Serbie - Les ultranationalistes en tête
L'avance prise par les radicaux sur les démocrates est un revers pour les Occidentaux
Photo : Agence Reuters
Les supporters des ultranationalistes du Parti radical ont laissé éclater leur joie hier en soirée.
Belgrade — Les ultranationalistes serbes du Parti radical (SRS) étaient donnés nettement en tête hier des élections législatives jugées décisives pour l'intégration de Belgrade dans le processus européen.
Avec 28,5 % des voix, selon une projection établie par les observateurs indépendants du CESID, la formation de Tomislav Nikolic devance le Parti démocrate (DS), pro-européen, du président Boris Tadic, crédité de quelque 22 % des suffrages.
Aucune de ces deux formations ne sera en mesure de gouverner seule, mais l'avance prise par les radicaux sur les démocrates est un revers pour les Occidentaux qui espéraient que le scrutin permettrait à la Serbie d'opter pour un ancrage européen. «Les résultats définitifs ne seront pas tellement différents», a déclaré Zoran Lucic, du Centre pour des élections libres et la démocratie (CESID).
Les derniers sondages créditaient de 30 % des intentions de vote chacune de ces deux formations radicalement opposées sur le statut définitif du Kosovo ou le sort de Ratko Mladic, deux dossiers essentiels en vue d'un rapprochement entre la Serbie et l'UE.
«Le Parti radical de Serbie a remporté ces élections», a déclaré dans la soirée Tomislav Nikolic, qui dirige la formation nationaliste depuis que son leader historique, Vojislav Seselj, s'est livré au tribunal pénal international de La Haye, en février 2003.
Le chef des ultranationalistes Tomislav Nikolic a toutefois reconnu que les radicaux du RS ne seraient pas en mesure de former le prochain gouvernement malgré leur première place. «Le Parti radical serbe est le vainqueur mais nous n'aurons pas l'opportunité de former le gouvernement», a-t-il déclaré après la publication des premières estimations. «Bien que nous ayons eu contre nous les partis du premier ministre et du président et leurs campagnes brutales, nous avons montré notre force.»
Loin de perdre de son influence, le SRS progresse d'un point par rapport aux élections de 2003. De son côté, le Parti démocrate de Tadic double quasiment son score. Son président, le réformateur serbe Boris Tadic, s'est félicité hier soir du score réalisé aux législatives par l'ensemble des partis pro-européens même si les ultranationalistes sont arrivés en tête.
«Ensemble les partis pro-européens ont remporté la majorité», a dit M. Tadic en ajoutant: «c'est un signal important que la Serbie envoie à l'Europe et au monde entier». «Il est très important d'accroître la crédibilité de notre pays car nous pourrons ainsi résoudre plus facilement de nombreux problèmes», a-t-il dit.
Donné en troisième position avec quelque 17 % des voix, le Parti démocratique de Serbie (DSS) du premier ministre sortant, Vojislav Kostunica, se retrouve comme prévu en position d'arbitre. Kostunica n'a fourni aucune indication sur l'alliance qu'il privilégierait, mais n'a pas exclu de soutenir les radicaux.
Une alliance SRS/DSS disposerait, si ces chiffres sont confirmés, d'une faible majorité au parlement, où siègent 250 élus. Une coalition DS/DSS ne franchirait pas les 50 %, et devait compter sur l'appui des libéraux du G17 pour constituer une majorité parlementaire.
Quelque 6,6 millions d'inscrits étaient appelés aux urnes hier sous le regard attentif des pays occidentaux, qui n'avaient pas caché leur inclination en faveur des démocrates de Tadic, jugés plus à même d'opérer une rupture avec le passé pour accrocher le train de la construction européenne.
«Les électeurs serbes ont l'occasion de dire clairement qu'ils ne partagent pas la vision rétrograde d'extrémistes qui seraient contents de faire de la Serbie un îlot aveuglé par le nationalisme au milieu d'un océan de nouveaux membres de l'Otan et de l'UE», déclarait l'ambassadeur des États-Unis, Michael Polt, quelques jours avant le vote.
Quelques heures à peine avant la clôture du scrutin, lors d'un sommet avec le président russe, la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays préside l'Union européenne, exprimait, elle, le voeu que «les forces démocratiques» sortent renforcées du scrutin.
Vladimir Poutine avait apporté lui une forme d'encouragement aux nationalistes serbes, annonçant que Moscou rejetterait l'indépendance du Kosovo si Belgrade s'y oppose. Cette province du sud de la Serbie peuplée à 90 % d'Albanais et administrée par les Nations unies a été l'un des principaux thèmes de la campagne. Le médiateur de l'ONU, Martti Ahtisaari, devrait dévoiler dans les prochains jours ses propositions pour son statut définitif.
«Chantages»
La plupart des pays de l'UE ainsi que les États-Unis sont favorables à une forme d'indépendance du Kosovo, dont ils jugent difficile une réintégration pleine et entière au sein de la Serbie après sept années sous administration internationale. Les résultats des élections d'hier ne devraient pas modifier l'opposition de Belgrade à cette évolution institutionnelle. «J'attends un principe: ce qu'ils donnent au Kosovo, ils doivent le donner à la Krajina et à la Republika Srpska», prévenait Nikolic dans un entretien accordé il y a quelques jours à Reuters, en allusion à la région séparatiste serbe de Croatie et à l'entité serbe de Bosnie.
L'UE a gelé il y a huit mois ses négociations avec Belgrade sur un Accord de stabilisation et d'association (ASA), première étape sur la voie d'une intégration européenne. Les Européens ont indiqué que le processus ne reprendrait qu'une fois Ratko Mladic livré à La Haye.
Les démocrates se sont engagés à livrer le chef militaire des séparatistes serbes de Bosnie s'ils parviennent à l'arrêter. Les radicaux, dont le chef historique Vojislav Seselj est en détention à La Haye, ne paraissent en revanche pas prêts à la moindre concession.
«Nous voulons faire partie de l'UE à condition que l'UE nous respecte comme un État moderne et souverain», ajoutait Tomislav Nikolic dans l'interview accordée à Reuters. «Les Serbes en ont assez des pressions et des chantages de l'UE.»
***
Avec l'Agence France-Presse
Avec 28,5 % des voix, selon une projection établie par les observateurs indépendants du CESID, la formation de Tomislav Nikolic devance le Parti démocrate (DS), pro-européen, du président Boris Tadic, crédité de quelque 22 % des suffrages.
Aucune de ces deux formations ne sera en mesure de gouverner seule, mais l'avance prise par les radicaux sur les démocrates est un revers pour les Occidentaux qui espéraient que le scrutin permettrait à la Serbie d'opter pour un ancrage européen. «Les résultats définitifs ne seront pas tellement différents», a déclaré Zoran Lucic, du Centre pour des élections libres et la démocratie (CESID).
Les derniers sondages créditaient de 30 % des intentions de vote chacune de ces deux formations radicalement opposées sur le statut définitif du Kosovo ou le sort de Ratko Mladic, deux dossiers essentiels en vue d'un rapprochement entre la Serbie et l'UE.
«Le Parti radical de Serbie a remporté ces élections», a déclaré dans la soirée Tomislav Nikolic, qui dirige la formation nationaliste depuis que son leader historique, Vojislav Seselj, s'est livré au tribunal pénal international de La Haye, en février 2003.
Le chef des ultranationalistes Tomislav Nikolic a toutefois reconnu que les radicaux du RS ne seraient pas en mesure de former le prochain gouvernement malgré leur première place. «Le Parti radical serbe est le vainqueur mais nous n'aurons pas l'opportunité de former le gouvernement», a-t-il déclaré après la publication des premières estimations. «Bien que nous ayons eu contre nous les partis du premier ministre et du président et leurs campagnes brutales, nous avons montré notre force.»
Loin de perdre de son influence, le SRS progresse d'un point par rapport aux élections de 2003. De son côté, le Parti démocrate de Tadic double quasiment son score. Son président, le réformateur serbe Boris Tadic, s'est félicité hier soir du score réalisé aux législatives par l'ensemble des partis pro-européens même si les ultranationalistes sont arrivés en tête.
«Ensemble les partis pro-européens ont remporté la majorité», a dit M. Tadic en ajoutant: «c'est un signal important que la Serbie envoie à l'Europe et au monde entier». «Il est très important d'accroître la crédibilité de notre pays car nous pourrons ainsi résoudre plus facilement de nombreux problèmes», a-t-il dit.
Donné en troisième position avec quelque 17 % des voix, le Parti démocratique de Serbie (DSS) du premier ministre sortant, Vojislav Kostunica, se retrouve comme prévu en position d'arbitre. Kostunica n'a fourni aucune indication sur l'alliance qu'il privilégierait, mais n'a pas exclu de soutenir les radicaux.
Une alliance SRS/DSS disposerait, si ces chiffres sont confirmés, d'une faible majorité au parlement, où siègent 250 élus. Une coalition DS/DSS ne franchirait pas les 50 %, et devait compter sur l'appui des libéraux du G17 pour constituer une majorité parlementaire.
Quelque 6,6 millions d'inscrits étaient appelés aux urnes hier sous le regard attentif des pays occidentaux, qui n'avaient pas caché leur inclination en faveur des démocrates de Tadic, jugés plus à même d'opérer une rupture avec le passé pour accrocher le train de la construction européenne.
«Les électeurs serbes ont l'occasion de dire clairement qu'ils ne partagent pas la vision rétrograde d'extrémistes qui seraient contents de faire de la Serbie un îlot aveuglé par le nationalisme au milieu d'un océan de nouveaux membres de l'Otan et de l'UE», déclarait l'ambassadeur des États-Unis, Michael Polt, quelques jours avant le vote.
Quelques heures à peine avant la clôture du scrutin, lors d'un sommet avec le président russe, la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays préside l'Union européenne, exprimait, elle, le voeu que «les forces démocratiques» sortent renforcées du scrutin.
Vladimir Poutine avait apporté lui une forme d'encouragement aux nationalistes serbes, annonçant que Moscou rejetterait l'indépendance du Kosovo si Belgrade s'y oppose. Cette province du sud de la Serbie peuplée à 90 % d'Albanais et administrée par les Nations unies a été l'un des principaux thèmes de la campagne. Le médiateur de l'ONU, Martti Ahtisaari, devrait dévoiler dans les prochains jours ses propositions pour son statut définitif.
«Chantages»
La plupart des pays de l'UE ainsi que les États-Unis sont favorables à une forme d'indépendance du Kosovo, dont ils jugent difficile une réintégration pleine et entière au sein de la Serbie après sept années sous administration internationale. Les résultats des élections d'hier ne devraient pas modifier l'opposition de Belgrade à cette évolution institutionnelle. «J'attends un principe: ce qu'ils donnent au Kosovo, ils doivent le donner à la Krajina et à la Republika Srpska», prévenait Nikolic dans un entretien accordé il y a quelques jours à Reuters, en allusion à la région séparatiste serbe de Croatie et à l'entité serbe de Bosnie.
L'UE a gelé il y a huit mois ses négociations avec Belgrade sur un Accord de stabilisation et d'association (ASA), première étape sur la voie d'une intégration européenne. Les Européens ont indiqué que le processus ne reprendrait qu'une fois Ratko Mladic livré à La Haye.
Les démocrates se sont engagés à livrer le chef militaire des séparatistes serbes de Bosnie s'ils parviennent à l'arrêter. Les radicaux, dont le chef historique Vojislav Seselj est en détention à La Haye, ne paraissent en revanche pas prêts à la moindre concession.
«Nous voulons faire partie de l'UE à condition que l'UE nous respecte comme un État moderne et souverain», ajoutait Tomislav Nikolic dans l'interview accordée à Reuters. «Les Serbes en ont assez des pressions et des chantages de l'UE.»
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Avec l'Agence France-Presse
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