le président afghan Hamid Karzaï et le prince de Galles.

Si de nombreux bâtiments ont été détruits par la guerre dans d'autres quartiers centraux, ceux de Murad Khane, qui sont aujourd'hui habités par des familles à revenus très modestes, ont surtout souffert d'un sérieux manque d'entretien.

Réhabilitation

La fondation Turquoise Mountain, créée en mars 2006 par l'aventurier et écrivain écossais Rory Stewart, se consacre actuellement à la réhabilitation des vieilles demeures de Murad Khane et à l'assainissement de ce quartier, tout en encourageant la renaissance de certains arts traditionnels comme la menuiserie, la poterie et la calligraphie, qui étaient en train de disparaître contrairement à d'autres, comme la fabrication de tapis, la couture et la broderie.

«Pour notre programme de réparation d'urgence, nous engageons les chômeurs du quartier. Le plein emploi est actuellement atteint, si bien que nous devons recruter à l'extérieur», signale Anna Woodiwiss, directrice des communications de la fondation.

La décrépitude était telle que des murs commençaient à s'effondrer. On a aussi enlevé les ordures qui, à certains endroits, s'accumulaient sur une épaisseur de deux mètres. On prévoit terminer cette année le pavage des ruelles et l'installation des infrastructures sanitaires.

Situé au coeur de l'activité commerciale traditionnelle de Kaboul, près de la rivière du même nom, Murad Khane possède deux mosquées, l'une sunnite et l'autre chiite.

«Nous avons choisi ce secteur parce qu'il est multiethnique et très visible, et aussi parce que les résidants étaient intéressés par ce que nous faisions», explique Anna Woodiwiss. «Nous voulons que Murad Khane devienne un carrefour culturel et commercial. Nous encourageons les artisans à s'y établir», ajoute-t-elle.

Certains de ces artisans sont déjà à l'oeuvre dans le quartier, comme Ustad Abdu Hadi qui, à 75 ans, a quitté son travail de vendeur de légumes pour venir enseigner la menuiserie qu'il connaît bien. Lui et ses apprentis restaurent les portes et les fenêtres finement sculptées dans le style kabouli ou nouristani.

À un kilomètre de Murad Khane, les locaux de la fondation Turquoise Mountain sont situés dans un ancien fort construit par un roi afghan qui l'avait offert en échange d'une épouse. Il appartient aujourd'hui à une riche Afghane qui habite à Delhi.

Les cours de menuiserie, de poterie et de calligraphie y sont dispensés. La fondation y procède également à des expériences visant à améliorer les techniques de construction et les matériaux traditionnels, dont les propriétés isolantes conviennent à ce pays aux écarts de température extrêmes.

Des étudiants en architecture de l'Université de Kaboul viennent y faire des stages, de même que des artisans en quête de perfectionnement.

«Les potiers d'Istalif, un village réputé pour cet art, viennent soit pour enseigner, soit pour perfectionner leur art. La plupart sont illettrés. On leur apprend à lire et à écrire afin qu'ils combinent la calligraphie à leur art», signale Brett Hanley, une anthropologue originaire de la Nouvelle-Écosse.

TV Hill

Certains quartiers bâtis sur les flancs de la colline appelée TV Hill sont aussi anciens que Murad Khane mais, à la différence de ce dernier, ils ne cessent de s'étendre. Les nouvelles habitations atteignent pratiquement les antennes de télévision dressées sur le sommet de la colline.

D'environ un million en 2001, la population de la capitale afghane a gonflé pour atteindre aujourd'hui 2,5 millions selon l'Office national de la statistique, trois millions selon les Nations unies.

Les habitants, qui affluent de la vallée voisine du Panshir, mais aussi de provinces plus ou moins lointaines, bâtissent leurs maisons sur les terres publiques, mais ils doivent parfois payer le terrain à des «propriétaires» qui avaient accaparé plus de terrains que ne le justifiaient leurs propres besoins.

Plusieurs familles ont été obligées de quitter TV Hill en 2001, quand on a constaté que les lieux étaient remplis de mines antipersonnel. Les opérations de déminage, complétées à 90 %, ont permis le retour de la majorité d'entre elles.

Ayoub Khan, un sympathique septuagénaire, habite ici depuis 40 ans. Arrivé de la province de Paktia il y a quarante ans, cet ancien chauffeur à la retraite a construit sa maison avec son cousin. Ses deux fils travaillent aussi comme chauffeurs, pour une société allemande. Il aime plus ou moins la vie sur TV Hill. «La vie est dure, il faut marcher pour aller chercher l'eau. Parfois il n'y a tout simplement pas d'eau.» Il a acheté un âne pour transporter ses provisions parce qu'il n'a pas les moyens de payer des porteurs.

Djan Mohammed travaille à l'hôtel où nous résidons. Il est venu habiter ici peu après la chute des talibans en 2001. Comme la plupart des résidants, il ne possède pas de voiture et doit franchir plusieurs kilomètres à pied pour se rendre au travail. Il habite chez son oncle en attendant d'avoir fini de construire la maison qu'il habitera avec sa fiancée. «Nous sommes contents de vivre ici, il y a plus de vent et moins de poussière que dans la plaine», explique-t-il.

La plupart des enfants de TV Hill fréquentent l'école dans un quartier situé plus bas, pendant une demi-journée comme c'est la norme en Afghanistan. Ils doivent faire la corvée de l'eau jusqu'à cinq fois par jour, mais ils trouvent le temps de jouer au foot ou à la tag, même s'ils ne disposent pas d'un terrain de jeu pour ce faire. Les filles, de leur côté, jouent à la marelle.

Le jeune Najibullah (aucun lien avec l'ancien dictateur communiste) aime regarder les dessins animés à la télé. Il aime aussi suivre les exploits de l'équipe de football brésilienne. Et il est très content d'avoir vu récemment l'équipe afghane l'emporter sur celle de l'Iran.

Habitant à un jet de pierre des antennes de transmission, les habitants du versant ouest de TV Hill regardent deux chaînes privées. La télé nationale ne leur est pas accessible, un ressaut de la montagne en bloquant le signal.

***

Claude Lévesque et Pedro Ruiz ont séjourné en Afghanistan avec l'appui de l'Agence canadienne de développement international.
 
 
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  • Francois Dufault
    Inscrit
    samedi 28 juillet 2007 09h58
    Bravo
    Beau reportage, bien décrit et surtout qui démontre qu'il y a beaucoup d'espoir pour cette nation qui a tant besoin de paix.
    Merci de partager.

  • Guy Roy
    Inscrit
    samedi 28 juillet 2007 14h51
    Tout ce branle-bas en Afghanistan
    On est loin des Rallyes Tiers-Monde de notre jeunesse. La solidarité internationale est devenue affaire d'État ... armée.
    Il est heureux de voir tant de monde en même temps affirmer ces valeurs d'entre-aide entre les peuples. Mais il y a un hic : ça ressemble tout à coup à cet intérêt accéléré pour la cause de l'égalité des femmes autour de l'affaire des accomodements raisonnables.
    C'est trop tard, trop peu et hypocritement supposé favorable aux Afhghan-ne-s. La solidarité internationale est autre chose, déterminée au tout début de cet engagement il y a longtemps. Entre autre elle s'identifie à la promotion d'une intervention pacifique et en respectant l'indépendance des peuples, leur autodétermination.
    Les coopérant-e-s et ONG qui participent à l'opération de camouflage d'une occupation armée se trompent lourdement. Même en y sauvant les centre-villes menacés. Ils-elles font le jeu d'une opération guerrière impérialiste.
    Pendant ce temps notre Premier Ministre va cautionner l'assasinnat de syndicalistes en Colombie et avoue devant le monde entier que les affaires passent avant la défense des droits humains.
    J'en suis presque venu à un appui à ces positions : que les armes parlent. Qu'elles tranchent les conflits politiques d'une manière qui pourrait bien marquer un autre genre d'évolution que le monde a connu lors de la longue et courageuse lutte contre le colonialisme d'après guerre des peuples du Tiers-Monde. On n'en a pas encore fait le constat en haut lieu (à moins que l'on ait cyniquement fait le calcul d'une possible guerre à gagner), mais il y a maintenant des peuples libres qui se défendent contre ce nouveau monstre né du 11 septembre : la justification ou l'amalgame entre guerre de conquête et solidarité internationale. Déjà Reagan manifestait sa crainte des "votes automatiques" à lONU. Une majorité de l'humanité pauvre s'y manifestait pour dire "non". C'était le début d'un apprenrissage qui les amènera à dire "oui" à la solidarité Sud-Sud à laquelle Cuba n'aura pas fourni une mince contribution. Le Venezuela suit en étendant même sa solidarité aux pauvres des États-Unis auxquels il a distribué du pétrole gratuitement pour passer à travers l'hiver de New-York.
    L'ignorance ou la cynique politique de maitien d'un statut quo mondial, de plus en plus militarisé, face à la pauvreté et la décrépitude de ces peuples qu'on tentent de "développer" sans leur concentement, mais les armes à la main, ne pourra indéfiniment se cacher sous l'étiquette d'un humanisme, que l'on trahi de toute façon, pour y substituer une nouvelle agressivité contre les insoumis du monde.
    Oui, devant le choix d'être "avec vous ou contre vous", M. Bush, les peuples pourraient bien choisir de dire encore "non" et déployer un mouvement anti-impérialiste encore plus large, maintenant que l'ambïgu "soutien" de l'URRS n'existe plus. Les bourgeoisies compradores (ou collaboratrices) vacillent sur leur socle ou en tout cas se compromettent à ce point avec la cible des luttes qu'elles y perdront encore des plumes.
    La solidarité internationale authentique y trouvera une nouvelle jeunesse et s'enseignera désormais dans les écoles du Tiers-Monde comme l'histoire des luttes, pacifiques ou non, qui continueront à changer le monde dans le sens qu'il devienne plus vivable pour la majorité.

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