Les grands pas en avant du G8
Les percées faites au sommet d'Heiligendamm mettent la table pour la conférence de Bali en décembre
Photo : Agence Reuters
Plusieurs manifestants, tout comme les milieux environnementaux, sont mécontents des résultats de la réunion des grands chefs d’État, à Heiligendamm, en Allemagne. Pourtant, une analyse des discussions semble montrer des progrès intéressants pou
Pour la première fois, le climat des pourparlers sur l'après-Kyoto semble suivre celui de la planète, c'est-à-dire qu'il affiche des signes de réchauffement. Mais la météo n'est pas le climat, n'en déplaise aux simplificateurs. Il y aura visiblement d'autres grands froids entre les pays qui vont s'asseoir à la table à la conférence de Bali, en décembre prochain, tout comme un rude hiver ou un début d'été froid ne change pas l'évolution à la hausse du climat.
Les milieux environnementaux et politiques canadiens ont accueilli les conclusions de la rencontre annuelle du G8 cette semaine à Heiligendamm avec cynisme et insatisfaction. On ne peut les blâmer puisque c'est fondamentalement leur rôle d'exercer une pression sur les acteurs politiques et que cette pression demeure un ingrédient clé des progrès à venir.
Mais un examen attentif des résultats de ce sommet indique que des progrès substantiels y ont été accomplis, non pas sur le contenu de la future stratégie mondiale de lutte contre le réchauffement du climat, mais sur la manière d'y arriver. En réalité, la table est mise pour que la conférence de Bali amorce de véritables négociations sur l'après-Kyoto ou sur une deuxième tranche de réductions des émissions de GES d'origine humaine.
La chancelière allemande, Angela Merkel, et l'Union européenne qu'elle préside se donnaient trois objectifs: fixer une cible de réduction des émissions anthropiques de GES de 50 % d'ici 2050, ce qui équivaut à établir un plafond limite de 2 °C à l'augmentation moyenne de la température terrestre, s'assurer que les négociations à venir vont se dérouler sous le chapeau des Nations unies et, troisièmement, convenir d'une date butoir pour les pourparlers afin que la nouvelle stratégie internationale de réduction des GES prenne le relais à l'expiration de la première période de réductions 2008-12 prévue au protocole de Kyoto
Des percées majeures
Or la déclaration finale du G8 traduit des avancées importantes sur ces trois fronts. Le communiqué final précise en effet que les membres du G8 vont «sérieusement prendre en compte» l'objectif de réduction préconisé par l'Union européenne, le Canada et le Japon, soit l'objectif de 2050. «Nous nous engageons sérieusement à atteindre ce but», ajoute la déclaration finale signée aussi par les États-Unis.
Quand les Américains acceptent de considérer la simple possibilité de pourparlers avec l'Iran ou la Syrie, c'est qu'ils ont déjà le pied dans la porte. La communauté internationale y voit alors une ouverture majeure. Pourquoi cela serait-il différent dans le dossier du climat? Rien n'est réglé, certes. Pas plus au Moyen-Orient qu'à Bali, où les parties signataires vont se rencontrer en décembre pour amorcer les négociations sur l'après-Kyoto ou la phase II de Kyoto, c'est selon. Si les États-Unis ont fait biffer de la déclaration du G8 l'objectif chiffré d'une réduction de 50 %, l'effet de cette restriction est purement diplomatique puisque tout le monde sait qu'il s'agit d'un objectif de 50 %.
Si l'Union européenne n'a pas obtenu que les États-Unis adhèrent à son objectif de plafonnement du climat planétaire à 2 °C, cela reporte ce débat à la vraie table de négociation, celle de Bali. Mais l'Europe a obtenu que ces pourparlers se déroulent dans le forum onusien de la Convention sur les changements climatiques alors qu'avant le sommet de Heiligendamm, les États-Unis souhaitaient ouvertement un forum en dehors des Nation unies, dont ils auraient pris l'initiative pour mieux en contrôler l'issue. Quand on connaît la réticence de l'administration Bush à oeuvrer dans les cadres multilatéraux, son engagement à se présenter à la table onusienne dans le plus important dossier pour son économie constitue, il ne faut pas s'y méprendre, une ouverture majeure.
Certes, un refus du président Bush aurait sans doute ouvert un nouveau front avec le Congrès démocrate, tout comme il aurait fourni à ses adversaires une arme non négligeable lors de la prochaine campagne présidentielle. Quant aux Européens, leur objectif de long terme a certainement servi de monnaie d'échange pour s'assurer de la présence américaine à la table onusienne. C'est certainement l'essentiel pour eux à ce stade-ci, car la Maison-Blanche sera vraisemblablement occupée par un ou une démocrate au moment où les pourparlers entreront dans le vif du sujet. Vus sous cet angle, les pourparlers démarreront en décembre prochain à Bali, mais la vraie négociation aura lieu à la conférence de décembre 2008 après un an de négociations officieuses.
Dans cette optique, l'Europe a aussi remporté son troisième objectif stratégique en obtenant une date butoir pour la conclusion des négociations, soit le début de 2009. Cela accorde trois ans pour ratifier un éventuel nouveau protocole de réductions. On pourrait même ajouter que l'Europe et le Japon ont obtenu en prime un gain inespéré, soit le fait que le communiqué final du G8 souligne, sans bémol américain, le rôle central que jouera le marché du carbone dans la bataille du climat. Subtilement, le président Bush se rapproche sans perdre la face du marché du carbone, qui se structure chaque jour de plus en plus dans son propre pays.
Les pays émergents
Les États-Unis n'ont cependant pas lâché d'un pouce sur un point, soit la nécessité d'associer les pays émergents à toute éventuelle négociation à laquelle ils participeraient.
On peut mesurer l'importance des gains réalisés cette semaine à Heiligendamm, par rapport au petit jeu défensif de tout le monde l'an dernier à Nairobi, quand on lit la déclaration diffusée hier par Yvo de Boer, le secrétaire exécutif de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Dans une déclaration commune avec les cinq pays émergents qui forment le «G8+5», soit la Chine, l'Inde, le Mexique, le Brésil et l'Afrique du Sud, Yvo de Boer souligne lui aussi que «le feu vert vient d'être donné à des négociations en vue d'une entente globale, flexible et équitable lors de la prochaine conférence de Bali en décembre prochain». Cet optimisme, Yvo de Boer le base sur le fait que le communiqué des cinq grands pays émergents prend acte des consensus de Heiligendamm et se solidarise avec eux.
L'impact de ce nouveau consensus est énorme car il signifie que ces pays émergents acceptent de s'asseoir avec les États-Unis, ce qui enlève à l'administration américaine son plus vieil argument pour bouder les pourparlers onusiens sur la protection du climat.
Les accords ne seront pas faciles à négocier pour autant. Les États-Unis — comme le Canada avec son discours ambigu — refusent toute politique contraignante basée sur des réductions en chiffres absolus. Mais depuis deux ans, un consensus informel se dessine autour de l'idée que les pays en développement pourraient se voir assigner des objectifs de réduction de l'intensité de leurs émissions alors que les pays occidentaux, responsables à plus de 70 % des émissions historiques toujours présentes dans l'atmosphère, s'astreindraient à de nouvelles réductions en chiffres absolus.
En réalité, le Canada et les États-Unis manoeuvrent, sous motifs d'exception qui ne convainquent personne, pour qu'on leur applique la règle des pays en développement, soit des cibles en intensité, alors qu'ils figurent en tête des pays les plus développés de l'Occident et qu'ils sont les deux pires déstabilisateurs du climat par tête de pipe.
C'est d'ailleurs ainsi qu'il faut comprendre les déclarations alambiquées de Steven Harper, qui a répété son accord avec des «cibles obligatoires de réductions d'émissions». Ces cibles obligatoires peuvent aussi bien être des cibles obligatoires en intensité qu'en chiffres absolus. C'est une autre carte que joue le premier ministre Harper, cependant, quand il se dit d'accord avec la stratégie européenne de réduire les émissions humaines globales de 50 % d'ici 2050. Il sait très bien que c'est à d'autres gouvernements qu'il refile la réalisation de cet objectif, qui sera d'autant plus difficile et plus coûteux à atteindre qu'il s'arroge une bonne performance économique obtenue en réalité sur la carte de crédit de la planète.
Si Stephen Harper a pu jouer cette carte en toute impunité, c'est uniquement parce que l'Europe a finalement adopté la stratégie de l'ONU à l'endroit du Canada. Une stratégie que décrivait si bien Yvo de Boer lors de son récent passage au Canada: un professeur, disait-il en substance, a deux options vis-à-vis de son pire cancre: lui taper sur les doigts ou l'encourager à se dépasser. L'ONU et l'Europe sont décidément d'habiles professeurs.
Les milieux environnementaux et politiques canadiens ont accueilli les conclusions de la rencontre annuelle du G8 cette semaine à Heiligendamm avec cynisme et insatisfaction. On ne peut les blâmer puisque c'est fondamentalement leur rôle d'exercer une pression sur les acteurs politiques et que cette pression demeure un ingrédient clé des progrès à venir.
Mais un examen attentif des résultats de ce sommet indique que des progrès substantiels y ont été accomplis, non pas sur le contenu de la future stratégie mondiale de lutte contre le réchauffement du climat, mais sur la manière d'y arriver. En réalité, la table est mise pour que la conférence de Bali amorce de véritables négociations sur l'après-Kyoto ou sur une deuxième tranche de réductions des émissions de GES d'origine humaine.
La chancelière allemande, Angela Merkel, et l'Union européenne qu'elle préside se donnaient trois objectifs: fixer une cible de réduction des émissions anthropiques de GES de 50 % d'ici 2050, ce qui équivaut à établir un plafond limite de 2 °C à l'augmentation moyenne de la température terrestre, s'assurer que les négociations à venir vont se dérouler sous le chapeau des Nations unies et, troisièmement, convenir d'une date butoir pour les pourparlers afin que la nouvelle stratégie internationale de réduction des GES prenne le relais à l'expiration de la première période de réductions 2008-12 prévue au protocole de Kyoto
Des percées majeures
Or la déclaration finale du G8 traduit des avancées importantes sur ces trois fronts. Le communiqué final précise en effet que les membres du G8 vont «sérieusement prendre en compte» l'objectif de réduction préconisé par l'Union européenne, le Canada et le Japon, soit l'objectif de 2050. «Nous nous engageons sérieusement à atteindre ce but», ajoute la déclaration finale signée aussi par les États-Unis.
Quand les Américains acceptent de considérer la simple possibilité de pourparlers avec l'Iran ou la Syrie, c'est qu'ils ont déjà le pied dans la porte. La communauté internationale y voit alors une ouverture majeure. Pourquoi cela serait-il différent dans le dossier du climat? Rien n'est réglé, certes. Pas plus au Moyen-Orient qu'à Bali, où les parties signataires vont se rencontrer en décembre pour amorcer les négociations sur l'après-Kyoto ou la phase II de Kyoto, c'est selon. Si les États-Unis ont fait biffer de la déclaration du G8 l'objectif chiffré d'une réduction de 50 %, l'effet de cette restriction est purement diplomatique puisque tout le monde sait qu'il s'agit d'un objectif de 50 %.
Si l'Union européenne n'a pas obtenu que les États-Unis adhèrent à son objectif de plafonnement du climat planétaire à 2 °C, cela reporte ce débat à la vraie table de négociation, celle de Bali. Mais l'Europe a obtenu que ces pourparlers se déroulent dans le forum onusien de la Convention sur les changements climatiques alors qu'avant le sommet de Heiligendamm, les États-Unis souhaitaient ouvertement un forum en dehors des Nation unies, dont ils auraient pris l'initiative pour mieux en contrôler l'issue. Quand on connaît la réticence de l'administration Bush à oeuvrer dans les cadres multilatéraux, son engagement à se présenter à la table onusienne dans le plus important dossier pour son économie constitue, il ne faut pas s'y méprendre, une ouverture majeure.
Certes, un refus du président Bush aurait sans doute ouvert un nouveau front avec le Congrès démocrate, tout comme il aurait fourni à ses adversaires une arme non négligeable lors de la prochaine campagne présidentielle. Quant aux Européens, leur objectif de long terme a certainement servi de monnaie d'échange pour s'assurer de la présence américaine à la table onusienne. C'est certainement l'essentiel pour eux à ce stade-ci, car la Maison-Blanche sera vraisemblablement occupée par un ou une démocrate au moment où les pourparlers entreront dans le vif du sujet. Vus sous cet angle, les pourparlers démarreront en décembre prochain à Bali, mais la vraie négociation aura lieu à la conférence de décembre 2008 après un an de négociations officieuses.
Dans cette optique, l'Europe a aussi remporté son troisième objectif stratégique en obtenant une date butoir pour la conclusion des négociations, soit le début de 2009. Cela accorde trois ans pour ratifier un éventuel nouveau protocole de réductions. On pourrait même ajouter que l'Europe et le Japon ont obtenu en prime un gain inespéré, soit le fait que le communiqué final du G8 souligne, sans bémol américain, le rôle central que jouera le marché du carbone dans la bataille du climat. Subtilement, le président Bush se rapproche sans perdre la face du marché du carbone, qui se structure chaque jour de plus en plus dans son propre pays.
Les pays émergents
Les États-Unis n'ont cependant pas lâché d'un pouce sur un point, soit la nécessité d'associer les pays émergents à toute éventuelle négociation à laquelle ils participeraient.
On peut mesurer l'importance des gains réalisés cette semaine à Heiligendamm, par rapport au petit jeu défensif de tout le monde l'an dernier à Nairobi, quand on lit la déclaration diffusée hier par Yvo de Boer, le secrétaire exécutif de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Dans une déclaration commune avec les cinq pays émergents qui forment le «G8+5», soit la Chine, l'Inde, le Mexique, le Brésil et l'Afrique du Sud, Yvo de Boer souligne lui aussi que «le feu vert vient d'être donné à des négociations en vue d'une entente globale, flexible et équitable lors de la prochaine conférence de Bali en décembre prochain». Cet optimisme, Yvo de Boer le base sur le fait que le communiqué des cinq grands pays émergents prend acte des consensus de Heiligendamm et se solidarise avec eux.
L'impact de ce nouveau consensus est énorme car il signifie que ces pays émergents acceptent de s'asseoir avec les États-Unis, ce qui enlève à l'administration américaine son plus vieil argument pour bouder les pourparlers onusiens sur la protection du climat.
Les accords ne seront pas faciles à négocier pour autant. Les États-Unis — comme le Canada avec son discours ambigu — refusent toute politique contraignante basée sur des réductions en chiffres absolus. Mais depuis deux ans, un consensus informel se dessine autour de l'idée que les pays en développement pourraient se voir assigner des objectifs de réduction de l'intensité de leurs émissions alors que les pays occidentaux, responsables à plus de 70 % des émissions historiques toujours présentes dans l'atmosphère, s'astreindraient à de nouvelles réductions en chiffres absolus.
En réalité, le Canada et les États-Unis manoeuvrent, sous motifs d'exception qui ne convainquent personne, pour qu'on leur applique la règle des pays en développement, soit des cibles en intensité, alors qu'ils figurent en tête des pays les plus développés de l'Occident et qu'ils sont les deux pires déstabilisateurs du climat par tête de pipe.
C'est d'ailleurs ainsi qu'il faut comprendre les déclarations alambiquées de Steven Harper, qui a répété son accord avec des «cibles obligatoires de réductions d'émissions». Ces cibles obligatoires peuvent aussi bien être des cibles obligatoires en intensité qu'en chiffres absolus. C'est une autre carte que joue le premier ministre Harper, cependant, quand il se dit d'accord avec la stratégie européenne de réduire les émissions humaines globales de 50 % d'ici 2050. Il sait très bien que c'est à d'autres gouvernements qu'il refile la réalisation de cet objectif, qui sera d'autant plus difficile et plus coûteux à atteindre qu'il s'arroge une bonne performance économique obtenue en réalité sur la carte de crédit de la planète.
Si Stephen Harper a pu jouer cette carte en toute impunité, c'est uniquement parce que l'Europe a finalement adopté la stratégie de l'ONU à l'endroit du Canada. Une stratégie que décrivait si bien Yvo de Boer lors de son récent passage au Canada: un professeur, disait-il en substance, a deux options vis-à-vis de son pire cancre: lui taper sur les doigts ou l'encourager à se dépasser. L'ONU et l'Europe sont décidément d'habiles professeurs.
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