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La rupture

L'assaut mené par l'armée pakistanaise contre la Mosquée rouge est le signe avant-coureur d'un divorce. D'une séparation probable entre l'oligarchie militaire, qui domine dans les faits le pays depuis la partition de l'Inde en 1947, et ses alliés de toujours: les leaders islamistes. Un chapitre est clos, un autre s'amorce qui s'annonce sanglant.

Dans le paysage religieux du Pakistan, la Mosquée rouge occupe une place particulière, voire prépondérante. Car à la faveur du coup d'État mené par le général Zia ul-Hak en 1977, et surtout de sa politique de réislamisation musclée des esprits, cette institution s'était transformée en un creuset des mouvements radicaux avant de se muer en chef-lieu du courant déobandi, qui prône un retour radical, ou plutôt une adhésion fanatique à la lecture littérale du Coran.

C'est là que le corpus idéologique des talibans s'est forgé. C'est par là également que transitaient encore récemment les djihadistes décidés à combattre en Afghanistan. C'est là aussi qu'a été planifiée l'expansion du réseau des madrassas, les écoles coraniques, à travers le pays. C'est là enfin qu'allaient prier les membres du... gratin politique et militaire du Pakistan!

À l'origine de l'assaut des derniers jours, il y a une décision municipale prise en janvier dernier. De quoi s'agit-il? Les autorités concernées, voulant récupérer les terrains sur lesquels les responsables de la Mosquée rouge avaient édifié illégalement ses écoles, avaient ordonné leur destruction. Ces derniers ont refusé, voire se sont obstinés parce que certains que les alliances nouées au sein de l'appareil d'État feraient pression pour que l'arrêt soit renversé. Et là, nous touchons au coeur du sujet, soit cette association, cette connivence de toujours entre religieux et militaires.

Dans une récente livraison de Current History, Husain Haqqani, directeur du Center for International Relations de l'Université de Boston, souligne que, dès la naissance du Pakistan en 1947, les dirigeants s'employèrent à instrumentaliser l'islam afin d'atteindre deux objectifs. Le premier? Cimenter les factions ethniques et linguistiques à coups de versets coraniques. Le deuxième? Entretenir la ferveur religieuse pour mieux alimenter la composante par excellence de l'idéologie de l'État pakistanais, soit la haine et la peur de l'Inde.

Évidemment, cet usage aussi constant que forcené d'une fiction religieuse, parmi d'autres, a eu son lot de conséquences tangibles, observables. Ainsi que le détaille l'universitaire américain, au cours des soixante dernières années, les gradés, les généraux, ont capté l'essentiel du budget de l'État afin d'égaler l'effort militaire constaté en Inde. Ces derniers temps plus que jamais car, l'ennemi héréditaire ayant réussi, lui, à hisser le pays au deuxième rang pour ce qui est de la croissance du PIB depuis au moins dix ans, il est en mesure de dépenser bien davantage qu'auparavant.

Qui plus est, ce rapt des finances de l'État par les militaires a eu des effets aussi néfastes que durables. Le taux de chômage étant extrêmement élevé, on calcule que 51 % des Pakistanais vivent en dessous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté. Ce fiasco économique est largement attribuable à l'indifférence aussi criminelle qu'imbécile que l'élite manifeste encore et toujours en matière d'éducation. En maintenant le budget du ministère concerné à 2 % du PIB depuis 1947, alors que la proportion de personnes sachant lire et écrire était de 16 % seulement, le Pakistan compte aujourd'hui 65 % d'analphabètes. En Inde, la situation a été totalement renversée avec les résultats que l'on sait sur le front économique.

Cette déliquescence voulue de l'État a été largement entretenue par les satrapes de la religion. On ne doit jamais oublier que les militants du courant déobandi se distinguent notamment par ceci: le refus du progrès, de la modernité. Ils sont les héritiers directs de ces fous de Dieu qui interdirent l'usage de l'invention de Gutenberg pendant trois siècles parce que le premier livre imprimé s'appelait la Bible.

En ordonnant l'attaque contre la Mosquée rouge, le président Pervez Moucharraf vient de signaler une rupture avec les fondamentalistes. Vu l'évolution du contexte, il faut s'attendre à un bain de sang. Si le premier dispose de chars, de jeeps et d'autres quincailleries, les deuxièmes peuvent compter sur des millions de pauvres et d'illettrés facilement manipulables. Et tout cela parce que, lors du baptême de cette nation, on a gommé tout ce qui ressemblait de près ou de loin à la... raison.
 
 
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    12 juillet 2007 08 h 17
    BRAS DE FER PAKISTANAIS
    L'autorité pakistanaise choisit le bras de fer, probablement pour faire peur à ses ennemis de l'intérieur, à la place d'avoir simplement coupé l'eau et les vivres aux assiégés pendant quelques semaines pour les en faire sortir dans l'ordre. Ça fait que, tous ces morts, suit à l'attaque des lieux, vont fabriquer d'autres ennemis du pouvoir qui va mener à un probable bain de sang comme l'écrit M. Serge Truffaut dans son intéressante analyse d'aujourd'hui.
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  • Frans Van Dun - Abonné
    12 juillet 2007 08 h 22
    Éditorial éclairant
    Merci Serge Truffaut. Votre éditorial a éclairé ma lanterne en présentant les événements récents dans une perspective historique. Mais que d'incertitude. Qui en ce pays sera capable de renverser la vapeur ?
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  • andre drouin - Inscrit
    12 juillet 2007 14 h 03
    Holà Allah ! par André Drouin (Hérouxville)
    Déjà 200 millions de personnes égorgées en Indes depuis le début des combats entre musulmans Pakistanais et Hindous des Indes. Que les infidèles et les mécréants puissent tous être égorgés.La quête impérialiste n'a pas de fin.
    Monsieur Truffaut vous prédisez adéquatement le futur. N'oubliez quand même pas d'étroitement surveiller la Turquie dans les mois qui viendront bien assez vite....
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    12 juillet 2007 15 h 25
    Pas simple, la réalité!
    Monsieur Truffaut, vous oubliez ou omettez, tout le volet de l'influence états-unienne sur la politique pakistanaise. Les services secrets de la CIA ont travaillé main dans la main avec les services secrets pakistanais, l'ISI (Inter-Services Intelligence).
    Disons plutôt que l'ISI agissait sous les ordres de la CIA, pendant de longues années et probablement encore aujourd'hui.
    Nous devrons attendre une autre sortie de "Bijoux de famille" pour prendre connaissance de cette partie de l'histoire enfouie dans le secret d'État.

    L'histoire talibane est aussi intimement liée à cette mosquée rouge. Le financement pour armer ces fanatiques religieux recrutés presque mondialement, ne provenait pas des maigres revenus pakistanais. La riche Arabie Saoudite associée à l'intelligence états-unienne, a su débloquer les fonds nécessaires pour parvenir à utiliser le fanatisme pour déloger les communistes russes et pour ensuite prendre possession du territoire afghan.

    Les coups de barre politique du Pakistan ne sont pas que de la banale politique interne. Depuis des années, ce pays est utilisé par des intérêts beaucoup plus puissants.
    Moucharraf, n'a peut-être pas l'autonomie qu'on lui accorde.
    L'an passé, il s'est rebellé contre ses anciens amis états-uniens. Il a fait quelques déclarations osées. Il joue à la roulette russe. Ses jours sont comptés et peut-être pas par ceux à qui l'on peut penser en premier, c'est-à-dire, les fanatiques religieux, mais peut-être plutôt par les défenseurs de la démocratie.

    Daniel Pearl qui enquêtait sur ces alliances louches et sur le terroriste Richard Reid, a été enlevé au Pakistan. Il a payé de sa vie ses indiscrétions.
    Dans le monde dans lequel nous vivons, l'évidence est souvent un leurre. Le journalisme d'enquête se perd. On s'attarde à la surface et aux discours. Pendant ce temps, la réalité truffée de "Bijoux de famille", nous échappe.
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  • André Loiseau - Abonné
    13 juillet 2007 00 h 30
    Fallacieux intégrismes
    Le message des intégristes musulmans rejoint bien, par son illogisme, celui des Born again, c'est-à-dire, celui des créationnistes que M.Bush a déjà adopté avec ferveur. Dire qu'on a découvert un bébé mammouth congelé, la semaine dernière...!
    Il devait s'être échappé du Paradis terrestre.
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