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Russie: L'opposition peine à se fédérer sous la bannière de Kasparov

Garry Kasparov, chef de file du mouvement L’Autre Russie, écoute le leader de l’opposition, Eduard Limonov, lors d’une conférence conjointe tenue hier, à Moscou.
Photo : Agence France-Presse
Garry Kasparov, chef de file du mouvement L’Autre Russie, écoute le leader de l’opposition, Eduard Limonov, lors d’une conférence conjointe tenue hier, à Moscou.
Moscou — Garry Kasparov, chef de file du mouvement L'Autre Russie, a appelé hier l'opposition à unir ses forces pour «démanteler» le régime mis en place par Vladimir Poutine, alors qu'elle reste lourdement handicapée par ses divisions internes.

«Le but est de réunir toutes les forces d'opposition, tous ceux qui sont d'accord avec notre objectif principal: démanteler ce régime qui pousse notre pays à la catastrophe», a déclaré l'ancien champion du monde d'échecs lors d'une conférence de L'Autre Russie, qui réunit un ensemble hétéroclite de forces d'opposition.

«Par nos actions conjointes, le jour s'approchera où il sera mis fin à l'activité de ce régime misérable, vendu et lâche», a-t-il poursuivi lors de cette conférence, organisée dans un hôtel au centre de Moscou.

Juste auparavant, les militants avaient rendu hommage à la journaliste d'opposition Anna Politkovskaïa, assassinée en octobre 2006, «victime de l'évolution politique» en Russie, selon l'ancien dissident Sergueï Kovalev.

Ouvrant une séance plénière devant quelque 400 délégués, après une série de tables rondes samedi sur le programme du mouvement à huit mois de l'élection présidentielle, Garry Kasparov s'est attaché à montrer que la stratégie de L'Autre Russie était payante depuis un an, au-delà des doutes.

Les «Marches du désaccord» organisées au printemps dans différentes villes de Russie et souvent dispersées brutalement par la police en sont, selon lui, la meilleure preuve. «Le Kremlin a peur depuis 2004 d'une Révolution orange (comme en Ukraine), d'une opposition sans contrôle», a affirmé Garry Kasparov, d'où selon lui «ces réactions violentes du pouvoir».

À Moscou et Saint-Pétersbourg, plusieurs milliers de personnes ont bravé les menaces de répression policière et manifesté contre le Kremlin. Ce mouvement a ainsi acquis une visibilité croissante, relayée surtout par la presse internationale, les médias russes, contrôlés pour l'essentiel par le Kremlin, restant plus timorés ou critiques.

Alors que les législatives de décembre et la présidentielle du printemps 2008 se profilent, le mouvement se doit désormais d'arrêter une stratégie électorale, soit un candidat et un programme, une tâche compliquée par dissensions entre ses leaders.

Le départ fracassant mercredi de l'ex-premier ministre libéral Mikhaïl Kassianov, qui s'impatientait de ne pouvoir imposer sa candidature à la présidentielle et a claqué la porte de L'Autre Russie, a jeté une ombre sur la conférence.

«Les dirigeants du mouvement n'arrivent pas à s'entendre. Mais peu importe le leader, il faut s'unir!», s'inquiète parmi d'autres Valeri Bytchkov, un délégué venu de la région d'Oulianovsk.

L'Autre Russie a dans ce contexte repoussé à octobre l'adoption d'une plateforme électorale, initialement prévue samedi. Le mouvement voudrait aussi que son candidat soit désigné à l'automne par les citoyens dans des sortes de primaires, une procédure inédite en Russie qui ne convainc pas tout le monde.

Outre M. Kassianov, déjà candidat, plusieurs personnalités ont fait part de leur intention de se présenter, dont un ex-président de la Banque centrale, Viktor Guerachtchenko, et l'ancien dissident Vladimir Boukovski qui vit à Londres.

M. Guerachtchenko a assuré dimanche à la radio Echos de Moscou qu'il ne «s'autodésignerait pas candidat» et a défendu la candidature de M. Kassianov, «un homme très compétent» a-t-il dit, semant un peu plus le trouble quant à ses intentions.

Garry Kasparov répète pour sa part qu'il ne se présentera pas.

La centaine de jeunes militants pro-Kremlin venus manifester devant l'hôtel ont accusé l'opposition d'être financée par Washington.

«Kasparov, Judas! Kasparov, valise, gare, Amérique!», ont-ils scandé. «Nous avons une belle Russie, nous aimons ce pays, nous ne voulons pas d'Autre Russie!».
 
 
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