Coup de gueule
Le geste que vient de commettre le président Poutine est aussi lourd de conséquences que les mots employés pour le dévoiler étaient rudes. De quoi s'agit-il? Le chef de l'État russe a décidé le retrait de son pays du traité sur les forces militaires conventionnelles en Europe, signé au début de la décennie antérieure pour restreindre et baliser les déploiements militaires en Europe. Le motif invoqué pour justifier ce divorce: l'installation de missiles antimissiles américains en Pologne et d'une station radar, également américaine, en République tchèque.
Cette annonce, Poutine l'a exprimée en utilisant ces gros mots tombés en désuétude après la chute du mur de Berlin. Autrement dit, il a renoué avec la rhétorique qui avait cours pendant la guerre froide. En effet, les Occidentaux, et donc pas uniquement les Américains, sont des «colonisateurs» qui emploient «une phraséologie pseudo-démocratique» pour mieux saper ou ébranler les fondements de la société russe par l'intermédiaire notamment... des ONG! Le dessein ultime de cet Occident décadent étant évidemment «de priver notre pays de son autonomie économique et politique».
En aiguisant les rapports de force qui se poursuivent avec l'Ouest, Poutine cherche probablement l'obtention d'un remodelage des relations avec l'Europe et surtout les États-Unis. Il faut savoir qu'à l'origine du présent bras de fer, il y a un sentiment de frustration qui habite tous les responsables russes. Ce dernier découle d'un constat tout simple: les accords, ententes et traités que Boris Eltsine avait négociés dans les années 90 ont été signés alors que la Russie était en position de faiblesse. Or, pour Poutine, ce n'est plus le cas.
En effet, il estime que la Russie s'étant glissée parmi les dix puissances économiques du monde, elle est en mesure de parler d'égal à égal avec l'Union européenne et surtout avec les États-Unis. À ces derniers, il vient en fait de signaler que le temps des décisions unilatérales, par exemple le retrait en 2001 du traité des missiles antibalistiques, et des décisions prises sans consultation, comme le radar et les missiles antimissiles, est révolu.
À sa décharge, il faut bien reconnaître que Washington a agi de manière à réveiller, pour ne pas dire provoquer, l'ours russe. Car enfin, justifier l'introduction en territoire tchèque et polonais d'engins militaires très développés en évoquant la menace que représente l'Iran, c'est ouvrir le flan à une vive réaction. Passons sur les missiles, mais... Le radar en République tchèque ne va-t-il pas faire double emploi avec ce qui se fait déjà en Turquie, pays frontalier de l'Iran?
Cela étant, cette fureur cache une autre frustration, celle-ci plus économique. Voilà, le budget alloué à la défense russe avoisine à peine les 5 % de ce que dépensent annuellement les États-Unis. Or les revenus tirés du gaz et du pétrole ont beau remplir les coffres de la nation, Poutine sait pertinemment qu'il ne dispose pas des moyens propres à rivaliser sur ce plan avec Washington. Ajoutons à cela les appels que lancent aujourd'hui en direction de l'Ouest l'Ukraine et la Géorgie après que la Pologne, la Hongrie et autres eurent rejoint l'OTAN et l'on comprendra, sans que cela le justifie, le coup de gueule de Poutine. En attente de la fin de cet épisode, on ne peut que souligner que les accents qu'emploie le leader russe ne sont pas ceux de la détente, mais bien autant d'échos à ceux de la guerre froide. Comme quoi l'histoire se répète toujours... autrement!
Cette annonce, Poutine l'a exprimée en utilisant ces gros mots tombés en désuétude après la chute du mur de Berlin. Autrement dit, il a renoué avec la rhétorique qui avait cours pendant la guerre froide. En effet, les Occidentaux, et donc pas uniquement les Américains, sont des «colonisateurs» qui emploient «une phraséologie pseudo-démocratique» pour mieux saper ou ébranler les fondements de la société russe par l'intermédiaire notamment... des ONG! Le dessein ultime de cet Occident décadent étant évidemment «de priver notre pays de son autonomie économique et politique».
En aiguisant les rapports de force qui se poursuivent avec l'Ouest, Poutine cherche probablement l'obtention d'un remodelage des relations avec l'Europe et surtout les États-Unis. Il faut savoir qu'à l'origine du présent bras de fer, il y a un sentiment de frustration qui habite tous les responsables russes. Ce dernier découle d'un constat tout simple: les accords, ententes et traités que Boris Eltsine avait négociés dans les années 90 ont été signés alors que la Russie était en position de faiblesse. Or, pour Poutine, ce n'est plus le cas.
En effet, il estime que la Russie s'étant glissée parmi les dix puissances économiques du monde, elle est en mesure de parler d'égal à égal avec l'Union européenne et surtout avec les États-Unis. À ces derniers, il vient en fait de signaler que le temps des décisions unilatérales, par exemple le retrait en 2001 du traité des missiles antibalistiques, et des décisions prises sans consultation, comme le radar et les missiles antimissiles, est révolu.
À sa décharge, il faut bien reconnaître que Washington a agi de manière à réveiller, pour ne pas dire provoquer, l'ours russe. Car enfin, justifier l'introduction en territoire tchèque et polonais d'engins militaires très développés en évoquant la menace que représente l'Iran, c'est ouvrir le flan à une vive réaction. Passons sur les missiles, mais... Le radar en République tchèque ne va-t-il pas faire double emploi avec ce qui se fait déjà en Turquie, pays frontalier de l'Iran?
Cela étant, cette fureur cache une autre frustration, celle-ci plus économique. Voilà, le budget alloué à la défense russe avoisine à peine les 5 % de ce que dépensent annuellement les États-Unis. Or les revenus tirés du gaz et du pétrole ont beau remplir les coffres de la nation, Poutine sait pertinemment qu'il ne dispose pas des moyens propres à rivaliser sur ce plan avec Washington. Ajoutons à cela les appels que lancent aujourd'hui en direction de l'Ouest l'Ukraine et la Géorgie après que la Pologne, la Hongrie et autres eurent rejoint l'OTAN et l'on comprendra, sans que cela le justifie, le coup de gueule de Poutine. En attente de la fin de cet épisode, on ne peut que souligner que les accents qu'emploie le leader russe ne sont pas ceux de la détente, mais bien autant d'échos à ceux de la guerre froide. Comme quoi l'histoire se répète toujours... autrement!
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