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La capitale tchadienne dans la mire des rebelles

«Notre objectif final reste la chute de N'Djamena, mais sans précipitation», a répété le chef de l'UFDD

Reuters   27 novembre 2006  Actualités internationales
N'Djamena — Les rebelles tchadiens hostiles au président Idriss Deby Itno ont poursuivi hier leurs opérations dans l'est du Tchad, marquées par le repli du groupe qui avait occupé samedi la ville d'Abéché tandis qu'un autre était signalé à 400 kilomètres de la capitale N'Djamena.

Le gouvernement tchadien a toutefois démenti en soirée l'information voulant qu'une colonne de rebelles fasse route en direction de la capitale. «Contrairement aux informations faisant état de la présence d'une prétendue colonne de rebelles à 400 km de N'Djamena, le gouvernement dément catégoriquement cette information. Il rassure par ailleurs la population que N'Djamena n'est aucunement menacée. Le gouvernement invite la population au calme et à la sérénité», ont déclaré les autorités.

Un peu plus tôt, la France, qui dispose d'un contingent militaire stationné au Tchad, avait averti ses ressortissants du fait qu'une colonne rebelle venant de l'est se dirigeait vers l'ouest, en direction de la capitale N'Djamena. Un diplomate français a indiqué que l'ambassade de France à N'Djaména avait diffusé à ses ressortissants un message disant qu'un convoi de rebelles traversait la province de Batha et serait à au moins 250 km de la capitale tchadienne.

«Il est difficile de chiffrer le nombre de véhicules. Ils pourraient être aussi bien une dizaine que de 60 à 80», a dit le diplomate. Le message transmis aux ressortissants français leur conseille aussi de rester chez eux à la tombée de la nuit.

L'annonce de la progression vers N'Djaména d'une colonne de rebelles fait craindre aux habitants une attaque de la capitale similaire à celle d'avril dernier, qui avait fait des centaines de morts. Des témoins ont fait état d'un nombre inhabituel de soldats et de véhicules militaires dans la capitale tchadienne et du passage de véhicules militaires se dirigeant vers la sortie est de la ville.

Le ministre de la Défense Bichara Issa Djadallah et des membres d'ONG avaient annoncé peu auparavant la reprise par les forces armées tchadiennes du contrôle de la ville d'Abéché après le départ des rebelles qui l'avaient investie la veille. Samedi, les rebelles de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) avaient pris le contrôle d'Abéché. Mais l'UFDD s'est retirée dans la nuit de samedi à hier et l'armée gouvernementale a repris le contrôle sans combats dès le lever du jour.

«Ce n'est pas du tout une défaite», a expliqué à l'AFP le chef de l'UFDD, le général Mahamat Nouri. «Notre objectif est de détruire progressivement les troupes ennemies pour les affaiblir. Nous avons occupé Abéché quelques heures, nous avons infligé de lourdes pertes à l'armée de Deby, maintenant, nous nous replions», a-t-il poursuivi. «Notre objectif final reste la chute de N'Djamena, mais sans précipitation», a répété hier le chef de l'UFDD. «D'ici quelques jours, nous réattaquerons, c'est sûr», a-t-il assuré.

«Abéché a été reprise dans sa totalité. Les rebelles sont partis à 4 h ce matin», a déclaré Djadallah à Reuters, à N'Djamena. Des employés d'ONG ont rapporté qu'un hélicoptère de l'armée tchadienne avait survolé la ville hier matin avant de regagner la base aérienne d'Abéché, dont des forces françaises assurent la sécurité, et qu'aux premières heures une douzaine de véhicules militaires avec à leur bord des soldats tchadiens étaient entrés dans la ville.

L'armée française, qui dispose d'une base et de 150 hommes à Abéché, y a accueilli pendant la nuit des étrangers résidant dans la ville et fuyant les combats, a-t-on indiqué au ministère français de la Défense. «Les troupes françaises sont restées à l'intérieur du camp de Croci, à côté de l'aéroport», a précisé le commandant Chistophe Prazuck.

Abéché est située près de la principale route menant à la capitale, à 600 km à l'ouest. Elle sert de base à des organisations internationales qui portent notamment secours à quelque 200 000 Soudanais qui se sont réfugiés dans l'est du Tchad pour fuir les violences dans la province soudanaise du Darfour.

Quelques heures après l'attaque d'Abéché par l'UFDD, un deuxième groupe de rebelles, le Rassemblement des forces démocratiques (RAFD), avait dit avoir pris le contrôle de Biltine, à une soixantaine de kilomètres au nord, à la suite de brefs accrochages avec des soldats gouvernementaux. Selon une source gouvernementale à N'Djamena, les forces gouvernementales ont repris dans la nuit le contrôle de Biltine après le départ des rebelles.

Des rebelles de l'est du Tchad ont lancé cette année une série d'attaques contre des localités frontalières, des villes stratégiques et même N'Djamena.

Le Tchad accuse le gouvernement de Khartoum de chercher à «exporter» les violences du Darfour sur le territoire tchadien, ce que démentent les autorités soudanaises. Ces dernières semaines, l'attaque de localités de l'est du Tchad par des cavaliers arabes a entraîné la proclamation par le gouvernement du président Idriss Déby de l'état d'urgence dans l'est du pays et à N'Djamena.

***

Avec l'AFP
 
 
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