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Pour un dialogue avec l'Iran, un «allié naturel»

L'ex-directeur éditorial du Courrier international analyse la situation au Moyen-Orient

Pour M. Adler, les Iraniens, sinon dans la rue, du moins dans leur vie privée et dans leur tête, sont épris de liberté, très proaméricains et très peu antisémites.
Photo : Agence Reuters
Pour M. Adler, les Iraniens, sinon dans la rue, du moins dans leur vie privée et dans leur tête, sont épris de liberté, très proaméricains et très peu antisémites.
Alexandre Adler, historien et journaliste aux positions souvent controversées, ne se cache pas d'être proaméricain. «Parmi les [...] intellectuels français, je fais partie d'une minorité qui n'est pas convaincue par les actes d'accusation portés contre les États-Unis», a affirmé d'entrée de jeu l'éditorialiste du Figaro hier devant le Conseil des relations internationales de Montréal.

Souvent accusé par ses détracteurs d'être proche du courant néoconservateur, il se dit plus près du Parti démocrate que des républicains au pouvoir, «qui ont rejeté les politiques sociales rooseveltiennes pour se rallier aux politiques ultralibérales».

Dans son allocution consacrée à «la politique américaine au Moyen-Orient», il a d'ailleurs brossé un tableau beaucoup plus nuancé et plus optimiste que ce à quoi cette mouvance américaine en perte de vitesse nous a habitués. Ainsi, affirme-t-il, le dialogue avec l'Iran est souhaitable à terme, malgré les positions extrémistes adoptées par son président actuel.

M. Adler estime par ailleurs possible le déblocage de la délicate question israélo-palestinienne, dont il a relativement peu parlé. Selon lui, ce n'est d'ailleurs pas ce conflit qui alimente la montée de l'islamisme et les tensions au Moyen-Orient. Ces deux facteurs en retarderaient plutôt la résolution.

Pour M. Adler, les États-Unis sont arrivés «à une crise de leur politique internationale et du consensus national telle qu'on n'en avait pas connu depuis longtemps».

Effet positif de cette remise en question, «les États-Unis reviennent à une analyse des forces dans le monde entier et se débarrassent de leur aversion pour la pluralité des centres de décision, qui est un fait».

La situation au Moyen-Orient rend plus que jamais nécessaire cette réorganisation de la politique étrangère, ajoute le journaliste, qui a occupé le poste de directeur éditorial du Courrier international de 1992 à 2002.

Mais c'est l'historien en lui qui a comparé les difficultés actuelles des États-Unis au Moyen-Orient à celles qu'avait connues la Grande-Bretagne après la guerre des Boers et qui avaient obligé Londres à conclure de nouvelles alliances.

Revenant à l'actualité, M. Adler a appelé de ses voeux un appui renouvelé des Américains à la construction européenne, en dehors de leur rapport traditionnel avec la Grande-Bretagne.

Pour M. Adler, le retrait de la puissance américaine qui résulterait d'un nouveau courant isolationniste serait «difficile à gérer». Un départ désordonné des troupes en Irak représenterait un «scénario catastrophique», précise-t-il. «Il est paradoxal, selon lui, que l'effondrement de la société irakienne soit mis sur le compte de la puissance américaine.»

S'il y a une victime en Irak, croit-il, c'est la société nationale. On assiste à «un déchirement de l'identité irakienne et en même temps à un déchirement définitif de l'identité arabe, précise-t-il. S'il y avait une nation arabe, les intellectuels et les institutions arabes seraient intervenus pour arrêter les tueries».

M. Adler juge en revanche que les États-Unis n'ont pas mesuré les conséquences de leur intervention en Irak, qui a ouvert la voie à la puissance chiite et à la réaffirmation du rôle de l'Iran dans la région.

Contrairement aux néoconservateurs purs et durs, M. Adler voit cependant dans l'Iran «un allié naturel» à moyen terme.

Si Ali Akbar Rafsandjani avait été élu président en 2005 au lieu de Mahmoud Ahmadinejad, la situation serait «moins difficile [aujourd'hui], quoique pas tout à fait différente», dit-il. Or Ahmadinejad a pris langue avec les factions extrémistes irakiennes tout en procédant au chantage nucléaire que l'on sait.

Alexandre Adler avance cette explication: «Quand un régime totalitaire est en fin de course et que le consensus existe pour son remplacement, ses défenseurs les plus acharnés lancent des tentatives ultimes où l'on trouve tous les traits les plus défavorables du régime, mais poussés à l'extrême.» En effet, Ahmadinejad est fortement contesté en Iran, comme l'ont montré les récentes élections municipales. Encore une fois, l'historien a fait un parallèle, dans ce cas avec l'épisode de la Bande des Quatre, qui avait sévi en Chine aux dernières heures du maoïsme.

Pour M. Adler, les Iraniens, sinon dans la rue, du moins dans leur vie privée et dans leur tête, sont épris de liberté, très proaméricains et très peu antisémites. «Le chiisme est dans une période de libéralisation de la révolution khomeinyste qui va dans le bon sens», dit-il. En conséquence, M. Adler se dit «entièrement pour un dialogue avec l'Iran» tout en reconnaissant la gravité des déclarations négationnistes et anti-israéliennes d'Ahmadinejad.

Par ailleurs, M. Adler croit que la récente stratégie de renforcement temporaire de la présence militaire américaine en Irak peut réussir, notant que les tueries ne sont pas généralisées sur l'ensemble du territoire mais concentrées dans la région de Bagdad. «Ce sera difficile mais pas impossible.»

Alexandre Adler a dit croire qu'un changement de direction en Iran, à défaut d'un changement de régime, coïncidant avec un Irak qui, sans être une «démocratie à la norvégienne», serait dirigé par une majorité qui se réconcilie avec les minorités, favoriserait une reprise du dialogue israélo-palestinien.

«La situation israélo-palestinienne est la moins encourageante, a—t-il reconnu, mais elle n'est pas au centre de la question au Moyen-Orient.»

Pour M. Adler, le blocage observé depuis 2000 s'explique par la montée de l'islamisme au Moyen-Orient, qui a empêché Yasser Arafat de faire ce qu'il aurait pu faire en d'autres circonstances.

Interrogé sur la rencontre interpalestinienne en cours à La Mecque, il s'est dit d'avis que l'Arabie saoudite peut contraindre le Hamas et le Fatah à se réconcilier.
 
 
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  • Jean charles
    Inscrit
    jeudi 8 février 2007 07h28
    La création d'une nation c'est la cléf
    Mr. Adler a raison. La phrase déterminante dans son article est la suivante: S'il y avait une nation arabe les intellectuels et les institutions arabes seraient intervenu pour arrêter les tueries.Les Americains en général,la communauté internationale en particulier évitent d'appliquer la doctrine de Renan (à savoir: la vision partagée du futur)dans leur intervention étrangere.
    Iraq cessera elle-meme les tueries quand elle deviendra une nation,(à savoir: quand les Kurds,les Sunnis et les Shiites partagereons la vision commune du futur)

    J'ai vu très peu d'investissement dans ce sens.

    Jean H Charles MSW.

  • Fethia Lahlou
    Abonnée
    jeudi 8 février 2007 10h15
    L'Iran, un allié naturel
    M. Adler est une journaliste du journal 'Le Figaro' . A qui appartien ce journal. C'est le Groupe Dassault. Quel serait l'interêt de ce groupe?
    On voit partout ces derniers temps, une propagande effrénée partout dans le monde pour justifier la politique américaine en Irak et au Proche-Orient, et pour contrecarrer l'opinion publique qui commence de plus en plus à se poser des questions sur ce qui se passe.
    La guerre se fait surtout au niveau de l'information et M. Adler n'est pas seul.

  • Cornut Jérémie
    Inscrit
    jeudi 8 février 2007 10h55
    Alexandre Adler, historien et journaliste
    A. Adler a fait une conférence hier à Montréal, conférence dont Le Devoir s'est fait longuement l'écho dans son édition du 8 février, en en publiant un quasi-compte rendu, sans le moindre regard critique. A. Adler y parlait du Moyen-Orient. Présenté comme « historien et journaliste » par Le Devoir, celui-ci est en réalité plus journaliste qu'historien. De scientifique il n'a en tout cas absolument rien.
    Le compte-rendu de la conférence proposé par Le Devoir, typique de la rhétorique de A. Adler, le montre d'ailleurs bien : celui-ci y enchaîne les prévisions péremptoires et non fondées, la plupart du temps invérifiables, et qui n'ont que la crédibilité de celui qui les formule (pour lui si Mahmoud Ahmadinejad n'avait pas été élu, la situation serait « moins difficile, quoique pas tout à fait différente »; la nouvelle stratégie américaine en Irak peut réussir : « ce sera difficile mais pas impossible » ; en Irak, on assisterait à un « déchirement définitif de l'identité arabe »). C'est-à-dire que pour ce qui me concerne, je ne leur accorde aucune crédibilité. Je suis en effet guéri de l'Adlerisme, et pour vous aider à vous en guérir aussi, je vous offre un petit florilège de ses prévisions qui se sont révélées fausses -mais que Le Devoir ne mentionne pas: il avait prévu que la guerre en Irak n'aurait pas lieu, que Bush ne serait pas réélu, et que la constitution européenne serait votée en France. Toutes ces prévisions étant faites dans le style pur et limpide qu'on connaît à A. Adler -et qui passe si bien dans les médias-, elles s'imposaient avec évidence. Sauf dans les faits.
    Hier, en tant que doctorant en Relations Internationales à l'UQAM, nous étions tous invités à venir assister à la conférence de A. Adler. Je me suis bien gardé de répondre à l'invitation, et j'aurais vraiment souhaité que Le Devoir en fasse autant.
    Cornut Jérémie

  • Serge Loutch
    Inscrit
    jeudi 8 février 2007 21h38
    re:Adler et L'iran allie naturel....
    Si mes souvenirs sont bons, la pluparts des editoriaux d'Adler,(un Israelophile notoire), dans son Courrier International, ont presque toujours ete a cote de ses "pompes" (chaussuresen slang Francais).
    le seul passage ci-dessus que je trouve correct, mais addresse a l'Iran au lieu des USA: " Quand un regime totalitaire est en fin de course et le consensus existe pour son remplacement, ses defenseurs les plus acharnes lancent de tentatives ultimes ou l'on trouve tous les traits les plus defavorables du regime, mais pousses a l'extreme"
    Cela s'applique au regime de Bush & Co.
    Krapotkin
    Houston,Texas,EUA

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