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Irak - 85 morts dans un double attentat à Kirkouk

L'attaque risque de relancer les tensions ethniques entre Kurdes, Arabes et Turcomans

Le cratère laissé par l’explosion d’un camion piégé au marché de Kirkouk.
Photo : Agence Reuters
Le cratère laissé par l’explosion d’un camion piégé au marché de Kirkouk.
Un double attentat au camion et à la voiture piégés a fait au moins 85 morts et 180 blessés hier sur un marché de Kirkouk, dans le nord de l'Irak, rapporte la police, selon laquelle ce bilan pourrait s'alourdir.

Au sud de Bagdad, où cinq soldats irakiens ont été tués par une bombe, 8000 militaires américains ont lancé une nouvelle opération contre les activistes d'al-Qaïda.

À Kirkouk, des corps ont été projetés sur toute l'étendue du marché, plusieurs dizaines de véhicules ont pris feu et les passagers d'un autobus, pris au piège, ont été brûlés vifs. L'attentat suicide au camion piégé a été commis non loin d'un bureau de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), parti du président irakien Djalal Talabani. La voiture piégée a été mise à feu quelques minutes plus tard, dans le quartier commerçant d'Iskan, près d'un dépôt d'autobus.

Peu après, une autre voiture piégée explosait dans le sud de la ville, tuant un policier et en blessant quatre autres. Un quatrième véhicule piégé a également été découvert et sa charge explosive désamorcée.

La ville multiethnique de Kirkouk était jusqu'à maintenant considérée par les autorités américaines et irakiennes comme un espoir pour la capitale, Bagdad, avec un niveau de violences jugé relativement modéré. Mais l'explosion d'une voiture piégée, dans la troisième ville du pays, riche en ressources pétrolières, risque de relancer encore les tensions ethniques entre Kurdes, Arabes et Turcomans. En outre, la perspective d'un référendum avant la fin de l'année sur l'adhésion ou non de Kirkouk au gouvernement régional autonome du Kurdistan accentue les crispations dans la région.

Avant l'attentat, des officiers américains basés à Kirkouk avaient évoqué «un niveau de violence acceptable» pour l'Irak, avec des explosions d'engins piégés, des enlèvements et des échanges de coups de feu, mais jamais d'attaque d'une telle ampleur.

Comme c'est le cas à Bagdad, deux communautés minoritaires à Kirkouk — les Arabes et les Turcomans — boycottent le gouvernement, estimant qu'ils sont victimes d'injustices et qu'ils profitent très peu des richesses du pays.

De plus, des Arabes sunnites insurgés ont pris racine dans les villages ruraux du sud-ouest, où des membres d'al-Qaïda ont trouvé refuge après avoir fui les assauts des militaires américains, accentués par des renforts supplémentaires dans la région de Bagdad.

Les Kurdes de Kirkouk, chassés de leurs terres dans les années 1970 par le régime de Saddam Hussein, dominé par les sunnites, y sont revenus en force après la chute de l'ancien président en 2003 et ils aimeraient voir leur ville rejoindre le Kurdistan autonome.

De leur côté, les Arabes sunnites — dont bon nombre sont venus habiter la région dans les années 1970, encouragés par l'ancien régime — et la communauté très ancienne des Turcomans veulent repousser le référendum jusqu'à ce que le pays retrouve une certaine stabilité. Ces derniers «sont préoccupés par le référendum, car ils pensent que s'il a lieu, Kirkouk va devenir une partie du Kurdistan. Ils s'attendent à être victimes de marginalisation et de discrimination», explique un représentant turcoman du conseil provincial, Tahsin Kahya.

Nombre de Turcomans estiment que la domination déjà exercée par les Kurdes dans la ville est un avant-goût de ce qui les attend si Kirkouk rejoint le Kurdistan autonome. «Ils disent que c'est une démocratie, mais les Kurdes contrôlent tout. Ils sont la nouvelle dictature, le nouveau Saddam», peut-on lire dans un journal arabe dont le rédacteur a conservé l'anonymat par crainte de représailles.

De telles idées sont partagées dans d'autres parties du pays, où de nombreux Arabes sunnites — qui n'ont jamais partagé les recettes pétrolières sous Saddam Hussein — pensent que le nord du pays riche en pétrole est déjà aux mains des Kurdes.

Les Kurdes, qui occupent déjà les postes-clés de maire, de gouverneur et de chef de la police à Kirkouk, ainsi que la plupart des sièges de l'assemblée provinciale, ont demandé au premier ministre Nouri al-Maliki que le référendum se tiennent avant le 31 décembre, comme le prévoit l'article 140 de la Constitution.

Offensive

L'offensive entamée hier dans une région agricole proche de Bagdad vise à enrayer l'afflux d'armes et de combattants islamistes dans la partie sud de la capitale, où les forces américaines et irakiennes ont le plus grand mal à les repousser, a fait savoir l'armée américaine.

Des troupes aéroportées se sont déployées avant l'aube dans une zone considérée comme un repaire d'al-Qaïda, aux abords de la vallée de l'Euphrate, à 35 km au sud de Bagdad.

Ce secteur, sillonné de canaux, a été précédemment le théâtre de combats intenses entre forces américaines et activistes. Un raid aérien au moins a été effectué dans les premières heures de l'opération, a déclaré un porte-parole militaire.
 
 
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