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Hong Kong ou la force de la volonté populaire

Jean-Philippe Béja - Directeur de l'école d'été du CERIUM (La Chine éveillée - Comment elle change et nous change) et directeur de recherche au CNRS-CERI de Paris  30 juin 2007  Actualités internationales
Le 4 juin dernier, 55 000 personnes se sont réunies dans le parc Victoria de Hong Kong pour commémorer le 18e anniversaire du massacre du 4 juin 1989, qui mit un terme au mouvement pour la démocratie à Pékin.

Partout ailleurs sur le territoire de la République populaire, le seul fait de mentionner cette date en public est passible de prison. Cela montre que, dix ans après la rétrocession de Hong Kong à la Chine, la Région administrative spéciale (RAS) continue de jouir d'une situation particulière. Contrairement aux prédictions des Cassandre, les libertés fondamentales continuent d'être respectées à Hong Kong alors que, dans ce domaine, la Chine n'a guère fait de progrès au cours de la dernière décennie.

Est-ce à dire que les optimistes qui pariaient sur l'esprit d'ouverture des dirigeants de Pékin avaient raison? La réalité n'est pas si simple.

Pendant les dix ans qui se sont écoulés depuis le 1er juillet 1997, le gouvernement central est intervenu à plusieurs reprises pour éviter que l'ancienne colonie britannique ne se transforme en «base de subversion» du continent. Il faut dire que, pendant le mouvement démocratique qui avait agité la Chine en 1989, les Hongkongais avaient fait montre d'une grande solidarité avec les manifestants. Le camp démocrate, principale force politique qui a remporté 60 % des voix à tous les scrutins depuis les premières élections de 1991, reste dirigé par les fondateurs de l'Alliance pour le soutien au mouvement pour la démocratie en Chine. Nombreux étaient ceux qui, en 1997, prévoyaient que celle-ci serait dissoute. Cela ne s'est pas produit.

Certes, les dirigeants chinois ont tenté par tous les moyens de dépolitiser la population de la RAS, affirmant sans cesse que Hong Kong était une «cité économique» où la politique ne jouait aucun rôle. Tirant les leçons de cette conviction, ils ont volé au secours de la RAS chaque fois qu'une crise a frappé son économie: ils ont accordé des conditions préférentielles aux acteurs hongkongais en Chine; au lendemain de la crise du SRAS qui a frappé Hong Kong de plein fouet, ils ont permis à leurs ressortissants de s'y rendre plus librement, favorisant ainsi la relance du commerce et du tourisme. Dans l'esprit des dirigeants de Pékin, les habitants de Hong Kong n'avaient donc aucune raison de se plaindre.

Pourtant, Tung Chee-hwa, l'armateur sans expérience politique qu'ils avaient choisi pour diriger la RAS, était de plus en plus impopulaire. Et lorsque, au lendemain de sa nomination pour un deuxième mandat, Pékin a exigé de lui qu'il fasse adopter par le conseil législatif l'article 23 de la Loi fondamentale de Hong Kong qui permet de lutter contre la subversion, il s'est heurté à une opposition active de la population. Le 1er juillet 2003, plus d'un demi-million de personnes (sur sept millions d'habitants) sont descendues dans la rue pour protester contre ce texte qui risquait de limiter les libertés fondamentales à Hong Kong. Devant ce tollé, le gouvernement a décidé de retirer son projet.

Le succès de la manifestation contre l'article 23 a montré que les Hongkongais étaient capables de se mobiliser s'ils sentaient que leurs libertés fondamentales étaient menacées. Un an plus tard, deux mois après que l'Assemblée populaire nationale de Pékin eut affirmé que Hong Kong n'était pas prêt pour le suffrage universel malgré les revendications des habitants et les promesses contenues dans la Loi fondamentale, 300 000 personnes manifestaient à nouveau pour protester contre cette décision.

Succès supplémentaire pour les opposants: en mars 2005, Tung Chee-hwa remettait sa démission au gouvernement central. Ainsi, la protestation de la population avait forcé Pékin à se débarrasser de son poulain. Il était remplacé par Donald Tsang, un haut fonctionnaire colonial populaire dans la RAS, promu par le dernier gouverneur britannique.

Les dix années écoulées ont donc montré que si la formule «un pays, deux systèmes» a relativement bien fonctionné, si Hong Kong a conservé l'essentiel de la spécificité de son système politique, on le doit au moins autant à l'action de ses citoyens, qui se sont dotés d'une culture politique très différente de celle du continent, qu'à la magnanimité du gouvernement central.

Qu'adviendra-t-il de cette culture politique au cours de la prochaine décennie? Si Pékin continue de s'abstenir de recourir à la force, il est fort probable qu'elle continuera de se développer et que Hong Kong conservera sa spécificité. À moins que la démocratie ne s'instaure en Chine...

***

Jean-Philippe Béja prononcera des conférences pendant l'école d'été du CERIUM sur la Chine, du 9 au 14 juillet à l'Université de Montréal. Renseignements: Cerium.ca.
 
 
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