Si tu veux la paix, prépare la guerre
Après la guerre du Liban, Tsahal retourne à ses «idées de base»
Photo : Agence Reuters
Les combattants chiites du Hezbollah ont su exploiter l’an dernier le manque de formation tactique des soldats de Tsahal.
Jérusalem — Si tu veux la paix, prépare la guerre, dit l'adage. Un an après les déconvenues des forces israéliennes face aux combattants du Hezbollah dans le sud du Liban, des dizaines de milliers de conscrits et de réservistes de Tsahal s'entraînent plus que jamais dans l'éventualité d'une guerre conventionnelle avec l'Iran ou la Syrie.
Exercices et formations militaires financés par des fonds d'urgence se sont enchaînés ces derniers mois avec une intensité jamais vue depuis de nombreuses années, et le gouvernement de l'État juif n'hésite pas à évoquer ouvertement la possibilité d'un conflit avec les forces de Damas ou celles de Téhéran, l'Iran étant en outre soupçonné de vouloir se doter de l'arme nucléaire.
«Une armée a deux raisons d'être: faire la guerre ou la préparer», lance le général Gabi Ashkenazi, qui a pris l'hiver dernier la tête de l'état-major de Tsahal après la démission du général Dan Halutz, contesté pour sa conduite de la campagne de 34 jours contre le Hezbollah en juillet et août 2006.
Si Israël, en état de guerre permanent depuis sa création en 1948, possède la machine militaire la plus redoutable du Proche-Orient, les leçons des affrontements de l'an dernier au Liban ont conduit le gouvernement à revoir les orientations adoptées ces dernières années pour revenir à ses classiques.
Rendus trop confiants par des succès faciles contre des militants palestiniens souvent mal organisés, mal équipés et combattants improvisés, les soldats israéliens ont souvent perdu de vue les exigences du combat conventionnel, estiment de nombreux observateurs.
Dangereuse, également, l'idée que la supériorité technologique, l'abondance d'un matériel ultra-perfectionné permettraient d'assurer la victoire sans avoir à occuper un vaste territoire avec de l'infanterie et des blindés, selon le schéma d'une guerre classique.
«Ashkenazi ne se fait pas d'illusions, une armée ne se juge pas sur le papier, dans des salles de conférences, mais sur le degré d'entraînement de ses hommes», souligne l'historien militaire israélien Martin van Creveld.
Les combattants chiites du Hezbollah ont su exploiter l'an dernier le manque de formation tactique des soldats de Tsahal.
Les commandos israéliens, reproduisant les méthodes utilisées contre les Palestiniens en Cisjordanie ou à Gaza, ont par exemple installé leurs postes de commandement dans des bâtiments abandonnés clairement identifiés par l'adversaire, ce qui en a fait des cibles faciles, ensuite, pour les roquettes du Hezbollah.
Les forces blindées israéliennes ont également subi des pertes sensibles lors de cette offensive, les miliciens chiites disposant d'armes antichars perfectionnées.
Le manque de coordination au sein de Tsahal a parfois conduit à des «bavures», comme lorsque deux soldats ont été écrasés par un de leurs propres chars.
«Il faut comprendre que ça n'avait rien à voir avec la guerre contre les Palestiniens, qui n'ont ni nos armes, ni nos capacités logistiques», explique Nissim Houri, un lieutenant-colonel de réserve dont le régiment s'est battu au Liban et a été préparé spécialement à l'éventualité d'un conflit avec la Syrie.
«Ce qui s'est passé au Liban, et ce qui se passerait probablement face à la Syrie, se rapproche plus d'une guerre intensive, avec des forces combinées de chaque côté. Cela signifie qu'il a fallu revoir totalement nos procédures», dit-il.
«Vieilles méthodes»
La guerre de l'an dernier contre le Hezbollah a coûté la vie à 117 soldats et à 41 civils israéliens. Côté libanais, on a dénombré 1200 morts, civils et militaires. Un cessez-le-feu conclu sous l'égide des Nations unies a été salué par les miliciens chiites comme une «victoire donnée par Dieu».
Ces derniers mois, les soldats israéliens se sont entraînés, parfois pendant des semaines, sur le plateau du Golan, pris à la Syrie en 1967, ou sur les bases du désert du Néguev, dans le sud du pays, à mener des attaques éclairs rappelant celles qui ont permis à Tsahal de vaincre les armées arabes en 1948, 1956, 1967 et 1973.
La nécessité d'une victoire rapide en cas de conflit est une évidence de plus en plus claire pour les stratèges israéliens, étant donné la vulnérabilité de l'État juif aux tirs de missiles sol-sol et de roquettes.
Selon le quotidien Yedioth Ahronoth, 3,3 millions d'Israéliens n'ont pas accès à des abris antiaériens en cas de bombardement.
«Dans les derniers scénarios de guerre, l'armée est obligée de prendre en compte le cas où un réserviste aurait à se poser la question "Que faire en premier — foncer vers les hauteurs du Golan pour défendre le pays, ou mettre ma famille à l'abri?"», écrit le journaliste Alex Fishman. «Dans le meilleur des cas, Israël aura un système opérationnel de défense antimissile dans trois ou quatre ans, peut-être... »
Si l'hypothèse d'une guerre avec la Syrie est largement évoquée en Israël, paradoxalement l'éventualité d'une reprise des négociations de paix avec Damas, suspendues il y a sept ans, n'est pas écartée.
«Il faut sans doute étudier les ouvertures faites par la Syrie, mais seulement sur une position de force», dit le vice-ministre israélien de la Défense, Matan Vilna'i. «Il faut partir du principe "Si tu veux la paix, prépare la guerre". Nous revenons à nos idées de base, aux formules qui nous ont réussi par le passé.»
Exercices et formations militaires financés par des fonds d'urgence se sont enchaînés ces derniers mois avec une intensité jamais vue depuis de nombreuses années, et le gouvernement de l'État juif n'hésite pas à évoquer ouvertement la possibilité d'un conflit avec les forces de Damas ou celles de Téhéran, l'Iran étant en outre soupçonné de vouloir se doter de l'arme nucléaire.
«Une armée a deux raisons d'être: faire la guerre ou la préparer», lance le général Gabi Ashkenazi, qui a pris l'hiver dernier la tête de l'état-major de Tsahal après la démission du général Dan Halutz, contesté pour sa conduite de la campagne de 34 jours contre le Hezbollah en juillet et août 2006.
Si Israël, en état de guerre permanent depuis sa création en 1948, possède la machine militaire la plus redoutable du Proche-Orient, les leçons des affrontements de l'an dernier au Liban ont conduit le gouvernement à revoir les orientations adoptées ces dernières années pour revenir à ses classiques.
Rendus trop confiants par des succès faciles contre des militants palestiniens souvent mal organisés, mal équipés et combattants improvisés, les soldats israéliens ont souvent perdu de vue les exigences du combat conventionnel, estiment de nombreux observateurs.
Dangereuse, également, l'idée que la supériorité technologique, l'abondance d'un matériel ultra-perfectionné permettraient d'assurer la victoire sans avoir à occuper un vaste territoire avec de l'infanterie et des blindés, selon le schéma d'une guerre classique.
«Ashkenazi ne se fait pas d'illusions, une armée ne se juge pas sur le papier, dans des salles de conférences, mais sur le degré d'entraînement de ses hommes», souligne l'historien militaire israélien Martin van Creveld.
Les combattants chiites du Hezbollah ont su exploiter l'an dernier le manque de formation tactique des soldats de Tsahal.
Les commandos israéliens, reproduisant les méthodes utilisées contre les Palestiniens en Cisjordanie ou à Gaza, ont par exemple installé leurs postes de commandement dans des bâtiments abandonnés clairement identifiés par l'adversaire, ce qui en a fait des cibles faciles, ensuite, pour les roquettes du Hezbollah.
Les forces blindées israéliennes ont également subi des pertes sensibles lors de cette offensive, les miliciens chiites disposant d'armes antichars perfectionnées.
Le manque de coordination au sein de Tsahal a parfois conduit à des «bavures», comme lorsque deux soldats ont été écrasés par un de leurs propres chars.
«Il faut comprendre que ça n'avait rien à voir avec la guerre contre les Palestiniens, qui n'ont ni nos armes, ni nos capacités logistiques», explique Nissim Houri, un lieutenant-colonel de réserve dont le régiment s'est battu au Liban et a été préparé spécialement à l'éventualité d'un conflit avec la Syrie.
«Ce qui s'est passé au Liban, et ce qui se passerait probablement face à la Syrie, se rapproche plus d'une guerre intensive, avec des forces combinées de chaque côté. Cela signifie qu'il a fallu revoir totalement nos procédures», dit-il.
«Vieilles méthodes»
La guerre de l'an dernier contre le Hezbollah a coûté la vie à 117 soldats et à 41 civils israéliens. Côté libanais, on a dénombré 1200 morts, civils et militaires. Un cessez-le-feu conclu sous l'égide des Nations unies a été salué par les miliciens chiites comme une «victoire donnée par Dieu».
Ces derniers mois, les soldats israéliens se sont entraînés, parfois pendant des semaines, sur le plateau du Golan, pris à la Syrie en 1967, ou sur les bases du désert du Néguev, dans le sud du pays, à mener des attaques éclairs rappelant celles qui ont permis à Tsahal de vaincre les armées arabes en 1948, 1956, 1967 et 1973.
La nécessité d'une victoire rapide en cas de conflit est une évidence de plus en plus claire pour les stratèges israéliens, étant donné la vulnérabilité de l'État juif aux tirs de missiles sol-sol et de roquettes.
Selon le quotidien Yedioth Ahronoth, 3,3 millions d'Israéliens n'ont pas accès à des abris antiaériens en cas de bombardement.
«Dans les derniers scénarios de guerre, l'armée est obligée de prendre en compte le cas où un réserviste aurait à se poser la question "Que faire en premier — foncer vers les hauteurs du Golan pour défendre le pays, ou mettre ma famille à l'abri?"», écrit le journaliste Alex Fishman. «Dans le meilleur des cas, Israël aura un système opérationnel de défense antimissile dans trois ou quatre ans, peut-être... »
Si l'hypothèse d'une guerre avec la Syrie est largement évoquée en Israël, paradoxalement l'éventualité d'une reprise des négociations de paix avec Damas, suspendues il y a sept ans, n'est pas écartée.
«Il faut sans doute étudier les ouvertures faites par la Syrie, mais seulement sur une position de force», dit le vice-ministre israélien de la Défense, Matan Vilna'i. «Il faut partir du principe "Si tu veux la paix, prépare la guerre". Nous revenons à nos idées de base, aux formules qui nous ont réussi par le passé.»
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