Chine Inc.
Depuis une semaine, toutes les places boursières du monde sont en proie à un malaise à l'origine... étrange. En effet, comment se fait-il que le recul de la Bourse de Shanghaï, où seules sont inscrites les entreprises chinoises n'ayant pas investi un dollar à l'étranger, ait provoqué une réaction en chaîne? La réponse tient en trois facteurs. Pour l'instant du moins.
Le fait économique de l'heure a pris la forme d'une intrigue, du mystère au sens propre, pendant plusieurs jours. Il a suffi qu'un indice régional, il s'agit évidemment de Shanghaï, termine une séance de transactions en forte baisse pour que tout le monde, si l'on peut dire, emboîte le pas. Et pas seulement New York, Londres, Francfort et autres premiers rôles de la finance, mais également les seconds couteaux de Buenos Aires, São Paulo, Istanbul et autres Bourses où, à l'instar de Shanghaï, seules les actions des entreprises locales sont l'objet de marchandage.
Rétrospectivement, lorsque l'on fait une lecture à plat, une lecture à l'aune de l'empirisme, trois variables ayant concouru à ce repli quelque peu inquiétant émergent avec plus de poids que d'autres. Sans les hiérarchiser, on laisse cela aux maîtres économistes, voici leurs identités: le regain du patriotisme financier en Chine, le «yen carry trade» et la récession de l'immobilier résidentiel aux États-Unis.
Le patriotisme chinois. «Il est dangereux d'autoriser des participations malveillantes d'entreprises étrangères dans des sociétés chinoises.» Ce propos symbolisant l'inclination nationaliste qui a cours actuellement dans l'empire du Milieu, n'appartient pas à un quelconque courtier ou président de compagnie, mais bien au grand patron de l'Office national de statistique de Chine.
Après des mois de lobbying, cet homme de pouvoir et d'autres avec lui ont obtenu gain de cause. Soit que les autorités serrent la vis au capital venant de l'extérieur. Cela s'est traduit notamment par un décret imposé en septembre dernier seulement et qui restreint l'entrée des étrangers dans le capital de sociétés chinoises. Il va même jusqu'à prévoir l'invalidation d'une transaction passée.
À la suite de cette décision, bien des sociétés occidentales ont vu leurs gestes en sol chinois rétroactivement annulés ou faire l'objet d'une étude administrative qui, on le devine, épuise la patience des acteurs concernés en jonglant avec le temps long, très long. Qui plus est, ce décret s'est accompagné de règles qui limitent tellement la marge de manoeuvre des banques occidentales ou japonaises que plusieurs d'entre elles ont remisé sur les étagères leur plan d'ouverture de succursales aux coins des rues.
Le «yen carry trade». Cette expression désigne l'opération consistant à investir les emprunts libellés en yen dans des obligations américaines, européennes ou encore canadiennes quand ce n'est pas dans des véhicules financiers offrant un intérêt plus élevé que celui qui a cours au... Japon. Ce phénomène a pris une telle ampleur que bien des analystes de l'Asie le jugent plus dangereux que ce qui a été observé en Chine. On s'explique.
À la fin des années 90, la Banque centrale japonaise s'est mise à proposer le taux d'intérêt zéro. Assez rapidement, des institutions financières, notamment européennes, ont levé des masses d'emprunts à Tokyo pour mieux acheter des titres garantissant entre 4 % et 6 % d'intérêt. Lorsque ces gestionnaires ont constaté que la Réserve fédérale (Fed) américaine était décidée à augmenter le loyer de l'argent, ils ont tout naturellement acheté des bonds Made in USA. Surtout depuis que le taux de la Fed a été fixé à 5,25 %. Ce carry trade, cette délocalisation financière a eu pour conséquence un tel gonflement des liquidités qu'il a gommé passablement la prise de risque. En clair, on a manqué de prudence.
L'immobilier aux États-Unis. Dans une étude qu'il a consacrée à ce sujet, l'économiste Yanick Desnoyers de la Financière Banque Nationale écrit notamment ceci: «Si la chute du secteur se poursuivait en première moitié de 2007, comme nous le prévoyons, la dégelée deviendrait tout à fait comparable à celle de la récession de 1990-91.» Pour les confrères de Desnoyers de la National Association of Business Economist, les prêts hypothécaires qualifiés d'exotiques, conçus pour les Américains plus ou moins désargentés, constituent «le plus grand risque pour les marchés financiers».
Quid de l'intrigue: après avoir additionné ces facteurs, après avoir constaté, par exemple, que l'immobilier ne rapportait plus un cent, des acteurs imposants de la finance ont liquidé leurs actions pour se ruer vers les obligations d'État. En un mot, la correction observée ces jours-ci est loin d'être terminée.
Le fait économique de l'heure a pris la forme d'une intrigue, du mystère au sens propre, pendant plusieurs jours. Il a suffi qu'un indice régional, il s'agit évidemment de Shanghaï, termine une séance de transactions en forte baisse pour que tout le monde, si l'on peut dire, emboîte le pas. Et pas seulement New York, Londres, Francfort et autres premiers rôles de la finance, mais également les seconds couteaux de Buenos Aires, São Paulo, Istanbul et autres Bourses où, à l'instar de Shanghaï, seules les actions des entreprises locales sont l'objet de marchandage.
Rétrospectivement, lorsque l'on fait une lecture à plat, une lecture à l'aune de l'empirisme, trois variables ayant concouru à ce repli quelque peu inquiétant émergent avec plus de poids que d'autres. Sans les hiérarchiser, on laisse cela aux maîtres économistes, voici leurs identités: le regain du patriotisme financier en Chine, le «yen carry trade» et la récession de l'immobilier résidentiel aux États-Unis.
Le patriotisme chinois. «Il est dangereux d'autoriser des participations malveillantes d'entreprises étrangères dans des sociétés chinoises.» Ce propos symbolisant l'inclination nationaliste qui a cours actuellement dans l'empire du Milieu, n'appartient pas à un quelconque courtier ou président de compagnie, mais bien au grand patron de l'Office national de statistique de Chine.
Après des mois de lobbying, cet homme de pouvoir et d'autres avec lui ont obtenu gain de cause. Soit que les autorités serrent la vis au capital venant de l'extérieur. Cela s'est traduit notamment par un décret imposé en septembre dernier seulement et qui restreint l'entrée des étrangers dans le capital de sociétés chinoises. Il va même jusqu'à prévoir l'invalidation d'une transaction passée.
À la suite de cette décision, bien des sociétés occidentales ont vu leurs gestes en sol chinois rétroactivement annulés ou faire l'objet d'une étude administrative qui, on le devine, épuise la patience des acteurs concernés en jonglant avec le temps long, très long. Qui plus est, ce décret s'est accompagné de règles qui limitent tellement la marge de manoeuvre des banques occidentales ou japonaises que plusieurs d'entre elles ont remisé sur les étagères leur plan d'ouverture de succursales aux coins des rues.
Le «yen carry trade». Cette expression désigne l'opération consistant à investir les emprunts libellés en yen dans des obligations américaines, européennes ou encore canadiennes quand ce n'est pas dans des véhicules financiers offrant un intérêt plus élevé que celui qui a cours au... Japon. Ce phénomène a pris une telle ampleur que bien des analystes de l'Asie le jugent plus dangereux que ce qui a été observé en Chine. On s'explique.
À la fin des années 90, la Banque centrale japonaise s'est mise à proposer le taux d'intérêt zéro. Assez rapidement, des institutions financières, notamment européennes, ont levé des masses d'emprunts à Tokyo pour mieux acheter des titres garantissant entre 4 % et 6 % d'intérêt. Lorsque ces gestionnaires ont constaté que la Réserve fédérale (Fed) américaine était décidée à augmenter le loyer de l'argent, ils ont tout naturellement acheté des bonds Made in USA. Surtout depuis que le taux de la Fed a été fixé à 5,25 %. Ce carry trade, cette délocalisation financière a eu pour conséquence un tel gonflement des liquidités qu'il a gommé passablement la prise de risque. En clair, on a manqué de prudence.
L'immobilier aux États-Unis. Dans une étude qu'il a consacrée à ce sujet, l'économiste Yanick Desnoyers de la Financière Banque Nationale écrit notamment ceci: «Si la chute du secteur se poursuivait en première moitié de 2007, comme nous le prévoyons, la dégelée deviendrait tout à fait comparable à celle de la récession de 1990-91.» Pour les confrères de Desnoyers de la National Association of Business Economist, les prêts hypothécaires qualifiés d'exotiques, conçus pour les Américains plus ou moins désargentés, constituent «le plus grand risque pour les marchés financiers».
Quid de l'intrigue: après avoir additionné ces facteurs, après avoir constaté, par exemple, que l'immobilier ne rapportait plus un cent, des acteurs imposants de la finance ont liquidé leurs actions pour se ruer vers les obligations d'État. En un mot, la correction observée ces jours-ci est loin d'être terminée.
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