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Ex-dissidente soviétique - Lioudmila Alexeeva a 80 ans

21 juillet 2007  Actualités internationales
Lioudmila Alexeeva
Photo : Agence France-Presse
Lioudmila Alexeeva
Moscou — L'ancienne dissidente soviétique Lioudmila Alexeeva, l'une des rares personnes à dénoncer sans relâche l'arbitraire judiciaire et la montée de l'autoritarisme en Russie, a fêté vendredi ses 80 ans.

Le visage encadré d'un carré de cheveux blancs et barré de grosses lunettes, cette infatigable vieille dame est de toutes les batailles. ier encore, elle a appelé l'opposition très divisée à taire ses dissensions. «Les défenseurs des droits de l'homme ont appris ce que nos politiciens ne savent pas encore faire, ne plus tirer la couverture à soi», a-t-elle lancé aux opposants politiques venus la fêter.

Les exactions en Tchétchénie, les prisonniers brutalisés, les expulsions illégales d'étrangers, les condamnations sur la base de faux témoignages: elle répond toujours présente, organise des conférences de presse, laisse son numéro de téléphone portatif aux personnes se sentant menacées.

Tout comme à l'époque de l'URSS elle aidait les familles des condamnés au goulag, collectant de l'argent, envoyant des paquets.

«Lioudmila est devenue un pont entre le passé et le présent. Elle relie l'action de défense des droits de l'homme maintenant avec l'action dissidente», dit son ami Alexandre Daniel, fils de Iouli Daniel, condamné en 1966 à cinq ans de camp à l'issue du célèbre procès des écrivains Daniel et Siniavski.

«On a arrêté mes deux parents quand j'avais 17 ans et à l'époque, je voyais souvent Lioudmila Mikhaïlovna. Elle me préparait des boulettes de viande panées», raconte-t-il à l'AFP.

Cette femme douce, considérée comme une modérée parmi les défenseurs des droits de l'homme, donne un verdict sévère de la situation de la société civile depuis l'élection du président Vladimir Poutine en 2000.

«La Russie a cessé d'être un pays libre et nous devons apprendre à défendre nos droits dans une situation d'absence de liberté», disait-elle en décembre 2005 lors d'un congrès d'ONG à Moscou.

Celle qui reconnaît «sans honte» avoir pleuré en apprenant la mort de Staline en mars 1953 a vu à la même époque ses convictions s'effondrer lors des révélations du chef de la police politique, Lavrenti Beria, sur les purges staliniennes.

La jeune professeure d'histoire de la banlieue de Moscou était issue d'une famille de communistes sincères. Son père économiste et sa mère mathématicienne «vénéraient Lénine», dit-elle. «Mon père avait son portrait sur son bureau et dans ma chambre, il avait mis le portrait de Lénine enfant.»

Mais dès 1956 son appartement devint un lieu de rencontre de l'intelligentsia moscovite et de diffusion et de conservation du samizdat, les publications clandestines des dissidents soviétiques.

Elle dénonçait les asiles psychiatriques, était en relation avec l'étranger auquel elle transmettait des informations sur les répressions politiques. À partir de 1968, elle devait subir à maintes reprises interrogatoires et perquisitions.

Lioudmila Alexeeva dut quitter l'URSS en 1977, s'exilant aux États-Unis. Elle ne revint à Moscou qu'en 1990 et n'obtint la citoyenneté russe que trois ans après.

Aux États-Unis, elle a publié en 1984 L'Histoire de la pensée dissidente en URSS.

Hier, devant les opposants, Mme Alexeeva a dit tenir son «optimisme» de sa lutte de dissidente dans les années 1960: «Nous étions un microcosme invisible, en lutte contre une superpuissance, l'URSS», qui semblait alors indestructible et s'est finalement effondrée en 1991.
 
 
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