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Sans peine

Augusto Pinochet est mort sans jamais avoir été traduit devant les tribunaux. C'est grâce à la bienveillance de ses amis britanniques et au manque de courage des autorités chiliennes que ce bourreau doublé d'un fraudeur a échappé à la justice. Le travail de deuil, celui des victimes évidemment, en sera d'autant plus douloureux.
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  • Normand Roy - Abonné
    12 décembre 2006 08 h 44
    La démocratie et Pinochet
    On aimait bien invoquer nos valeurs démocratiques pour justifier les horreurs commises sous le règne du tortionnaire Pinochet.

    La plupart de nos démocraties occidentales ont fermé les yeux sur le coup d'état et ont continué à défendre le bourreau, dans les faits, jusqu'à sa mort. Ce qui m'amène à considérer qu'il n'y a guère de différence entre ce qu'on croit être la démocrtatie et la dictature.

    Les deux se nourissent à la même source, celle du pouvoir de l'argent; lorsque celui-ci est menacé, tout est permis. C'est comme ça depuis que l'humanité existe et ça continnue aujourd'hui.

    Je trouve cela triste, lamentable et barbare.

    Normand Roy, Mont-Laurier
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  • Jean-Paul Le Bourhis - Abonné
    12 décembre 2006 12 h 50
    Bravo, Serge Truffaut!
    Il faut toujours du courage pour dénoncer même plus de trente ans après le coup d'état qui a valu tant de souffrances au peuple chilien, le triste bourreau porté aux nues par toutes les Margaret Thatcher de ce monde. Il est mort dans son lit, entouré des siens.

    Quand souffreteux on le transportait en hélicoptère, c'était pour le conduire vers une clinique privée où l'attendait une horde de praticiens masqués et gantés de frais, et non pour le jeter à la mer du haut des airs encore vivant, pieds et poings liés. Quand un médecin s'approchait de son douillet grabat, c'était pour apaiser ses souffrances, soulager de toutes les manières possibles et imaginables ses petits malaises ; on lui donnait des pilules roses, bleues, vertes, rouges et blanches pour régulariser les battements de son petit coeur en sucre d'orge, apaiser ses angoisses, le faire glisser en douceur dans le sommeil.

    Le jeter dans un dongeon obscur, humide et froid avec en guise de lit un sommier de métal et le forcer à se tenir debout face à un mur les bras en croix jusqu'à ce qu'il défaille ? Au fou ! Non, mais faut être malade por seulement s'imaginer ça !


    On lui changeait les draps à la moindre souillure, on tapotait ses oreilles, on le remontait dans son lit, on le bordait au moment du dodo. On l'auscultait matin, midi et soir pour vérifier que tout baignait dans l'huile et non comme pour combien d'autres jadis dans ses donjons obscurs, pour s'assurer qu'il n'allait pas soudain nous quitter - et surtout pas pour un monde meilleur - au beau milieu d'une de ces séances d'abominables tortures pendant lesquelles un psychopathe en uniforme s'amuse à arracher lentement un à un les ongles des mains puis des pieds, à transpercer les dents du supplicié près de la gencive, à faire violer des jeunes filles par des chiens policiers, à attacher ensemble les jambes des femmes sur le point d'accoucher, à broyer les os de l'objet de notre haine, à lui crever un oeil, puis l'autre, à... au secours, au secours, au secours...

    Il est parti, Augusto. On lui a donné l'extrême-onction avec de l'huile tiède en lieu et place de l'huile bouillante qu'un égaré de la géhenne fait chair se serait amusé à verser sur ses plaies vives, châtiment infligé par pur sadisme et que certains des dangereux ennemis de ce cul béni, icône vivante de l'extrémisme exacerbé, ont eu à subir par ses détestables soins. Sur sa langue rose, un officiant patenté en soutane et surplis a dû au moment ultime placer une blanche hostie.

    Son cadavre ne sera pas donné en pâture aux requins, aux rapaces ou aux loups, mais sera enterré avec les honneurs militaires. Per requiem cant in pace

    Il aura droit à une pierre tombale dans un cimetière gardé jour et nuit. Sa bonne vieille amie Margaret y viendra en pèlerinage. Elle fermera les yeux, fantasmant sans doute sur les chairs sanguinolentes de la cohorte de ses ennemis qu'à ses heures de gloire elle n'a pas eu le loisir de faire empaler, because les dures lois de la démocratie.

    Un beau jour, avant de remonter une dernière fois l'allée du joli cimetière où s'égaient dès l'aurore une ribambelle d'oiseaux, elle aura le loisir, en marmonnant peut-être une ultime prière, de déposer une dernière couronne de fleurs.

    jean-paul le bourhis
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