Pakistan: les islamistes ébranlés
Le chef rebelle Abdul Rashid Ghazi et des dizaines de ses partisans sont tués lors de l'assaut de la Mosquée rouge
Photo : Agence France-Presse
Photo aérienne du site de la Mosquée rouge et de la madrassa prise par les forces pakistanaises au cours de l’assaut donné hier.
Après une semaine de siège de la Mosquée rouge, à Islamabad, les forces de sécurité pakistanaises ont mené un assaut contre le complexe, tuant le chef rebelle islamiste Abdul Rashid Ghazi et plus de 50 de ses partisans hier, après quinze heures d'affrontements. De violentes explosions et des échanges de tirs nourris ont d'ailleurs été entendus tout au long de la journée, tandis que des panaches de fumée s'élevaient au-dessus de la capitale pakistanaise.
À l'intérieur de la Mosquée rouge, des activistes ont formé un dernier rempart dans le sous-sol de l'école coranique où Ghazi a été tué, a indiqué le ministère de l'Intérieur. «Ghazi a été localisé dans le sous-sol et il lui a été demandé de quitter les lieux. Il est sorti en compagnie de quatre ou cinq militants qui ont continué de tirer sur les forces de sécurité», a expliqué Javed Iqbal Cheema, porte-parole du ministère de l'Intérieur. «Les troupes ont riposté et il a été tué au cours de l'échange de tirs», a-t-il ajouté.
Quelques extrémistes encore en vie ont continué de résister après sa mort, a-t-il ajouté. Ces informations laissent présager le pire quant au sort des femmes et des enfants encore présents dans le bâtiment. Selon les autorités, une centaine de militants commandés par des proches d'al-Qaïda ont pris le contrôle de la mosquée et retiennent trois à quatre cents étudiants, dont des femmes et des enfants, en tant que «boucliers humains». Le bilan pourrait donc s'alourdir au cours des prochaines heures.
Dans l'après-midi, des insurgés s'étaient remis à tirer du haut des minarets de la mosquée, a poursuivi le porte-parole pakistanais. Des commandos soutenus par des parachutistes ont pris le contrôle de la mosquée avant de venir à bout des éléments qui résistaient sur le toit de l'école. Ils sont ensuite descendus dans l'édifice.
Peu après, vers 19h30, heure du Pakistan, la tombée du soir s'est accompagnée d'un arrêt progressif des tirs. «L'opération touche à sa fin. Il reste un ou deux secteurs à nettoyer, ça ne prendra pas longtemps», a dit le général Waheed Arshad, porte-parole de l'armée. Le complexe compte pas moins de 75 pièces, que l'armée fouillait une à une.
Mais les combats ont repris dès l’aube. Tandis que le jour commençait à poindre dans le centre de la capitale pakistanaise, des déflagrations et des coups de feu d’armes légères ou automatiques pouvaient encore être entendus.
Huit soldats au moins ont été tués et 29 autres blessés durant l'assaut contre le complexe abritant le Lal Masjid (Mosquée rouge) et la madrassa (école coranique), avait indiqué Arshad auparavant. Cinquante insurgés avaient été capturés ou s'étaient rendus à ce moment-là. Avant l'assaut final, 21 personnes au moins avaient déjà trouvé la mort au cours du siège ordonné le 3 juillet par le président Pervez Moucharraf après une fusillade avec des étudiants armés.
L'assaut d'hier, baptisé «opération Silence», a débuté à 4h par des dizaines d'explosions et des tirs nourris. La mort de Ghazi a été annoncée vers 19h. La durée de l'opération s'explique par le fait que le complexe mosquée-école comprend plus de 70 salles et que les insurgés étaient armés de mitrailleuses et de grenades.
Coup dur pour les islamistes?
«Les activistes prennent position dans presque toutes les salles, ils combattent d'une pièce à l'autre, ils occupent des positions dans le sous-sol, dans les escaliers», avait rapporté Arshad pendant les combats.
Craignant qu'un grand nombre de femmes et d'enfants ne se trouvent à l'intérieur du complexe, l'armée s'est abstenue d'employer toute sa force durant l'assaut. Au moins 30 enfants et 24 femmes ont réussi à sortir. On ignore toutefois combien de personnes restaient à l'intérieur. Dimanche, les autorités avaient évalué leur nombre à entre 200 et 500.
Si l'assaut se soldait par des pertes importantes parmi les femmes et les enfants, il pourrait en résulter des répercussions graves pour Moucharraf, à qui l'opposition libérale demandait depuis des mois de régler le problème de la Mosquée rouge.
Beaucoup de ces femmes comptaient parmi les plus fervents fidèles du chef religieux rebelle. Six enfants ont dit avoir été détenus dans les sous-sols de la mosquée et être parvenus à s'échapper lorsque leurs gardes ont fui à l'arrivée des commandos, a dit le général Arshad.
Les autorités redoutaient des attentats suicide. Des responsables avaient rapporté lundi que des insurgés avaient distribué des ceintures d'explosifs. Le Lal Masjid est un bastion d'activistes connu depuis des années pour soutenir les talibans afghans et s'opposer au ralliement de Moucharraf à la guerre contre le terrorisme.
D'ailleurs, le gouvernement a estimé que la mort de Ghazi, le responsable adjoint de la mosquée, était un sérieux revers pour les rebelles, dont certains sont réputés pour être proches d'al-Qaïda et des talibans. «C'est un coup sévère pour les éléments extrémistes dans le pays et une leçon pour les autres», a estimé le porte-parole du ministère de l'Intérieur Javed Cheema.
L'assaut a été décidé après l'échec d'une ultime tentative de négociation, menée par des oulémas, qui avaient essayé d'obtenir l'évacuation des morts et des blessés. Le gouvernement avait exigé la reddition inconditionnelle de Ghazi et de ses dizaines de partisans armés, parmi lesquels figuraient des activistes recherchés.
Mais Ghazi avait réaffirmé dimanche sa volonté de mourir en «martyr» plutôt que de se rendre. L'homme, âgé de 43 ans, avait affirmé que 1800 personnes se trouvaient à ses côtés, promettant qu'ils étaient prêts à mourir en martyrs plutôt que de se rendre. Leur sang déclenchera la «révolution islamique», avait promis Ghazi.
Les États-Unis ont salué l'assaut donné par l'armée pakistanaise contre les islamistes retranchés dans la Mosquée rouge d'Islamabad, qualifiant de «responsable» l'attitude du gouvernement. «Le gouvernement pakistanais a agi de façon responsable sur cette question», a déclaré un porte-parole du département d'État, Tom Casey, notant que les autorités avaient donné «d'amples» occasions aux militants de se rendre pacifiquement.
«Ils ont fait un certain nombre d'efforts pour régler ceci pacifiquement. Il est certain que personne ne veut assister à des pertes humaines, et notamment des pertes de vies innocentes dans cette affaire, a ajouté M. Casey. Mais en fin de compte, la responsabilité de tous les gouvernements est de préserver l'ordre et de tenter d'agir contre les terroristes ainsi que les auteurs d'actes criminels.»
Le Devoir
Avec l'Agence France-Presse et Reuters
À l'intérieur de la Mosquée rouge, des activistes ont formé un dernier rempart dans le sous-sol de l'école coranique où Ghazi a été tué, a indiqué le ministère de l'Intérieur. «Ghazi a été localisé dans le sous-sol et il lui a été demandé de quitter les lieux. Il est sorti en compagnie de quatre ou cinq militants qui ont continué de tirer sur les forces de sécurité», a expliqué Javed Iqbal Cheema, porte-parole du ministère de l'Intérieur. «Les troupes ont riposté et il a été tué au cours de l'échange de tirs», a-t-il ajouté.
Quelques extrémistes encore en vie ont continué de résister après sa mort, a-t-il ajouté. Ces informations laissent présager le pire quant au sort des femmes et des enfants encore présents dans le bâtiment. Selon les autorités, une centaine de militants commandés par des proches d'al-Qaïda ont pris le contrôle de la mosquée et retiennent trois à quatre cents étudiants, dont des femmes et des enfants, en tant que «boucliers humains». Le bilan pourrait donc s'alourdir au cours des prochaines heures.
Dans l'après-midi, des insurgés s'étaient remis à tirer du haut des minarets de la mosquée, a poursuivi le porte-parole pakistanais. Des commandos soutenus par des parachutistes ont pris le contrôle de la mosquée avant de venir à bout des éléments qui résistaient sur le toit de l'école. Ils sont ensuite descendus dans l'édifice.
Peu après, vers 19h30, heure du Pakistan, la tombée du soir s'est accompagnée d'un arrêt progressif des tirs. «L'opération touche à sa fin. Il reste un ou deux secteurs à nettoyer, ça ne prendra pas longtemps», a dit le général Waheed Arshad, porte-parole de l'armée. Le complexe compte pas moins de 75 pièces, que l'armée fouillait une à une.
Mais les combats ont repris dès l’aube. Tandis que le jour commençait à poindre dans le centre de la capitale pakistanaise, des déflagrations et des coups de feu d’armes légères ou automatiques pouvaient encore être entendus.
Huit soldats au moins ont été tués et 29 autres blessés durant l'assaut contre le complexe abritant le Lal Masjid (Mosquée rouge) et la madrassa (école coranique), avait indiqué Arshad auparavant. Cinquante insurgés avaient été capturés ou s'étaient rendus à ce moment-là. Avant l'assaut final, 21 personnes au moins avaient déjà trouvé la mort au cours du siège ordonné le 3 juillet par le président Pervez Moucharraf après une fusillade avec des étudiants armés.
L'assaut d'hier, baptisé «opération Silence», a débuté à 4h par des dizaines d'explosions et des tirs nourris. La mort de Ghazi a été annoncée vers 19h. La durée de l'opération s'explique par le fait que le complexe mosquée-école comprend plus de 70 salles et que les insurgés étaient armés de mitrailleuses et de grenades.
Coup dur pour les islamistes?
«Les activistes prennent position dans presque toutes les salles, ils combattent d'une pièce à l'autre, ils occupent des positions dans le sous-sol, dans les escaliers», avait rapporté Arshad pendant les combats.
Craignant qu'un grand nombre de femmes et d'enfants ne se trouvent à l'intérieur du complexe, l'armée s'est abstenue d'employer toute sa force durant l'assaut. Au moins 30 enfants et 24 femmes ont réussi à sortir. On ignore toutefois combien de personnes restaient à l'intérieur. Dimanche, les autorités avaient évalué leur nombre à entre 200 et 500.
Si l'assaut se soldait par des pertes importantes parmi les femmes et les enfants, il pourrait en résulter des répercussions graves pour Moucharraf, à qui l'opposition libérale demandait depuis des mois de régler le problème de la Mosquée rouge.
Beaucoup de ces femmes comptaient parmi les plus fervents fidèles du chef religieux rebelle. Six enfants ont dit avoir été détenus dans les sous-sols de la mosquée et être parvenus à s'échapper lorsque leurs gardes ont fui à l'arrivée des commandos, a dit le général Arshad.
Les autorités redoutaient des attentats suicide. Des responsables avaient rapporté lundi que des insurgés avaient distribué des ceintures d'explosifs. Le Lal Masjid est un bastion d'activistes connu depuis des années pour soutenir les talibans afghans et s'opposer au ralliement de Moucharraf à la guerre contre le terrorisme.
D'ailleurs, le gouvernement a estimé que la mort de Ghazi, le responsable adjoint de la mosquée, était un sérieux revers pour les rebelles, dont certains sont réputés pour être proches d'al-Qaïda et des talibans. «C'est un coup sévère pour les éléments extrémistes dans le pays et une leçon pour les autres», a estimé le porte-parole du ministère de l'Intérieur Javed Cheema.
L'assaut a été décidé après l'échec d'une ultime tentative de négociation, menée par des oulémas, qui avaient essayé d'obtenir l'évacuation des morts et des blessés. Le gouvernement avait exigé la reddition inconditionnelle de Ghazi et de ses dizaines de partisans armés, parmi lesquels figuraient des activistes recherchés.
Mais Ghazi avait réaffirmé dimanche sa volonté de mourir en «martyr» plutôt que de se rendre. L'homme, âgé de 43 ans, avait affirmé que 1800 personnes se trouvaient à ses côtés, promettant qu'ils étaient prêts à mourir en martyrs plutôt que de se rendre. Leur sang déclenchera la «révolution islamique», avait promis Ghazi.
Les États-Unis ont salué l'assaut donné par l'armée pakistanaise contre les islamistes retranchés dans la Mosquée rouge d'Islamabad, qualifiant de «responsable» l'attitude du gouvernement. «Le gouvernement pakistanais a agi de façon responsable sur cette question», a déclaré un porte-parole du département d'État, Tom Casey, notant que les autorités avaient donné «d'amples» occasions aux militants de se rendre pacifiquement.
«Ils ont fait un certain nombre d'efforts pour régler ceci pacifiquement. Il est certain que personne ne veut assister à des pertes humaines, et notamment des pertes de vies innocentes dans cette affaire, a ajouté M. Casey. Mais en fin de compte, la responsabilité de tous les gouvernements est de préserver l'ordre et de tenter d'agir contre les terroristes ainsi que les auteurs d'actes criminels.»
Le Devoir
Avec l'Agence France-Presse et Reuters
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