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Afghanistan - La corruption menace la légitimité du gouvernement

Chaque ménage afghan a versé en moyenne 100 $ de pots-de-vin l'an dernier

Un policier afghan empêchait hier des piétons de s’approcher du site d’un attentat.
Photo : Agence Reuters
Un policier afghan empêchait hier des piétons de s’approcher du site d’un attentat.
Kaboul — La corruption atteint des niveaux sans précédent en Afghanistan et elle menace la légitimité du gouvernement dans ses efforts de reconstruction du pays et sa lutte contre les rebelles talibans, a affirmé hier l'organisation Integrity Watch Afghanistan.

D'après une étude de cette organisation, la moitié des 1250 personnes interrogées à travers le pays affirment avoir versé des pots-de-vin en 2006. Ce rapport estime que chaque ménage afghan a versé en moyenne 100 $ de pots-de-vin en 2006, dans un pays où le revenu par habitant est l'un des plus faibles au monde, environ 500$.

Le montant total de la corruption en Afghanistan s'élève entre 260 et 465 millions de dollars, d'après ce rapport, le premier du genre d'après IWA.

«La corruption est très dangereuse pour un pays qui est sur la voie de la reconstruction, où les nouvelles institutions ont particulièrement besoin de légitimité», a déclaré Lorenzo Delesgues, directeur exécutif d'IWA, au cours d'une conférence de presse. «Elle a également renforcé le sentiment d'injustice parmi la population», a-t-il ajouté, en soulignant que cette situation prouvait que «l'État ne contrôle pas totalement son territoire».

Le gouvernement, les observateurs et les donateurs étrangers jugent que la corruption, le trafic d'opium et la rébellion des talibans sont les principaux obstacles à la paix et au développement de l'Afghanistan.

Les Afghans se plaignent de devoir verser des pots-de-vin pour quasiment chaque transaction, qu'il s'agisse d'obtenir un passeport ou d'avoir l'électricité. Le gouvernement du président Hamid Karzaï est notamment soupçonné d'abriter des responsables politiques et des fonctionnaires corrompus, ce qui sape une crédibilité déjà affaiblie par son incapacité à réduire le chômage.Environ 60 % des personnes interrogées considèrent le gouvernement Karzaï plus corrompu que les talibans, les moudjahidines ou les communistes, qui ont successivement dirigé l'Afghanistan.

D'après le rapport d'IWA, les tribunaux sont les organismes les plus corrompus, suivis par le ministère de l'Intérieur, les communes, le ministère des Finances, la direction de la sécurité nationale et le ministère de la Justice.

Une telle situation ne peut qu'affecter la sécurité du pays, notamment dans le sud, où la rébellion des talibans ne saurait expliquer à elle seule la poursuite des violences, soulignent les auteurs du rapport.

Pour Lorenzo Delesgues, la communauté internationale doit aider l'Afghanistan à lutter contre la corruption, notamment grâce à l'expérience d'autres pays dans ce domaine.
 
 
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