Afghanistan - Des civiles pour armes de guerre
Impossible à vérifier, le bilan des morts civiles est devenu une arme de propagande
9 juillet 2007
Actualités internationales
Photo : Agence Reuters
Un policier afghan écoute attentivement les leçons données hier par des soldats canadiens dans un poste de police, à l’ouest de Kandahar.
Kaboul — Dans la lutte qui oppose talibans et militaires occidentaux en Afghanistan, le bilan des morts civiles constitue aussi une arme de propagande, d'autant qu'il est généralement très difficile de vérifier ces informations.
Ainsi, des anciens ont affirmé samedi que 108 civils, dont des femmes et des enfants, avaient été tués dans des bombardements dans l'ouest, tandis que dans le nord-est, des villageois faisaient état de 25 Afghans tués par des frappes aériennes, certains étant enterrés vivants lors des funérailles d'autres victimes dans un cimetière.
Des responsables américains et de l'OTAN ont déclaré ne disposer d'aucune information étayant ces allégations. Selon un militaire américain, des combattants talibans ont ordonné aux habitants de signaler la mort de civils dans les combats, même si c'était faux.
Même les responsables afghans qui ont relayé ces affirmations samedi ne pouvaient les confirmer: ces décès se seraient produits dans des régions dangereuses et reculées, inaccessibles aux journalistes et autres enquêteurs indépendants, en raison des combats et des routes fermées.
L'ONU non plus n'a pu vérifier les derniers bilans, reconnaît Adrian Edwards, porte-parole des Nations unies en Afghanistan, qui accuse les talibans d'utiliser des boucliers humains. «Si des chiffres sortent rapidement, à mon avis, il faut les prendre avec des pincettes. Mais cela n'aide pas non plus si les informations mettent deux ou trois semaines à sortir», explique-t-il.
Dans la province occidentale de Farah, le chef du conseil provincial, Abdul Qadir Daqeq, précise que les anciens du district de Bala Baluk ont déposé à son bureau une lettre faisant état de la mort jeudi et vendredi de 108 civils. Trente-trois militants auraient également été tués, et onze policiers ont été retrouvés décapités.
«La zone est sous le contrôle de l'ennemi. Personne ne peut se rendre à Bala Baluk pour savoir quel est le nombre exact de victimes. Je ne peux pas, les organisations humanitaires ne peuvent pas, les responsables du gouvernement ne peuvent pas», déplore M. Daqeq.
À l'OTAN, le commandant John Thomas, porte-parole, affirme que les bombardements aériens étaient nécessaires pour soutenir les forces afghanes dans la province de Farah, mais que les autorités ne disposent d'«aucune information» étayant les allégations sur les victimes civiles. Il a déclaré que des efforts importants étaient déployés pour «déplacer les civils des zones de combat avant le début de ceux-ci».
Dans la province de Kunar, dans le nord-est, le gouverneur Shelzai Dedar a appris de villageois que 25 civils auraient été tués pendant des combats qui ont par ailleurs coûté la vie à deux militaires de l'OTAN et deux soldats afghans ces derniers jours. Le gouverneur Dedar rapporte aussi la mort de 20 militants, alors que le ministère de la Défense en signale 37. D'autres responsables gouvernementaux croient savoir que des civils ont péri dans une frappe aérienne à Wata Pur.
Ce à quoi le commandant Thomas répond que l'OTAN est «aussi certaine qu'on peut l'être dans les circonstances actuelles de n'avoir tiré que sur des positions rebelles dans un secteur isolé, et que les seuls tués sont des insurgés». Il assure que les autorités sont «réellement intéressées» par toute information susceptible de confirmer les signalements de décès parmi les civils.
Le président Hamid Karzaï déplore régulièrement la mort de civils, et d'après un décompte de l'ONU et de l'agence Associated Press, les forces américaines et de l'OTAN ont fait davantage de victimes civiles que les talibans depuis le début de l'année. Environ 600 civils ont été tués par les deux camps.
Le lieutenant-colonel Rob Pollack, sur la principale base américaine, à Bagram, affirme que les talibans se battent dans des zones habitées, car les décès de civils alimentent le rejet des forces étrangères. Le dédommagement des familles des victimes pourrait aussi inciter à la dénonciation de morts civiles fictives, estime-t-il.
Mais Qari Yousef Ahmadi, qui se présente comme un porte-parole des talibans, assure que les milices fondamentalistes ne se battent jamais dans des maisons civiles et ne forcent pas les villageois à signaler des victimes.
Reste que plus de 3100 personnes, des talibans pour la plupart, sont mortes dans les violences liées à l'insurrection en 2007, selon les calculs de l'AP basés sur les déclarations officielles occidentales et afghanes.
Ainsi, des anciens ont affirmé samedi que 108 civils, dont des femmes et des enfants, avaient été tués dans des bombardements dans l'ouest, tandis que dans le nord-est, des villageois faisaient état de 25 Afghans tués par des frappes aériennes, certains étant enterrés vivants lors des funérailles d'autres victimes dans un cimetière.
Des responsables américains et de l'OTAN ont déclaré ne disposer d'aucune information étayant ces allégations. Selon un militaire américain, des combattants talibans ont ordonné aux habitants de signaler la mort de civils dans les combats, même si c'était faux.
Même les responsables afghans qui ont relayé ces affirmations samedi ne pouvaient les confirmer: ces décès se seraient produits dans des régions dangereuses et reculées, inaccessibles aux journalistes et autres enquêteurs indépendants, en raison des combats et des routes fermées.
L'ONU non plus n'a pu vérifier les derniers bilans, reconnaît Adrian Edwards, porte-parole des Nations unies en Afghanistan, qui accuse les talibans d'utiliser des boucliers humains. «Si des chiffres sortent rapidement, à mon avis, il faut les prendre avec des pincettes. Mais cela n'aide pas non plus si les informations mettent deux ou trois semaines à sortir», explique-t-il.
Dans la province occidentale de Farah, le chef du conseil provincial, Abdul Qadir Daqeq, précise que les anciens du district de Bala Baluk ont déposé à son bureau une lettre faisant état de la mort jeudi et vendredi de 108 civils. Trente-trois militants auraient également été tués, et onze policiers ont été retrouvés décapités.
«La zone est sous le contrôle de l'ennemi. Personne ne peut se rendre à Bala Baluk pour savoir quel est le nombre exact de victimes. Je ne peux pas, les organisations humanitaires ne peuvent pas, les responsables du gouvernement ne peuvent pas», déplore M. Daqeq.
À l'OTAN, le commandant John Thomas, porte-parole, affirme que les bombardements aériens étaient nécessaires pour soutenir les forces afghanes dans la province de Farah, mais que les autorités ne disposent d'«aucune information» étayant les allégations sur les victimes civiles. Il a déclaré que des efforts importants étaient déployés pour «déplacer les civils des zones de combat avant le début de ceux-ci».
Dans la province de Kunar, dans le nord-est, le gouverneur Shelzai Dedar a appris de villageois que 25 civils auraient été tués pendant des combats qui ont par ailleurs coûté la vie à deux militaires de l'OTAN et deux soldats afghans ces derniers jours. Le gouverneur Dedar rapporte aussi la mort de 20 militants, alors que le ministère de la Défense en signale 37. D'autres responsables gouvernementaux croient savoir que des civils ont péri dans une frappe aérienne à Wata Pur.
Ce à quoi le commandant Thomas répond que l'OTAN est «aussi certaine qu'on peut l'être dans les circonstances actuelles de n'avoir tiré que sur des positions rebelles dans un secteur isolé, et que les seuls tués sont des insurgés». Il assure que les autorités sont «réellement intéressées» par toute information susceptible de confirmer les signalements de décès parmi les civils.
Le président Hamid Karzaï déplore régulièrement la mort de civils, et d'après un décompte de l'ONU et de l'agence Associated Press, les forces américaines et de l'OTAN ont fait davantage de victimes civiles que les talibans depuis le début de l'année. Environ 600 civils ont été tués par les deux camps.
Le lieutenant-colonel Rob Pollack, sur la principale base américaine, à Bagram, affirme que les talibans se battent dans des zones habitées, car les décès de civils alimentent le rejet des forces étrangères. Le dédommagement des familles des victimes pourrait aussi inciter à la dénonciation de morts civiles fictives, estime-t-il.
Mais Qari Yousef Ahmadi, qui se présente comme un porte-parole des talibans, assure que les milices fondamentalistes ne se battent jamais dans des maisons civiles et ne forcent pas les villageois à signaler des victimes.
Reste que plus de 3100 personnes, des talibans pour la plupart, sont mortes dans les violences liées à l'insurrection en 2007, selon les calculs de l'AP basés sur les déclarations officielles occidentales et afghanes.
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